Les sociaux-démocrates réunis à Paris pour peser face aux conservateurs

François Hollande à l'Elysée, 30 août 2014 © EURACTIV

Le club des leaders sociaux-démocrates, dont l’italien Matteo Renzi, la danoise Helle Thorning Schmidt ou encore le président du Parlement européen Martin Schulz se sont retrouvés à Paris samedi 30 août. Ils ont réclamé l’inclusion de l’économie au menu du Conseil européen.

Pour peser face au rouleau compresseur de la droite européenne, qui a remporté les élections en mai dernier, c’est à Paris que les chefs d’État sociaux-démocrates se sont réunis samedi 30 août au matin, histoire d’éviter le « brouhaha médiatique bruxellois ». Le « club » qui s’était déjà retrouvé le 21 juin dernier a peaufiné sa position sur le Conseil européen prévu le soir même à Bruxelles.

L’Ukraine a été le premier sujet abordé entre les dirigeants européens.

« L’Europe doit faire quelque chose » pour l’Ukraine

François Hollande a défendu une position dure, en faisant valoir que des sanctions plus sévères devraient être prises contre la Russie, après avoir parlé avec Vladimir Poutine le vendredi 29 août.

« Il y a clairement une escalade de la situation en Ukraine. Il y a du matériel en provenance de Russie, des soldats russes sont probablement en Ukraine, et les séparatistes ont recourt à des armes données par la Russie. Maintenant, la population civile est en danger. L’Europe doit faire quelque chose » a fait valoir le président français.

Il a précisé qu’il était disponible pour contribuer au dialogue entre l’Ukraine et la Russie, mais que la Russie devait d’abord montrer sa volonté de mettre fin au conflit.
« Vladimir Poutine part pendant 2 semaines en déplacement. Allons-nous laisser la situation se dégrader en Ukraine? Il n’y a pas de temps à perdre » a conclu le dirigeant français.

La gauche européenne défend ses arguments pour le poste de président du Conseil européen

 Très politique, la réunion des sociaux-démocrates a aussi évoqué la question brûlante des nominations que le Conseil européen doit trancher à Bruxelles le 30 août.

Pour le poste de Haut représentant  de l’UE pour la politique étrangère, le président a dit « avoir bon espoir », que l’Italienne Federica Mogherini soit choisie ce soir,  estimant qu’elle était jeune mais compétente, comme elle l’avait montré à son poste de ministre des Affaires étrangères de l’Italie.

Pour le poste de président du Conseil européen, qui doit également être tranché ce week-end, les choses semblaient moins claires.

« Nous avons besoin d’une démarche de rassemblement, nous avons besoin d’un consensus et il y a des personnalités au sein de la famille sociale-démocrate en Europe qui peuvent convenir » pour le poste de président du Conseil européen a plaidé le président français.

Longtemps donnée favorite, la Danoise Helle Thorning-Schmidt est désormais outsider, alors que l’Allemagne penche plutôt pour donner ce poste à la Pologne avec Donald Tusk.

Le poste de commissaire aux affaires économiques et monétaires en suspens

François Hollande a également ajouté que les dirigeants sociaux-démocrates avaient prévu de rappeler à Jean-Claude Juncker sa promesse de nommer un «social démocrate ou un socialiste au poste de commissaire aux Affaires économiques et monétaires. La France s’efforce d’obtenir le poste pour son propre candidat Pierre Moscovici, mais la dette française ainsi que son déficit chronique risquent de compromettre cette hypothèse, à laquelle l’Allemagne n’est pas favorable.

Il semble en revanche envisageable que le candidat français hérite d’un poste de commissaire à l’investissement, un nouveau poste dont le sujet intéresse particulièrement la France, comme le soulignait EURACTIV.fr la semaine dernière.

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En plus des questions internationales au menu de la rencontre, ainsi que la nomination du président du Conseil européen et de la Haute Représentante aux affaires étrangères, les sociaux-démocrates ont insisté sur les questions économiques qu’ils souhaitent voir mises à l’ordre du jour du Conseil européen.

Car selon eux il y a trois choses à faire, et vite. La priorité consiste à infléchir la politique monétaire. « Le discours de Mario Draghi est limpide si l’on tient compte des codes des banquiers centraux, il y  un vrai risque de déflation qui appelle une réponse globale » explique-t-on à l’Élysée.

Faire redémarrer la demande intérieure

Le  redémarrage de la demande est crucial aux yeux des sociaux-démocrates, qui ne partagent pas forcément la même analyse que les politiques de droite sur le sujet, qui mise avant tout sur une politique de compétitivité. Pour Paris et ses alliés, c’est la demande intérieure de l’UE qu’il faut relancer, avant tout.

Pour soutenir cela, les sociaux-démocrates estiment incontournable une politique d’investissement ambitieuse, qui soit « très rapidement mise en œuvre ».

La BCE devrait envisager de mettre en œuvre des mesures pour faciliter l’accès au crédit des entreprises, sous la forme d’ABS, une forme de titrisation du crédit qui permet de répartir les risques.

Le club social-démocrate estime également que les investissements dans l’UE restent inférieurs à ceux d’avant la crise financière de 2008. Un manque de 450 milliards a été identifié par Paris, qui souhaite réamorcer la pompe avec un plan d’investissement d’envergure au niveau européen.

Jean-Claude Juncker a proposé un plan de 300 milliards de son côté, et pour les sociaux-démocrates il est urgent de le mettre en œuvre.

Enfin la question de l’adaptation du cadre budgétaire européen compte au rang des préoccupations de premier plan. « Il faut s’adapter à une situation exceptionnelle, avec une politique budgétaire qui s’ajuste aux rythmes des autres indicateurs » estime l’Élysée.

Sommet européen le 6 octobre en Italie

 A la demande de Matteo Renzi, qui occupe le poste de la présidence tournante de l’UE, un sommet sur la croissance et l’emploi devrait se tenir le 6 octobre prochain en Italie, avec les 28 pays. Selon François Hollande, un sommet de la zone euro devrait suivre dans la foulée, afin que de solutions concrètes soient adoptées pour relancer la croissance.

Confronté au manque de résultats de sa politique économique, François Hollande a fait le choix d'accélérer le rythme des réformes structurelles tout en demandant des marges de manoeuvre budgétaires à ses partenaires européens et monétaires à la Banque centrale européenne.
 
Ayant choisi pour la France une politique de l'offre, il estime que la relance doit passer, elle, par une action coordonnée au niveau européen et compte pour l'obtenir sur l'appui du président du Conseil italien, Matteo Renzi, dont le pays assure la présidence tournante de l'UE ce semestre.

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