Les « disparus » emblématiques du nouveau Parlement européen

Sir Graham Watson [eurodéputé ADLE]. Strasbourg, 2012. [Alberto Novi /Flickr]

Certains eurodéputés très médiatiques n’ont pas pu conserver leur siège au Parlement européen. La montée du Front National en France ou la débacle des libéraux au Royaume-Uni ont fait sauté quelques têtes. Un article du réseau EURACTIV.

Les eurodéputés se sont échangé des messages de félicitations, mais aussi de regrets, à la suite des européennes.

On parle même de « condoléances » pour certains députés européens qui ne sont pas parvenus à conserver leur siège. Nombre de ces candidats n’ont pourtant aucunement l’intention de se retirer de la vie politique.

Catherine Trautmann passe à la trappe

En France, Catherine Trautmann, l’ancienne présidente des socialistes français au Parlement européen, n’a pas pu obtenir un nouveau mandat dans la circonscription de l’Est. L’ancienne maire de Strasbourg est une figure emblématique de la gauche française. Mais le parti socialiste avait décidé de placer l’ancien syndicaliste Édouard Martin en tête de liste dans l’Est et l’excellent score du parti de Marine Le Pen dans la région, n’a permis au PS d’obtenir qu’un seul élu. 

L’eurodéputé verte Sandrine Bélier, tête de liste dans l’Est aussi, a également été victime de la montée du FN dans la région.

Corinne Lepage, ancienne ministre de l’environnement n’a pas non plus pu conserver son mandat européen.En 2009, elle s’était présentée sur la liste du MoDem, mais s’est retrouvée isolée après son départ du parti. 

Au Royaume-Uni, les libéraux-démocrates sont les plus durement touchés : ils sont passés de 11 à un seul siège.

Sir Graham Watson, eurodéputé depuis 1994 et président du parti ADLE, fait partie des victimes les plus médiatiques. Andrew Duff, fédéraliste actif au Parlement depuis 15 ans, a également perdu son siège. En théorie, rien ne l’empêche de conserver son poste de président de l’ADLE. De la sorte, il pourra toujours rester en contact avec ses amis bruxellois.

Campagne de la CDU trop eurosceptique

Outre-Rhin, Bernd Posselt de l’Union chrétienne-sociale en Bavière (CSU) est un dinosaure de la politique européenne, avec une carrière de 20 ans à son actif. En tant que président de la branche allemande de l’Union paneuropéenne internationale, il s’est établi en fervent défenseur de l’idée européenne au sein de la CSU et du parti frère d’Angela Merkel, la CDU.

C’est d’ailleurs sa passion pour l’UE qui lui a coûté son siège : son parti est arrivé en 6e place sur la liste des candidats pour les élections européennes et a décidé de mener une campagne électorale eurosceptique. Après des résultats décevants, Bernd Posselt a critiqué la campagne de son parti, car il a raté l’occasion de s’attaquer durement à l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) : la CSU aurait dû adopter une position moins eurosceptique, a-t-il déclaré.

En Italie, plusieurs eurodéputés du parti de Silvio Berlusconi, le Peuple de la liberté, ont également perdu des plumes après les européennes, mais la plupart d’entre eux sont plus connus dans leur pays qu’à Bruxelles ou à Strasbourg : Clemente Mastella (ancien ministre de la Justice), Iva Zanicchi (ex-chanteur), Gianfranco Micciché (ancien ministre) et Alessandro Cecchi Paone (ancien animateur de télévision).

Ronerta Angelilli, ancienne vice-présidente du Parlement européen et membre du bureau est probablement plus connue dans les cercles européens. Elle a quitté le parti de Silvio Berlusconi pour atterrir au Nouveau centre-droit, mais n’a pas réussi à conserver son siège.

En Pologne, Pawe? Zalewski (PPE) et Pawe? Kowal (CRE), deux éminents conférenciers sur les politiques de l’est, spécialisés notamment sur l’Ukraine, ne sont pas parvenus à garder leur mandat.

En République tchèque, deux eurodéputés emblématiques ont perdu leur siège :Old?ich Vlasák, ancien vice-président du Parlement européen (CRE), et Libor Rou?ek, ancien vice-président du groupe des Socialistes et démocrates (S&D).

En Bulgarie, la plus grande victime est Ivailo Kalfin, ancien premier ministre et ministre des Affaires étrangères qui représentait le groupe S&D lors des négociations sur le budget de l’UE pour 2014-2020. En janvier, il a quitté le groupe des socialistes bulgares au Parlement européen en raison de désaccords avec le leader des socialistes bulgares, Sergueï Stanichev. Il s’est présenté en tête de liste de l’ABV, l’Alternative pour une renaissance bulgare, une nouvelle force politique. L’ABV a obtenu 4 %, 2 points de moins que le seuil électoral minimum au Parlement européen. En revanche, ce score permet à ce nouveau parti d’être représenté au prochain Parlement national.

« Je ne serai pas eurodéputé au prochain Parlement européen. Je ne regrette cependant pas mon choix, car je considère la politique comme un moyen de servir la société et non comme un moyen de briguer des postes », a-t-il indiqué sur son blog.

Malgré la montée des partis antieuropéens, les équilibres politiques restent inchangés à la suite des élections européennes entre le 22 et le 25 mai. Le centre-droit et le centre-gauche sont en bonne voie pour former une grande coalition.

Le Parti populaire européen (PPE) a obtenu 221 sièges au Parlement européen. La deuxième place revient à l'Alliance des socialistes et démocrates (S&D) avec 189 sièges, selon les projections actuelles.

À titre de comparaison, le PPE et le S&D ont respectivement remporté les dernières élections européennes avec 265 et 184. Le Parlement dénombrait 766 eurodéputés en 2009 contre 751 sièges pour le prochain.

Il s'agit de la quatrième victoire consécutive du PPE depuis les élections de 1999, causant la déception parmi les socialistes qui ne sont pas parvenus à inverser la balance du pouvoir au Parlement, et ce malgré la grogne sociale qui monte face à l'austérité.

Les libéraux (ADLE) a obtenu 59 sièges, les Verts 52 et le groupe des Conservateurs et réformistes 46.

L'extrême gauche a arraché 45 sièges, contre 38 pour le Groupe Europe libertés démocratie d'extrême droite.

La grande question est de savoir ce que vont faire les 41 eurodéputés « non-affiliés » et les 60 eurodéputés « autres » qui n'appartiennent pas encore à un groupe. La plupart de ces formations sont populistes, extrémistes et hostiles à l'intégration européenne.

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