L’État et les élus français dans le déni sur les pesticides

En France, la manière dont les politiques gèrent le dossier des pesticides s’éloigne de plus en plus des attentes de l’opinion publique. Un article de notre partenaire, le Journal de l’environnement.

Intense actualité sur le front des pesticides en France. Alors que se déroulaient ce 1er février quelque 780 rassemblements en France à l’appel du mouvement des Coquelicots – qui appelle à l’interdiction de tous les pesticides de synthèse –, Emmanuel Macron était aux Antilles pour animer une réunion du Grand débat national.

S’en est suivi un échange tendu sur le chlordécone avec Victorin Lurel, sénateur et ex-ministre des Outre-Mer. Échange au cours duquel le président de la République a affirmé, contre toute évidence scientifique : « Il ne faut pas aller jusqu’à dire que c’est cancérogène parce qu’à la fois on dit quelque chose qui n’est pas vrai et on alimente les peurs. »

Deux éminents spécialistes du sujet (les professeurs Luc Multigner, directeur de recherche à l’INSERM et Pascal Blanchet, professeur à l’université des Antilles et chef du service urologie du CHU de Pointe-à-Pitre) ont immédiatement répondu de manière circonstanciée. Et indignée.

Le ministère de l’Agriculture met en consultation un projet d’ordonnance visant à séparer au plan capitalistique les activités de vente, de distribution et d’application de pesticides avec l’activité de conseil stratégique et de conseil spécifique à l’utilisation de ces produits. Des dispositions qui entreront en vigueur le 1er janvier 2022, adossées aux certificats d’économie de produits phytopharmaceutiques, en test depuis juillet 2016.

L'UE aurait réautorisé le glyphosate sur le conseil des industriels

Une partie de l’évaluation des risques liés au pesticide a été directement écrite par l’industrie. Une étude commanditée par des eurodéputés met en lumière un vaste plagiat.

Multiple classement comme cancérogène

Car cet insecticide a été qualifié de cancérogène par l’OMS dès 1979, avant d’être classé comme « cancérogène probable » en 1987, rappellent-ils. Aux États-Unis, c’est le département de la santé et des services sociaux qui a fait de même en 1981, à l’unisson avec l’agence pour la protection de l’environnement (EPA). Dans l’Union européenne, ce produit est classé comme « cancérogène possible », ce qui correspond à la catégorie 2 de la classification CMR. Sur le plan de la recherche, leurs travaux de 2010, qui démontraient une augmentation des risques de cancer de la prostate chez les populations exposées au chlordécone, n’ont pas été remis en cause depuis leur publication dans des revues à comité de lecture, concluent-ils.

Troisième échec pour le fonds d’indemnisation

Les promesses présidentielles de la prise en charge des travailleurs de la banane au titre des maladies professionnelles à compter du 1er juin prochain paraissent donc bien irréelles si l’effet cancérigène du chlordécone continue à être nié au plus haut de l’État. Cet attentisme dilatoire est d’ailleurs de mise en matière de réparation des préjudices causés par les pesticides. Car pour la troisième fois, la création d’un fonds d’indemnisation des victimes des pesticides a été repoussée. La niche parlementaire dans laquelle avait été casé ce dispositif qui permettrait la réparation du préjudice de près de 10 000 agriculteurs est intervenue trop tard –1h du matin– pour donner lieu à discussions dans l’Hémicycle.

Un quasi-sabotage, selon l’ex-ministre de l’Environnement Delphine Batho : « Les connaisseurs du fonctionnement de l’Assemblée nationale savent qu’en inscrivant ce texte en 4e de l’ordre du jour et celui sur le chlordécone en 5e, ils n’avaient aucune chance d’être adoptés. » Agnès Buzyn a assuré que le fonds serait à nouveau proposé dans le cadre de la prochaine loi de financement de la sécurité sociale, qui sera discutée à l’automne prochain. Un épisode qui intervient à quelques jours de l’ouverture, le 6 février, du deuxième procès en appel de Paul François, victime d’une intoxication aigüe par un herbicide de Monsanto. « Pas de débats, un gouvernement qui fait semblant… Les victimes méprisées ! », a réagi l’association Phyto-Victimes dont le céréalier charentais est le président.

Les eurodéputés veulent plus de transparence dans l'autorisation des pesticides

Les pesticides utilisés dans l’Union européenne doivent faire l’objet de procédures d’autorisation plus transparentes, ont demandé mercredi les députés européens.

Vendre nos produits toxiques ailleurs

Les sénateurs se sont également illustrés ces derniers jours en votant, dans le cadre du projet de loi Pacte, en faveur d’un amendement abrogeant l’interdiction de fabrication sur le territoire français de produits destinés à être commercialisés dans des pays situés hors de l’Union européenne où leur utilisation est autorisée. En clair, continuer à produire des pesticides interdits chez nous pour les vendre hors de l’Union européenne. Motifs ? « Ces entreprises [qui ne pourraient plus les produire] investissent aujourd’hui massivement pour réorienter leur activité dans le domaine de l’agro-écologie, notamment en matière de biocontrôle. D’autre part, ce sont 2 700 emplois qui sont menacés.».

Réhabiliter le métam-sodium

Last but not least, l’hallucinante demande des producteurs de carottes de sable –dites carottes de Créances–, désarmés contre les nématodes qui ravagent leurs monocultures d’apiacées. Car l’interdiction du dichloropropène, un cancérogène probable, les laisse sans solution alternative, affirment-ils, et les obligerait à licencier du personnel. Cela fait pourtant 9 ans que cet insecticide est interdit dans l’Union, mais autorisé à coups de dérogations par la France. En lieu et place du dichloropropène, ils réclament une dérogation pour avoir recours… au metam-sodium ! Ce biocide vient d’être interdit en France, après une série d’intoxications aiguës. « La santé publique prime. On ne transige pas là-dessus. La demande de la société est irréversible », avait déclaré il y a quelques jours Didier Guillaume lors d’une visite au salon des productions végétales.

Les verts renoncent à l'interdiction du glyphosate

Les verts ont bloqué un amendement appelant à l’interdiction du glyphosate, en échange de l’adoption du rapport sur la réforme de l’autorisation des pesticides par le Parti populaire européen.

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