Le président kazakh dit avoir donné l’ordre d’« ouvrir le feu à balles réelles » dans un contexte de crise persistante

Des policiers anti-émeutes patrouillent dans une rue lors d’une manifestation contre la hausse des prix de l’énergie à Almaty, au Kazakhstan, le 5 janvier 2022. Des manifestants ont pris d’assaut le bureau du maire d’Almaty, alors que le président kazakh Kassym-Jomart Tokayev a déclaré l’état d’urgence dans la capitale jusqu’au 19 janvier 2022. EPA-EFE/STR

Le président du Kazakhstan, Kassym-Jomart Tokayev, a déclaré qu’il avait personnellement ordonné aux forces de l’ordre d’«  ouvrir le feu à balles réelles  » sans sommation contre les manifestants, dans le cadre de la violente révolte qui secoue actuellement ce pays d’Asie centrale.

Dans une allocution prononcée vendredi, qualifiant les manifestants de «  bandits et de terroristes  », M. Tokayev a déclaré que la force létale continuerait d’être utilisée et a accusé les «  médias soi-disant indépendants  » d’attiser le feu des troubles.

«  À l’étranger, des appels sont lancés pour que les deux parties tiennent des négociations en vue d’une résolution pacifique. Quelle idiotie. Quel genre de négociations pouvez-vous avoir avec des criminels ? Nous avions affaire à des bandits armés et bien préparés, tant locaux qu’étrangers. Des bandits et des terroristes, qui doivent être détruits. Cela se produira dans les plus brefs délais  », a déclaré M. Tokayev.

Les manifestations ont commencé en début de semaine suite à une augmentation des prix du carburant le 31 décembre.

Bien que le gouvernement ait démissionné et que l’augmentation du prix du carburant ait été annulée, le soulèvement s’est poursuivi, exacerbé par les tensions de longue date liées aux difficultés économiques et politiques.

Si le bilan exact n’est pas encore connu, les autorités ont indiqué que des dizaines de manifestants avaient été tués, ainsi que 18 membres des forces de sécurité.

Une mise à jour envoyée à EURACTIV par l’ambassade du Kazakhstan à Bruxelles a indiqué que plus de 1000 personnes avaient été blessées, dont 400 hospitalisées. Parmi elles, 60 sont en soins intensifs.

Les autorités kazakhes ont également déclaré que 353 policiers locaux avaient été blessés, que trois policiers avaient été décapités et que 50 voitures de police avaient été brûlées.

En outre, elles ont dénombré plus de 110 entreprises qui ont été prises pour cible, pillées et vandalisées, pour un total de dizaines de millions d’euros de dégâts.

La Russie envoie des militaires au Kazakhstan pour réprimer un soulèvement antigouvernemental

Jeudi (6 janvier), la Russie a envoyé des unités de parachutistes au Kazakhstan pour réprimer un soulèvement populaire après que des violences meurtrières se soient propagées dans cet ancien État soviétique étroitement contrôlé.

Le président a affirmé que la situation était désormais sous contrôle dans tout le pays, profitant de l’occasion pour remercier les 2  500 parachutistes russes appelés en renfort pour maintenir l’ordre dans l’ancien État soviétique.

Selon la BBC, malgré les déclarations de calme, de nouvelles fusillades ont été signalées à Almaty.

Un communiqué de presse de l’ambassade a également décrit les manifestants comme des «  groupes terroristes et criminels qui tentent de déstabiliser la situation au Kazakhstan.  »

«  Le président de la République du Kazakhstan a qualifié cet acte d’atteinte à l’intégrité de l’État. L’attaque contre nos citoyens est la plus aggravante  », peut-on lire dans le communiqué.

Il poursuit que «  ces bandes terroristes sont, en fait, internationales et ont suivi une formation spéciale à l’étranger. Par conséquent, l’attaque contre le Kazakhstan doit être considérée comme un acte d’agression.  »

M. Tokayev n’a cessé de désigner des forces extérieures comme étant à l’origine des troubles.

Les manifestations ont été «  causées, entre autres, par des interférences extérieures  », a déclaré Nikol Pashinyan, le dirigeant arménien qui assure actuellement la présidence tournante du pacte de sécurité de l’OTSC, en annonçant que les alliés enverraient des troupes dirigées par la Russie mercredi soir.

C’est la première fois que l’organisation accepte de déployer des forces dans le cadre de la clause de sécurité collective auprès d’un membre depuis sa création en 1992.

Le gouvernement kazakh a déclaré qu’il prenait plusieurs mesures, dont la création d’une «  équipe spéciale d’enquête  » composée de représentants du ministère public, du ministère de l’intérieur et de diverses agences de sécurité, de droit et d’application de la loi, afin de déterminer la cause des troubles et «  d’amener tous les auteurs à assumer leur responsabilité pénale et administrative  ».

Commentant la présence russe au Kazakhstan, l’UE a déclaré qu’elle devait respecter la souveraineté et l’indépendance du pays.

Un porte-parole de l’UE a déclaré que l’indépendance du Kazakhstan devait être respectée, ajoutant que «  les violences doivent cesser. Nous appelons également toutes les parties à la retenue et à une résolution pacifique de la situation. Maintenant, évidemment, l’UE est prête et désireuse de soutenir le dialogue dans le pays  ».

Jeudi, le représentant de la politique étrangère de l’UE, Josep Borrell, s’est dit «  très préoccupé  » par les troubles au Kazakhstan, insistant sur la nécessité de protéger les droits des civils et lançant une mise en garde contre toute implication militaire étrangère.

«  Les droits et la sécurité des civils doivent être garantis. L’assistance militaire extérieure rappelle des situations à éviter  », a écrit M. Borrell sur Twitter.

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