Les Fintech françaises ont récolté 365 millions d’euros en 2018, un nouveau record

Ledger est la fintech française qui a réalisé le plus important tour de table en 2018. La start-up spécialisée dans la sécurisation des cryptomonnaies a levé 61 millions d'euros en janvier dernier. [Ledger]

Les startups tricolores mêlant finance et innovation n’ont jamais autant attiré les investisseurs qu’en 2018. Un article de notre partenaire, La Tribune.

Record battu pour les startups françaises de l’univers de la finance. Selon le décompte publié fin décembre par KPMG dans son rapport intitulé Pulse of Fintech France, les Fintech tricolores ont levé un total de 365 millions d’euros au cours de l’année 2018 à travers 72 opérations. Soit une augmentation d’environ 15% par rapport à 2017, où elles avaient levé 318 millions d’euros via 61 tours de table. A titre de comparaison, le montant des fonds levés par les Fintech dans l’Hexagone s’élevait à 135 millions d’euros en 2015, 29 millions en 2013 et quelque 5 millions en 2010.

« L’attrait des investisseurs pour ce secteur se confirme ainsi très nettement, dans un contexte international également très porteur », note le rapport.

Les chiffres mondiaux portant sur la totalité de l’année 2018 ne sont pas encore disponibles, mais KPMG recensait déjà 875 millions de dollars levés au cours du premier semestre 2018 alors qu’un peu plus d’un milliard de dollars avaient été levés sur l’ensemble de l’année 2017.

Encore trop peu de champions tricolores

Si la Fintech française compte de plus en plus de levées de fonds, le ticket moyen par opération tend en revanche à stagner, voire diminuer. Le montant moyen d’argent frais levé par les startups françaises du secteur s’élève ainsi à 5,1 millions d’euros en 2018, contre 5,2 millions d’euros en 2017.

Cette moyenne cache des disparités puisque quatre Fintech françaises sont parvenues à lever plus de 20 millions d’euros au cours des douze derniers mois. C’est le cas de Ledger, spécialiste de la sécurisation des comptes de crypto-monnaies, qui a bouclé un tour de table de 61 millions d’euros. Viennent ensuite October, ex-Lendix, (32 millions d’euros), l’assurtech Alan (23 millions d’euros) et la néobanque dédiée aux entreprises Qonto (20 millions d’euros).

« Nous avons désormais des champions français qui se financent sans grande difficulté et qui atteignent la taille critique. Ils sont visibles et se développent tous à l’international », se réjouit Alain Clot, président de l’association France Fintech.

Par exemple, October opère, en Espagne, en Italie, aux Pays-Bas et bientôt en Allemagne.

Remarquées en France, ces opérations restent toutefois modestes en comparaison de certaines Fintech européennes. KPMG rappelle ainsi que la néobanque britannique Revolut et l’allemande N26 ont respectivement levé 250 millions et 160 millions de dollars au cours de l’année écoulée – soit presque l’équivalent de la totalité des fonds levés par l’ensemble des Fintech tricolores cette année ! Une force de frappe avec laquelle il peut être difficile de rivaliser.

« Des innovations plus fortes leur sont ainsi possibles, avec des modèles qui embarquent le crédit, l’épargne, la devise, la cryptomonnaie, et ce sur déjà plusieurs pays », souligne le rapport.

Une précédente étude menée par le cabinet Exton Consulting confirme cette particularité : le montant moyen des tours de table des Fintech françaises est dans l’ensemble deux fois inférieur à la moyenne européenne (tirée vers le haut par le Royaume-Uni) et 3,5 fois inférieur à la moyenne observée aux États-Unis. De quoi expliquer l’absence de « licorne » (entreprise en hypercroissance non cotée en Bourse et valorisée plus d’un milliard de dollars) française, alors que l’univers de la Fintech en recense une trentaine dans le monde, dont quatre en Europe, selon CB Insights.

« Ce trou dans la raquette n’est pas inhérent à la Fintech française mais à l’écosystème tech français en général où le capital-risque s’est structuré plus récemment », commente Mikaël Ptachek, responsable de la practice Fintech chez KPMG. « Cela montre aussi qu’il y a des investissements importants dans des projets plus jeunes et c’est très sain pour les années à venir », ajoute-t-il.

Selon lui, la multiplication des investissements dans des startups en phase d’amorçage serait la conséquence du rachat de cinq Fintech en 2017 pour environ 500 millions d’euros : Compte-Nickel absorbé par BNP Paribas, Dalenys par Natixis, KissKissBankBank par La Banque Postale, Credit.fr par Tikehau Capital et Pumpkin par Arkéa. Ces opérations ont permis aux actionnaires d’effectuer des sorties et donc de réinvestir de l’argent dans des nouveaux projets moins matures.

La Fintech française connaît une deuxième vague

KPMG observe par ailleurs un attrait des investisseurs pour de nouvelles thématiques. Les secteurs de la Blockchain, de l’Assurtech et de la Regtech recueillent ainsi respectivement 19%, 12% et 6% des investissements en 2018.

« En France, la Fintech s’est développée à ses débuts dans les métiers du paiement, du financement et des services bancaires 2.0. On assiste maintenant à une deuxième vague », analyse Mikaël Ptachek.

Une vingtaine de fonds d’investissement est déjà entrée au capital de startups françaises de la finance. BlackFin, Eurazeo, Idinvest, Partech ou encore Newfund figurent parmi les fonds les plus actifs dans le domaine. « Pour eux, l’intérêt est clair : la banque et les services financiers sont en pleine transformation. Les acteurs innovants ont la possibilité de fournir de nouveaux services plus rapidement qu’un développement interne au sein d’un grand groupe où le chemin est plus long. Les investisseurs y voient donc un gisement important de création de valeur », décrypte le responsable de la practice Fintech chez KPMG.

En parallèle, les institutions financières, elles aussi, sont plus actives. « Pour les banques et les assureurs, l’objectif est différent. Les participations minoritaires ou majoritaires dans les startups constituent un des outils d’innovation parmi plusieurs chemins dans leur route de transformation ». La tendance à la hausse se poursuivra-t-elle en 2019 ?

Mikaël Ptachek reste prudent. « Intrinsèquement, nous avons des bons fondamentaux avec une excellente formation d’ingénieurs et des banques françaises solides. En revanche, nous ne sommes pas à l’abri de turbulences sur les marchés financiers qui peuvent venir perturber la disponibilité des fonds pour les levées en général et dans la Fintech plus particulièrement ».

Alain Clot, lui, se montre confiant pour les mois à venir. « L’écosystème de la Fintech française pourra s’appuyer sur plusieurs facteurs d’accélération : le développement des nouveaux modes de consommation, les Français se montrant particulièrement enclins à ces nouveaux produits, l’émergence de leaders français sur plusieurs segments du marché et enfin le Brexit », estime le président de France Fintech.

À plus long terme, il mise aussi sur l’excellence française : « Les compétences françaises dans les sciences cognitives ou encore nos infrastructures performantes sont des atouts fondamentaux, très longs à construire. »

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La Tribune

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