Les États membres restent divisés sur l’objectif de réduction de 90 % des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2040 par rapport aux niveaux de 1990, 10 États membres s’étant prononcés pour lundi (25 mars), trois contre et 13 ayant demandé des ajustements.
Le Pacte vert pour l’Europe (Green Deal) prévoit une réduction des émissions de gaz à effet de serre de 55 % d’ici à 2030 par rapport à 1990, et la neutralité climatique devra être atteinte d’ici à 2050. Entre les deux, l’UE souhaite fixer un objectif intermédiaire pour 2040.
La Commission européenne a recommandé en février une réduction de 90 % d’ici à 2040. À ce stade, elle ne fixe pas encore d’obligations juridiquement contraignantes pour les pays de l’UE ou l’industrie. Elle ne fait que lancer un débat qui débouchera sur une initiative législative de la nouvelle Commission qui sera formée après les élections européennes de juin.
Ce lundi, les États membres ont présenté leurs positions sur cet objectif lors du Conseil « Environnement » des Vingt-Sept. Résultat : les pays favorables à l’objectif de 90 % sont plus nombreux que ceux qui s’y opposent, mais la majorité des pays se sont, pour le moment, déclarés « indécis ».
« Je perçois un soutien important », a déclaré Wopke Hoekstra, commissaire européen à l’Action climatique, après que les pays les plus ambitieux en matière de climat — notamment la France, la Finlande, le Danemark et l’Espagne — ont exprimé leur soutien à la proposition de 90 %.
L’Allemagne et les Pays-Bas n’ont exprimé qu’un soutien politique provisoire à l’objectif. Le gouvernement de coalition tripartite allemand devant encore se mettre d’accord sur la question, tandis que le ministre intérimaire néerlandais, Rob Jetten, a fait savoir que le parlement nouvellement élu de son pays était « en faveur » des 90 %.
Au total, dix pays ont exprimé leur soutien à cet objectif.
Trois autres pays sont clairement opposés aux 90 % : la République tchèque dénonce une proposition « trop ambitieuse », la Grèce s’inquiète du désir des citoyens « d’avoir une vie meilleure maintenant », tandis que la Pologne demande « plus d’analyse ».
La position de Varovie à de quoi étonner, car en janvier, la secrétaire d’État au Climat, Urszula Zielińska, déclarait que son gouvernement soutiendrait l’objectif en termes non-équivoques.
« […] La Pologne doit intensifier ses efforts pour lutter contre le changement climatique », avait-elle déclaré, ajoutant que son pays devait « adopter l’objectif de réduction des émissions de 90 % ».
Indécision pour la moitié des États membres
La moitié des États membres ont refusé d’adopter une position définitive sur la question, citant des spécificités allant des préoccupations des nations insulaires à celles des pays ruraux qui dépendent fortement de la voiture.
Nombre de ces pays ont rejoint l’UE en 2004 ou plus tard et ont insisté sur leurs situations économiques, qui diffèrent de celles des autres pays du bloc. La Lettonie et d’autres pays de l’UE ont souligné le besoin de « flexibilité » dans la définition de cet objectif intermédiaire afin de tenir compte des spécificités nationales.
Chaque « pays de l’UE a son propre modèle de développement », a souligné Mircea Fechet, ministre roumain de l’Environnement.
« Nous ne disposons pas de ressources suffisantes pour atteindre les objectifs climatiques », a expliqué Ivo Milatić, secrétaire d’État à l’Environnement de la Croatie, ajoutant que l’UE devait « trouver un moyen d’assurer une transition juste qui ne laisse personne de côté ».
La « transition juste » est une approche qui combine l’action climatique avec des politiques sociales en vue de protéger les citoyens vulnérables susceptibles d’être affectés par la transition écologique. Dans le contexte de l’UE, cette approche a souvent été mise en œuvre par le biais de transferts fiscaux via le Fonds pour une transition juste.
Le ministre slovène de l’Environnement, Bojan Kumer, a appelé à un « meilleur équilibre géographique » dans le versement des fonds européens pour la modernisation et l’innovation — deux fonds dotés de plusieurs milliards et financés par le système d’échange de quotas d’émission de carbone de l’UE (SEQE).
La deuxième préoccupation majeure des États membres reste la compétitivité industrielle — un sujet sur lequel tout le monde semble s’accorder, de Budapest à Berlin.
Le fait de « surcharger » l’industrie avec des politiques climatiques risque de « se retourner contre elle », a averti la ministre hongroise de l’Environnement, Anikó Raisz.
« Le renforcement de la compétitivité de notre industrie est crucial pour les années à venir », a pour sa part affirmé l’Allemand Sven Giegold, secrétaire d’État à l’Économie et au Climat.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]



