Le PS alerte sur les turbulences que l’extrême-droite pourrait provoquer dans l’UE

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Alors qu'un nouveau sondage donne le FN en tête pour les élections européennes, Jean-Christophe Cambadelis, secrétaire national du PS en charge des questions européennes, attire l'attention sur les conséquences de ce vote. Retrouvez l'interview intégrale ici.

Le Front national demeure en tête des intentions de vote pour les élections européennes de mai 2014. C'est ce qu'il ressort d'un sondage effectué début janvier par l'Ifop, publié par le Journal du Dimanche et effectué début janvier.

Selon ce sondage, les listes du Front national obtiendraient 23 % des voix, celles de l'UMP 21 % et celles du Parti socialiste et du Parti radical de Gauche 18 %. Les centristes de L'Alternative récolteraient 11 % des voix contre 7 % pour Les Verts.

Pour Jean-Christophe Cambadelis, ce vote pourrait avoir des conséquences sur le fonctionnement de l'Union européenne.

« Il faut avant tout que l'Europe vote aux élections.L'extrême droite sera forte s'il y a beaucoup d'abstentions. Mais si l'extrême droite parvient à former une minorité de blocage, il est certain qu'il y aura des turbulences dans la gestion de l'UE. Cela entraînera une spirale de contestation de la constitution européenne, avec un risque de crise politique », prévient le député parisien.

Selon lui, il est envisageable que le Parlement européen se retrouve avec une centaine de députés d'extrême droite, sur plus de 700 députés, mais pas plus. Le risque, dans ce cas, serait que « l'extrême droite ralentisse le fonctionnement des institutions européennes, au moment où les citoyens en ont le plus besoin »

La victoire des sociaux-démocrates à portée de main au niveau européen

Pourtant, la conception d'une Europe progressiste et sociale serait possible selon lui, à l'occasion du renouvellement des institutions européennes.

« Il faut être en tête en nombre de sièges ; le président du Parlement européen peut être issu d'une coalition, mais il faut qu'elle soit légitime. Le Parti socialiste européen est un parti qui existe dans tous les pays européens, ce qui n'est pas le cas du Parti populaire européen (le groupe de centre-droite aujourd'hui majoritaire au Parlement européen). Si le PSE arrive en tête des élections, il sera possible de former une coalition progressiste qui soutienne un candidat commun pour la tête de la Commission. Le plus évident aujourd'hui ce serait un accord avec les écologistes, qui sont politiquement les plus proches de nous. »

Mais le cacique du PS s'inquiète aussi du mode de désignation du futur président de la Commission.

Des interprétations différentes des traités

Les chefs d'État, jaloux de leurs prérogatives, tentent de garder la main sur la nomination du président de la Commission, comme ils l'ont toujours fait. Angela Merkel a fait savoir qu'elle estimait que le Conseil de l'Union européenne était celui qui choisissait le numéro un de l'exécutif européen. Mi-janvier, le président français, François Hollande, a montré un enthousiasme tout relatif pour la candidature de Martin Schulz, en « constatant » qu'il était le candidat du Parti socialiste.

« Je crois aux traités, mais surtout aux rapports de force » répond Jean-Christophe Cambadelis. « Donc, traité ou pas, s'il y a un candidat social-démocrate, allemand de surcroît comme Martin Schulz, qui était légitimé par les urnes, je ne vois pas comment il serait possible de lui refuser la présidence de la Commission. »

Cette différence d'interprétation des traités explique selon lui le fait que le groupe Parti populaire européen n'ait pas encore de tête de liste européenne pour les élections.

Angela Merkel accepterait un candidat lituanien que personne ne connaît

« Angela Merkel refuse qu'il y ait un candidat du Parti populaire européen, parce qu'elle envisage de refuser le candidat issu du Parlement européen qui visera la tête de la Commission. On a vraiment deux conceptions qui s'affrontent. La chancelière allemande ne veut pas que la Commission ait un président puissant. Alors qu'au PPE, il y avait des candidats. Je pense à Joseph Daul, Michel Barnier… les ambitions ne manquent pas. À la rigueur ce qu'elle acceptera, c'est un candidat lituanien que personne ne connaît…

>>Lire aussi : Barnier or not Barnier, le débat reste ouvert

L'entrée en vigueur du traité de Lisbonne entraîne des modifications dans l'organisation des institutions européennes, notamment en ce qui concerne la nomination de ses dirigeants. Pour combler le déficit démocratique souvent reproché à l'UE, il est prévu que le président de la Commission européenne soit choisi en tenant compte de la majorité du Parlement européen.

L'article 17 alinéa 7 du traité de Lisbonne stipule :

« En tenant compte des élections au Parlement européen, et après avoir procédé aux consultations appropriées, le Conseil européen, statuant à la majorité qualifiée, propose au Parlement européen un candidat à la fonction de président de la Commission. Ce candidat est élu par le Parlement européen à la majorité des membres qui le composent. Si ce candidat ne recueille pas la majorité, le Conseil européen, statuant à la majorité qualifiée, propose, dans un délai d'un mois, un nouveau candidat, qui est élu par le Parlement européen selon la même procédure.

Le Conseil, d'un commun accord avec le président élu, adopte la liste des autres personnalités qu'il propose de nommer membres de la Commission. Le choix de celles-ci s'effectue, sur la base des suggestions faites par les États membres, conformément aux critères prévus au paragraphe 3, deuxième alinéa, et au paragraphe 5, second alinéa. »

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