Marine Le Pen choisit ses contradicteurs

Marine Le Pen, DPDA 2014

La leader du Front National Marine Le Pen a refusé de débattre avec le candidat du Parti socialiste européen jeudi soir sur France 2. Et a développé des approximations.

Invitée sur une chaîne publique à une heure de grande écoute jeudi 10 avril, Marine Le Pen a exigé de ne pas débattre avec le candidat du Parti socialiste européen, Martin Schulz. Le fait que France 2 se plie à ses desiderata a suscité de vives réactions. Notamment de la part de Martin Schulz, qui l’a accusée de faire une campagne qui n’était « pas européenne ».

«Elle ne veut pas, débattre avec un Européen, parce que ce serait admettre que l’Europe existe ! » a constaté le candidat allemand du principal parti de gauche.

Il a aussi insisté sur le fait Marine Le Pen avait échoué à tenter de rassembler les courants de droite européens, ce qui limite la portée de son discours sur les élections européennes.

« Dans sa quête de visibilité, Mme Le Pen a tenté d’obtenir de ses amis européens de se présenter comme tête de liste européenne en vue de la présidence de la Commission. Elle n’y est pas parvenue. Et clame donc que cette campagne n’est pas européenne. »

>>Lire aussi :L’extrême droite européenne rejette l’idée d’un candidat commun

Programme « économique »

Le différend aura eu le mérite de mettre en avant le sujet de la campagne pour les élections européennes, qui a démarré cette semaine en France avec les présentations des listes de candidats de plusieurs partis : le centre, les Verts.

Marine Le Pen profite de son côté de cette tribune pour faire une campagne sans trop évoquer l’Europe.

Elle a ainsi déclarée dans l’émission Des Paroles et des actes que si elle était élue présidente de la République en 2017, la présidente du Front national fera un référendum sur la sortie de l’euro. « Chaque pays aura sa monnaie nationale », a-t-elle assuré, et il y aura une « monnaie commune » avec des « parités fixes et ajustables ».

Elle a fait de la monnaie la clé de son programme: « Je suis pour faire des économies sur l’immigration (…), sur la fraude sociale, sur la décentralisation, sur la politique de la ville (…) mais on ne peut pas faire des réformes (…) alors même qu’on refuse de dévaluer ».

Le mauvais exemple du café

Le programme succinct du Front National en matière économique passerait aussi par ce qu’elle appelle un « protectionnisme intelligent », qui serait d’« émettre des droits de douane quand on est face à une concurrence internationale déloyale » mais « ne pas taxer (les importations de) café parce qu’on n’en fabrique pas en France ».

Or la France paie très peu de droits de douane sur le café qu’elle importe .

En effet, les importations de café sont bien soumises aux normes communautaires, phytosanitaires et douanières. Qui précisent que les droits non préférentiels sur le café non torréfié sont de 0 % et que les droits préférentiels sur le café torréfié sont de 7,5 % en théorie.

L’Europe étant le premier torréfacteur et commercant de café au monde, les importations de café concerne surtout des sacs de café vert, donc non torréifié-et non taxé.

Et les importations de café torréifié sont, dans leur majorité, indemnes de droits de douane.

«La liste de des pays bénéficiant d’un tarif préférentiel de 0 % dans le cadre d’un accord bilatéral, d’un accord régional ou du système de préférences généralisées est très longue » précise –t-on à la Commission.

La plupart des pays producteurs de café sont exemptés de droits de douane, notamment tous les producteurs d’Amérique centrale à qui la France importe l’arabica, et la Colombie. Le café vietnamien et indonésien, des pays qui sont respectivement n°2 et numéro 4 sur la liste des principaux producteurs, sont taxés à 2,60 % Le café brésilien torréifié est, lui, taxé à 7,5 %.

Tout et n’importe quoi

Le député européen Alain Lamassoure a de son côté reproché à Marine Le Pen son absentéisme au Parlement européen, tandis que le député PS Yann Galut attaquait sur des questions plus techniques. Auteur d’un guide anti-FN, Yann Galut a reproché à l’élue FN de n’être ni de droite ni de gauche vu son programme économique dans lequel on retrouvait « tout et n’importe quoi » avant de conclure que l’extrême droite offrait « pour la France la liberté de la faillite ! »

 

Les extrêmes droite et gauche devraient progresser au Parlement européen pour les élections de mai 2014 si l'on en croit les sondages. La crise financière puis économique qui a suivi a en effet un mouvement de défiance de la part des populations, notamment dans les pays du Sud de l'Europe et en France où le parti du Front National est implanté.

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