Le centre se pose en opposant frontal au Front National

French centrists have a clear pro-European policy. [EURACTIV.fr]

Les centristes démarrent la campagne pour les européennes en affichant la couleur : Europe toutes. Un pari risqué au moment où l’euroscepticisme des extrêmes fait recette.

A Paris, les panneaux électoraux des élections municipales sont toujours là. L’alliance UDI-MoDem s’en est rapidement emparée. « Faites l’Europe ! » peut-on donc lire un peu partout devant les bureaux de vote, écoles et autres mairies d’arrondissement. Faites l’Europe, pas la guerre ? La campagne démarre pourtant sur un ton pugnace. L’alliance des centristes, rebaptisée « Les Européens »,  pour la campagne, est prête à croiser le fer.

« Nous sommes le seul courant légitime et clair sur l’Europe. Donc nous sommes les seuls vrais opposants au Front national, le débat doit avoir lieu entre eux et nous », affirme l’eurodéputée Marielle de Sarnez.

Une attaque frontale qui a le mérite de la clarté : alors que le FN milite contre l’Europe, le centre veut rassembler tous ceux qui sont pour. L’heure n’est donc pas à la nuance.

« Nous souhaitons qu’un président de l’Europe soit élu au suffrage universel, un jour. C’est la meilleure façon d’incarner l’Europe, plutôt que d’avoir un président de la Commission, un président du Conseil, plus une présidence tournante…tout ça dissout les responsabilités » affirme Marielle de Sarnez.

A droite, l’UMP tergiverse

Une direction « Europe toutes » qui tranche avec les hésitations de l’UMP, où les listes pour les élections européennes font encore l’objet de débats interminables et où les dissensions se font sentir. La semaine passée, l’ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, Henri Guaino, a en effet affirmé sur la chaîne Public Sénat qu’il ne voterait pas pour la liste UMP en Ile de France.

>>Lire: La droite peine à finaliser ses listes

Et plus précisément qu’il ne voterait pas pour Alain Lamassoure. L’eurodéputé, liste en Ile-de-France aux côtés de Rachida Dati, défend une ligne pro-européenne, qui ne fait pas l’unanimité dans le parti gaulliste. « Je ne voterai pas pour l’incarnation d’une ligne qui est à l’opposé de ce que je pense et de ce que je crois être l’intérêt de mon pays » a-t-il assuré.

L’UMP dispose d’une branche d’eurosceptiques dont Henri Guaino fait partie ; il avait voté non au traité de Maastricht.

« L’UMP a fait de l’Europe le balai des ratés des législatives ! Ils y vont par dépit…nous par envie » souffle une source chez les centristes.

Chez les socialistes, plusieurs tendances se distinguent également. Le nouveau premier ministre, Manuel Valls, n’est pas connu pour son europhilie.

Sur le fond, le constat des centristes est que l’Europe a engendré des déceptions. « Il y a une demande de renouvellement du paysage politique européen, et c’est normal, le ressort européen s’est arrêté. Il faut réintroduire de la politique dans l’Europe : la France a une vision à défendre, et elle ne le fait pas.

Les centristes français se démarquent sans doute de leurs pairs européens par leurs positions à l’internationale . Ils refusent l’idée d’un siège commun au conseil de sécurité de l’ONU, une thèse défendue par l’Allemagne (qui ne siège pas contrairement à la France et au Royaume-Uni).

Interrogée par EURACTIV sur l’inspiration fédéraliste, Marielle de Sarnez préfère réfuter cette expression. « C’est un mot compliqué, il n’a pas le même sens en France ou ailleurs. Notre proposition est simple : il faut mieux faire l’Europe, et marcher vers un gouvernement de la zone euro. Bien sûr l’élection d’un président au suffrage universel aurait un impact énorme, à terme ».

L’Alternative sans leader

« Il y a une ombre portée sur cette réunion, c’est celle de Jean-Louis Borloo, qui est l’un des rares hommes politiques (…) à ne pas avoir laissé le moindre doute sur le nécessité de se battre pour l’Europe », a déclaré l’eurodéputé Jean-Marie Cavada durant une conférence de presse destinée à lancer la campagne. Jean-Louis Borloo a annoncé le 6 avril qu’il se retirait de la vie politique et de la présidence de l’UDI pour raison de santé.

Il avait participé, à l’automne dernier, au rassemblement des centristes du MoDem et de l’UDI au sein d’une alliance baptisée Alternative.

>>Lire aussi : Les centristes français se regroupent au sein de l’Alternative pour défendre l’idéal européen

La démission de Jean-Louis Borloo du Parlement s’est suivie de celle de Marielle Gallo, une eurodéputée centriste qui estime que l’UDI s’est laissée écraser par le Modem.

« Votre débandade devant le MODEM et mon élimination des places éligibles aux élections européennes auguraient mal de l’avenir. Aujourd’hui, compte tenu du retrait de Jean-Louis Borloo, clef de voute de notre rassemblement UDI, je vous demande de bien vouloir prendre acte de ma démission .»

 

Ambition au Parlement européen

Interrogée sur le futur président du Parlement européen, Marielle de Sarnez estime que Guy Verhofstadt ferait un « excellent président ». Le charismatique leader des centristes a néanmoins peu de chances dans ce jeu de billard à plusieurs bandes. Contrairement à la précédente législature, les centristes UDI et MoDem réunis ont prévu de siéger avec le groupe centriste au Parlement européen, l’ADLE, alors que les eurodéputés UDI siègeaient jusqu’à présent au sein du groupe de droite, le PPE.

« Notre groupe aura un rôle primordial pour jouer les arbitres » estiment les centristes français, qui visent 12 % des suffrages pour les élections européennes. Pour l’heure, les sondages les placent quatrième en France, derrière l’UMP, le FN et le PS.

Au niveau européen, l’ALDE récolterait aujourd’hui 8,26 % des suffrages selon les projections établies à partir d’une moyenne de sondages. Avec 62 eurodéputés sur 751, le groupe pourrait de fait jouer les arbitres entre les sociaux démocrates et le PPE.

Mais le rapprochement du centre droit de la gauche européenne, orchestré de longue date par Martin Schulz, ne semble pour l’heure pas suffisant. La montée des extrêmes, qui pourrait atteindre un record avec une centaine de parlementaires à l’extrême-gauche et une centaine à l’extrême-droite, risque de pousser les grands partis à former une grande coalition gauche-droite. Un cas dans lequel le centre risquerait d’être inaudible.

L'entrée en vigueur du Traité de Lisbonne entraîne des modifications dans l'organisation des institutions européennes, notamment en ce qui concerne la nomination de ses dirigeants. Pour combler le déficit démocratique souvent reproché à l'UE, il est prévu que le Conseil de l'Union européenne tienne compte du résultat des élections, et choisisse le président de la Commission européenne au sein du principal parti élu au Parlement européen.

Le centre politique français est divisé de longue date. Il a surtout participé dernièrement à des gouvernements de droite. L'UDI autrefois portée par Jean-Louis Borloo s'affiche clairement à droite alors que le MoDem de François Bayrou propose une sensibilité politique plus indépendante. L'Europe est leur principal dénominateur commun, ce qui a pousser les deux partis a se rassembler afin de proposer des listes communes pour les élections européennes. 

  • 25 mai 2014: élections européennes en France

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