Les systèmes de santé européens inégaux face aux maladies chroniques

Mental illness

A chronic disease can lead to depression, experts say

Cet article fait partie de l'édition spéciale Traiter les maladies chroniques en UE.

ÉDITION SPÉCIALE / Les malades chroniques génèrent stigmatisation et discrimination au sein de l’UE. Les inégalités entre États membres sont flagrantes en ce qui concerne la prise en charge des citoyens souffrant de pathologies chroniques.

Susanne Løgstrup, directrice de l’European Heart Network (EHN), a pris la parole lors d’une conférence consacrée aux injustices inhérentes aux systèmes de santé, le18 mars. Elle y a expliqué qu’il existait des inégalités criantes en Europe en ce qui concerne les maladies cardiovasculaires.

« En règle générale, le taux de mortalité est bien plus élevé en Europe centrale et orientale. Il existe donc une injustice. La génétique n’y étant pour rien, nous pouvons faire quelque chose contre », a-t-elle indiqué.

Elle a ajouté par exemple qu’à l’intérieur même de l’UE, la France enregistre un taux de mortalité lié aux maladies cardiovasculaires cinq fois moins élevé qu’en Bulgarie.

« J’affirme que cette différence est une injustice, car nous savons que nous pouvons y remédier », a expliqué la directrice de l’EHN.

Sur le continent européen, le cancer, le diabète, les maladies cardiovasculaires, et les maladies respiratoires chroniques sont à l’origine de 86 % des décès et de 77 % des infirmités qui touchent les populations.

Discrimination et stigmatisation

Même si l’UE jouit de certaines compétences exclusives en matière de santé, certaines actions ne peuvent pas être menées sous les traités actuels, selon l’EHN. Par exemple, l’UE pourrait légiférer sur de nombreuses questions sanitaires : la production alimentaire (les acides gras trans), la qualité des traitements médicaux et sur les facteurs à risque comme le tabagisme les régimes alimentaires inadaptés ou encore la consommation d’alcool.

Selon Susanne Løgstrup, l’UE doit également mener des évaluations d’impact sur les conséquences sanitaires induites par la pauvreté, la crise économique et le chômage, en vue de rendre les systèmes de santé plus justes.

Rebecca Müller, secrétaire générale de Gamian Europe, une organisation qui représente les intérêts des patients atteints de troubles mentaux, a signalé que les personnes avec des maladies physiques chroniques souffrent souvent de dépression.

Nombre d’entre elles font une dépression, car elles se sentent stigmatisées, selon elle. Or, les troubles psychologiques ont souvent des conséquences sur la productivité, ce qui peut aboutir à leur licenciement et par la même générer une situation d’inégalité sociale.

Des réponses possibles au niveau européen

Wendy Yared, à la tête de l’Association des ligues européennes contre le cancer, a, quant à elle, expliqué que la stigmatisation et la discrimination persistent au sein des systèmes de santé. Mais le sujet reste tabou.

« Il est difficile de rencontrer des décideurs politiques qui reconnaissent l’existence de stigmatisation et de discrimination au sein de leur pays, région ou ville. Nous devrions remédier à cette situation grâce à la coopération et à des actions conjointes. Nous devons organiser des forums rassemblant des acteurs de plusieurs secteurs, qui permettent aux ONG, universitaires et industriels, de prendre un engagement commun en vue d’améliorer les systèmes de santé », a-t-elle appelé de ses vœux.

L’ancien président slovène et actuellement eurodéputé, Alojz Peterle (Parti populaire européen), partage ce point de vue. Selon lui, il faut inscrire ces questions parmi les priorités dans le calendrier politique. Il souhaite également que l’UE fasse plus en matière de collecte de données, et formule plus de recommandations sur la question, enfin donne un cadre législatif en la matière.

« Les différences constatées prouvent l’existence de discrimination. Les citoyens n’apprécient guère d’être sanctionnés parce qu’ils sont nés du mauvais côté de la frontière. Il existe une grande différence entre les anciens et nouveaux États membres en ce qui concerne l’espérance de vie. Nous constatons des différences majeures à l’intérieur même des États membres », a ajouté l’eurodéputé slovène.

Les maladies chroniques, telles que les maladies cardiaques, les maladies respiratoires chroniques, les diabètes, sont de loin les premières causes de mortalité au monde, représentant 60 % des décès, selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

Environ 4 millions d'Européens et 1,5 million de citoyens de l'UE décèdent à la suite de maladies cardiovasculaires chaque année, selon le Réseau européen du cœur et la Société européenne de cardiologie.  Les maladies coronariennes et les accidents vasculaires cérébraux (AVC) sont les formes les plus répandues de maladies cardiaques.

Les États membres de l'UE ont convenu de s'attaquer aux facteurs sous-jacents dans le programme d'action dans le domaine de la santé 2014-2020. Objectif : réduire le nombre de décès provoqués par les maladies cardiovasculaires.

  • 30 avril : congrès européen sur l'obésité
  • 17 mai :  journée européenne de l'obésité
  • 19-24 mai : assemblée mondiale de la santé à Genève (Suisse)

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