Le Danemark réagit vivement aux visées américaines sur le Groenland

L’intérêt du président américain pour le Groenland continue à faire parler. La première ministre danoise, Mette Frederiksen, a rappelé que le territoire autonome danois n’était pas à vendre. Au Danemark, l’idée provoque l’hilarité.

« Le Groenland n’est pas à vendre. Le Groenland n’est pas danois, mais groenlandais. J’espère vraiment qu’il n’a pas dit ça sérieusement », a déclaré la première ministre danoise, Mette Frederiksen, à la télévision publique danoise, alors qu’elle était en visite sur l’île atlantique.

« C’est une discussion absurde et Kim Kielsen (président du Groenland) a clarifié que l’île n’était pas à vendre. Point. En revanche, il y a beaucoup d’autres points sur lesquels nous voudrions discuter avec le président américain », a-t-elle affirmé.

La Première ministre danoise a fait référence à la relation des deux pays en ce qui concerne l’Arctique.

Donald Trump a prévu de se rendre au Danemark le 2 et 3 septembre prochain, ce qui a été confirmé il y a plusieurs semaines par la famille royale danoise et le bureau de la Première ministre, mais les mots prononcés le 18 août par le président américain qui a déclaré qu’il « envisageait » de s’y rendre et que « ce n’était pas du tout sûr », font planer le doute.

« Nous partons du principe que le président américain nous rendra visite, donc nous poursuivons les préparatifs. J’attends cette visite avec impatience, les États-Unis sont notre principal allié en termes de sécurité », a répondu Mette Frederiksen.

Les médias locaux ont révélé jeudi dernier (15 août) que Donald Trump avait demandé à ses conseillers à la Maison-Blanche qu’ils vérifient s’il était possible d’acheter le Groenland au Danemark, un sujet qu’il a abordé à plusieurs reprises ces dernières semaines lors de réunions et de diners.

« Je ne veux pas prédire l’issue des discussions, je dis juste que le président, qui s’y connait en acquisition de biens immobiliers, veut se renseigner sur l’achat du Groenland », a déclaré le conseiller économique de la Maison-Blanche, Larry Kudlow, consulté par la chaine Fox News.

Les vues de Donald Trump sur le Groenland ont déclenché le 16 août une vague de réactions de la classe politique danoise, ironisant sur le fait qu’il s’agissait d’une blague, l’accusant de colonialiste et doutant même de l’état mental du président. Mais jusqu’à présent, le gouvernement danois ne s’était pas encore prononcé formellement.

L’exécutif groenlandais, avait déjà de son côté affirmé que son territoire de deux millions de kilomètres carré recouverts de glace et de 56 000 habitants n’était pas à vendre.

Le Groenland possède depuis 1979 un statut d’autonomie, étendu trente ans plus tard – grâce au soutien massif lors d’un référendum consultatif des Groenlandais – pour y inclure toutes les compétences sauf la défense, la politique étrangère et monétaire, entre autres, ainsi que le droit à l’autodétermination.

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Trump reconnaît son intérêt

Le président américain, Donald Trump, a reconnu dimanche que le Groenland était stratégiquement intéressant pour son pays, tout en précisant qu’il ne s’agissait pas d’une priorité.

« C’est quelque chose dont nous avons parlé », a déclaré Donald Trump aux journalistes. « Le concept a surgi et j’ai dit que stratégiquement, c’est certainement intéressant et que nous serions intéressés, mais ce n’est pas « la priorité numéro un » pour son gouvernement.

« Nous sommes des alliés du Danemark. Nous le protégeons comme nous protégeons de grandes parties du monde », a-t-il insisté.

Le président américain Harry Truman (1945-1953), avait également fait part de son désir d’acheter l’île et avait offert 100 millions de dollars au Danemark  à la fin de la Seconde guerre mondiale, a rappelé le quotidien Washington Post, le 15 août.

Selon le journal, la Maison-Blanche discute de la légalité d’un éventuel achat, du processus d’intégration d’un territoire possédant son propre gouvernement, ainsi que de la source de financement de l’acquisition.

De son côté, la chaine de télévision CNN a informé que Donald Trump, multimillionnaire ayant fait fortune grâce à l’immobilier, avait demandé à l’avocat de la Maison-Blanche, Pat Cipollone, d’étudier la possibilité.

Selon les médias, les motifs de Trump pour acquérir le territoire nordique sont nombreux, allant des nombreuses ressources naturelles, à l’importance stratégique du Groenland de sa proximité avec l’Arctique.

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Hilarité au Danemark

Face au quasi mutisme des autorités, la classe politique danoise a réagi avec ironie sur les réseaux sociaux. « Ce doit être une blague de 1er avril très en retard », a assuré l’ex-Premier ministre danois et actuel chef de file de l’opposition, le libéral Lars Løkke Rasmussen.

Deux autres figures politiques, la leader socialiste, Pia Olsen Dyhr, et le porte-parole du Parti social-libéral pour les affaires étrangères, Martin Lidegaard, ont qualifié de « mauvaise blague » les projets de Donald Trump.

Martin Lidegaard a souligné que s’il s’agissait d’un projet sérieux, il serait « terrible » pour les Groenlandais, qui perdraient leur autonomie et assisteraient à une possible militarisation de l’île.

« Je dis non merci à l’achat du Groenland, mieux vaut renforcer la relation avec le Danemark. Il faut rappeler qu’il ne s’agit pas non plus d’une marchandise qui peut se vendre », a affirmé Aaja Chemnitz Larsen, une des deux députés groenlandais au parlement danois.

« Nous ne sommes plus au 19ème siècle, on ne peut plus acheter tout un pays et un peuple », a martelé Pernille Skipper, porte-parole de l’Alliance rouge-verte.

La France se prépare à un sommet du G7 sous tension

Dans deux semaines, la station balnéaire de Biarritz deviendra la capitale diplomatique du monde en accueillant, sous les auspices d’Emmanuel Macron, un sommet du G7 qui s’annonce chargé, entre guerre commerciale entre Washington et Pékin, tensions autour de l’Iran et bras de fer sur le Brexit.

D’autres politiques danois ont directement remis en cause la santé mentale du président américain.

« S’il pense réellement à ça, c’est la preuve qu’il devient fou. Il faut dire les choses telles qu’elles sont : l’idée que le Danemark vende 50 000 citoyens aux États-Unis est une folie totale », soutient Søren Espersen, porte-parole du parti populaire danois, troisième force parlementaire, pour les affaires étrangères.

Le quotidien conservateur « Berlingske » estime que derrière les « fantaisies » de Donald Trump se cache le désir des États-Unis d’accroitre leur influence dans un territoire de grande importance géostratégique et qui a réveillé l’intérêt de la Chine.

Le Groenland fait déjà partie des sujets de discussion de la visite officielle de Donald Trump, lors de laquelle il devrait rencontrer la Premier ministre danoise, Mette Frederiksen, et le président groenlandais, Kim Kielsen.

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