Les centristes perdent la course à la troisième place au Parlement européen

Guy Verhofstadt, le président de l'ADLE a déclaré que la N-VA n'"était pas bénéfique pour l'UE". 2010. [Parlement européen/Pietro Naj-Oleari/Flickr]

Le parti séparatiste flamand de Belgique, la N-VA, a finalement décidé de rejoindre les Conservateurs et réformistes européens (CRE). Les libéraux européens cèdent ainsi leur troisième place aux conservateurs.

La troisième place au sein du Parlement européen fait l’objet d’âpres luttes entre les libéraux et les conservateurs. Le parti séparatiste flamand a joué les arbitres, en décidant de siéger non pas avec les centristes libéraux, mais les conservateurs. L’Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe (ADLE) a donc perdu une place dans le classement.

L’ADLE avait ouvert la porte aux séparatistes flamands le 17 juin. Avec les quatre eurodéputés belges séparatistes, la CRE passe à 68 députés, contre 67 du côté des libéraux.

Un porte-parole de la N-VA a expliqué à la presse belge que plus de 70 membres ont voté pour l’adhésion à la CRE, et 40 pour l’Alliance libre européenne (l’ancien groupe européen auquel appartenait le parti). Seulement trois membres ont voté pour l’ADLE. La décision de rejoindre la CRE est politiquement surprenante : le groupe de séparatistes flamands rejoint les Tories britanniques, qui sont clairement anti-séparatistes dans leur pays. Ils militent ardemment contre la scission de l’Ecosse du Royaume-Uni.

Historiquement, les libéraux ont occupé la place des « faiseurs de rois » au Parlement. Ils avaient d’ailleurs déclaré le 17 juin qu’ils étaient le troisième groupe parlementaire.

Coup stratégique

Alors que les négociations sont toujours en cours, le choix de la N-VA représente un coup stratégique à ce stade de la procédure de la constitution des groupes étant donné que le nombre d’eurodéputés non affiliés se réduit au fur et à mesure que le temps passe. Certaines rumeurs laissent penser que les régionalistes espagnols au sein de l’ADLE auraient menacé de quitter le groupe libéral si la N-VA l’intégrait.

Guy Verhofstadt, le président de l’ADLE a déclaré:« nous tendons la main à tous ceux qui veulent coopérer pour réformer et renforcer l’Union européenne. […] Dans cette optique, l’ADLE avait écarté tous les obstacles à l’adhésion éventuelle de la N-VA. »

« Ce n’est évidemment pas bénéfique pour l’Union européenne que le plus grand parti de Belgique ait décidé de rejoindre un groupe très eurosceptique, voire peut-être anti-UE, où se trouvent plusieurs partis d’extrême droite comme les Vrais Finlandais et le Parti populaire danois ainsi que l’Alternative pour l’Allemagne, qui souhaiteraient quitter l’euro. »

La CRE serait en revanche ravie de ces récents développements, selon certaines sources. La CRE devrait adopter l’adhésion de la N-VA le 24 juin sans que cela ne pose trop de difficultés.

Une question d’autonomie

« Nous partageons un programme euroréaliste avec la N-VA et nous nous réjouissons de collaborer avec eux alors que nous construisons une UE tournée vers l’avenir » affirme une source à la CRE.

Johan Van Overtveldt, le chef de file de la N-VA au Parlement européen, a pour sa part affirmé : « nous avons choisi le groupe où nous obtenons la plus grande autonomie possible pour déterminer librement nos positions et nos comportements de vote. »

« Nous avons négocié avec divers groupes, et aucun n’était proche de nous à 100%. Mais […], sans un groupe, vous ne pouvez pas fournir un travail politique constructif au Parlement européen. »

Au niveau national, le leader du parti séparatiste, Bart De Wever, est en charge des négociations en vue de former un gouvernement fédéral après la victoire de son parti lors des fédérales belges, qui ont lieu en même temps que les européennes. Il devrait faire un rapport auprès du roi le 25 juin.

>> Lire : Bart De Wever toujours en lice pour constituer un gouvernement belge

Le Groupe Europe libertés démocratie de Nigel Farage a également annoncé le 18 juin qu’il avait obtenu suffisamment de soutiens pour former un groupe.

Les députés du nouveau Parlement européen sont en train d'essayer de constituer des groupes politiques entre partis en fonction des affinités idéologiques. Les groupes inscrits ont le droit de recevoir des financements européens et peuvent recevoir des postes influents au sein des commissions parlementaires. Pour constituer un groupe au Parlement, il faut 25 eurodéputés provenant de sept États membres différents.

Le groupe des Conservateurs et Réformistes européens (CRE) est un groupe eurocritique au sein du Parlement européen. Il appelle à une réforme de l'Union européenne et à mettre une politique économique de centre droit. Ce groupe est étroitement lié au Parti conservateur britannique.

L'ADLE est le groupe qui représente les libéraux européens. Les libéraux sont traditionnellement le troisième groupe du Parlement européen. Mais l'annonce de l'adhésion des séparatistes flamands (N-VA) au groupe des conservateurs modérés (CRE) permet à ces derniers de devancer les libéraux.

24 juin : date butoir pour la constitution des groupes au Parlement européen

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