L’Allemagne veut une politique de sanctions commune avec les États-Unis

epa09033615 German Foreign Minister Heiko Maas speaks at the Foreign Ministry in Berlin, Germany, prior to his attendance of the virtual UN Human Rights Council in Geneva, Switzerland, 24 February 2021. EPA-EFE/MICHAEL SOHN / POOL [EPA-EFE/MICHAEL SOHN]

Mardi 9 mars, dans son premier grand discours sur les relations transatlantiques depuis l’entrée en fonction du nouveau président américain Joe Biden, le ministre allemand des affaires étrangères, Heiko Maas, a indiqué vouloir repartir de zéro avec les États-Unis. Il n’a néanmoins pas abordé la principale pomme de discorde entre Washington et Berlin.

S’exprimant lors d’un événement en ligne organisé par le groupe de réflexion Brookings, basé à Washington, M. Maas a déclaré aux Américains que « l’Allemagne est à vos côtés », en référence au slogan de M. Biden « l’Amérique est de retour » lors de la conférence de Munich sur la sécurité il y a trois semaines.

M. Maas a déclaré qu’un redémarrage des relations devrait inclure une lutte commune pour la démocratie et que les États-Unis et l’Allemagne devraient s’efforcer de lutter contre les menaces antidémocratiques.

L’amélioration des relations avec les États-Unis sous Biden permettrait aux deux pays d’imposer des sanctions communes à la Russie et à la Chine sur les droits de l’homme et d’autres questions, a déclaré M. Maas.

« Nous avons réagi à la répression de la société civile par Moscou et Pékin et aux violations du droit international par les deux pays », a déclaré M. Maas, qui s’est prononcé en faveur d’une plus grande responsabilité de l’Allemagne dans la résolution des conflits dans le voisinage européen et d’une stratégie commune envers la Chine et la Russie.

Il a déclaré qu’il espérait que les pays des deux côtés de l’Atlantique travailleraient à des positions communes « sur des sanctions ciblées, ce qui n’a pas été possible au cours des quatre dernières années ».

Intérêt personnel

L’Allemagne a clairement intérêt à participer à la prise de décision concernant les mesures restrictives communes, afin d’éviter d’être elle-même affectée négativement par les sanctions américaines, comme dans le cas du gazoduc Nord Stream 2, qui vise à faire passer davantage de gaz russe sous la mer Baltique, en contournant l’Ukraine.

L’Allemagne a imposé des sanctions à la Russie avec ses partenaires de l’UE concernant l’armement par Moscou des forces séparatistes en Ukraine et les attaques contre les opposants au président Vladimir Poutine, mais a résisté aux pressions d’autres pays de l’UE, notamment la Pologne, pour arrêter le Nord Stream 2.

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Le ministre allemand a soutenu l’idée de Biden d’inviter très prochainement les démocraties du monde à un sommet pour trouver des mesures internationales contre la désinformation et les théories du complot.

La pandémie COVID-19 a mis en évidence les raisons pour lesquelles les pays devraient travailler ensemble, a déclaré M. Maas, ajoutant qu’en resserrant les rangs, on évitera de perdre du terrain « face à ceux qui prétendent que les régimes autoritaires peuvent mieux gérer une crise comme celle-ci ».

La présidence de Donald Trump a été marquée par une pression intense sur l’Allemagne en raison de son incapacité à respecter ses obligations en matière de dépenses de défense, comme le prévoit l’alliance militaire de l’OTAN, par l’insistance de l’Allemagne à acheter du gaz naturel russe et par ses politiques commerciales.

Dans ses remarques, M. Maas s’est engagé à une nouvelle augmentation des dépenses de défense allemandes, déclarant que l’Allemagne « continuerait sur la voie qu’elle a empruntée », ayant déjà augmenté son budget militaire de 50% depuis 2014.

Toutefois, contrairement à la chancelière Angela Merkel et à la ministre de la défense Annegret Kramp-Karrenbauer, il n’a pas explicitement reconnu l’objectif de l’OTAN de consacrer 2 % du PIB à la défense.

« Investir dans la souveraineté européenne signifie investir dans le partenariat transatlantique », a ajouté M. Maas, soulignant que l’Europe ne veut pas se découpler des États-Unis en matière de politique de sécurité, contrairement aux déclarations du président français Emmanuel Macron.

Aucune mention de Nord Stream 2

M. Maas n’a rien dit au sujet du Nord Stream 2, qui, selon Washington, rendra l’Allemagne trop dépendante de l’énergie russe. Pendant le mandat de Donald Trump et sous la direction de Joe Biden, c’est le point de discorde crucial entre les États-Unis et Berlin.

M. Maas n’a répondu à aucune question pendant l’événement, la question est donc restée sans réponse.

La semaine dernière, des républicains de premier plan avaient mis en garde Joe Biden dans une lettre contre la conclusion d’un « accord par la petite porte » avec l’Allemagne sur le gazoduc Nord Stream 2. Ils demandent également de nouvelles sanctions contre les entreprises impliquées dans le projet de la mer Baltique.

Bien que l’arrêt du Nord Stream 2 soit depuis longtemps une priorité bipartite, le président Biden a publiquement qualifié le gazoduc de « mauvais marché pour l’Europe », et un ensemble de sanctions sur le projet est en cours d’élaboration.

Le gouvernement et les entreprises allemands ont déclaré à plusieurs reprises qu’ils n’abandonneraient pas le projet Nord Stream 2, malgré les sanctions américaines.

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