Moins de spécialistes et des traitements plus ciblés, réclament les intervenants d’un forum sur la santé

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EDITION SPECIALE / L’Europe a besoin de moins de médecins spécialisés et de plus de médicaments et de traitements pour cibler les maladies avec une grande précision, ont pu entendre les participants du Gastein Health Forum hier (3 octobre).

 

L'Europe doit s'intéresser davantage aux technologies de l'information et à la gestion des données dans le secteur des soins de santé afin de permettre à la médecine personnalisée de se développer, a-t-on expliqué aux participants.

 

Les services de santé ultrastructurés en Europe font place à des médecins ultraspécialisés travaillant dans départements fragmentés. C'est ce qu'a affirmé Thomas Plochg, un professeur de santé publique de l'université d'Amsterdam lors d'une conférence sur les systèmes de santé durables.

 

Il a ajouté que la modernisation des soins de santé avait révolutionné le savoir et la technologie, mais avait délaissé presque complètement les professionnels du secteur, dont les cardiologues, les chirurgiens ou les médecins traitants.

 

Il a affirmé que la spécialisation ne convenait plus à une société à la démographie vieillissante qui souffre de plus en plus de maladies chroniques différentes et non plus d’une seule maladie à traiter séparément.

 

La population vieillissante souffre de nombreuses maladies chroniques

 

« L'approche individuelle des maladies suivie jusqu’à présent ne fonctionne plus. À cause de l'interaction de la génétique, du style de vie ainsi que des facteurs socioéconomiques et environnementaux, la multimorbidité est trop complexe pour pouvoir soigner les patients avec la vieille méthode, » a déclaré Thomas Plochg.

 

« Vous ne pouvez gérer les problèmes de santé que si vous vous concentrez sur le corps dans son ensemble ainsi que sur ses interactions, et non sur les organes pris séparément, » a-t-il argué, appelant à un changement au niveau de l'UE.

 

L'expert néerlandais a expliqué : « Le programme de recherche pour les prestations de soins de santé est un bon instrument pour créer davantage de savoirs et de technologies axés sur le système. Ces technologies pourraient légitimer et soutenir le développement de professions médicales se concentrant sur la multimorbidité au XXIe siècle. »

 

Toutefois, même si les médecins de demain devront être de plus en plus généralistes, l'inverse vaut pour les médicaments et les traitements. Ces derniers deviendront si précis qu'ils pourront bientôt se concentrer sur des problèmes individuels, ont pu entendre les participants.

 

Une avancée capitale imminente dans la médecine personnalisée

 

Lors d'une conférence sur la gouvernance sanitaire en Europe, Angela Brand, la directrice du European Centre for Public Health Genomics, a déclaré que les énormes dépenses allouées à la recherche sur ce type de médicaments personnalisés n’avaient donné que des résultats modestes jusque présent.

 

« L’une des raisons est que nous n'avons pas encore pu intégrer suffisamment l'unicité cellulaire, moléculaire et génétique des patients en fonction des facteurs environnementaux. Mais des avancées réellement spectaculaires dans ce domaine arriveront très bientôt, » a-t-elle indiqué.

 

La « médecine stratifiée » définit des groupes de patients en fonction de leurs similarités génétiques qui répondent positivement à certaines thérapies, a expliqué Angela Brand lors du forum en Autriche. « Par exemple, en fonction de certains traits génétiques d'une tumeur, nous pouvons aujourd’hui déterminer avec exactitude pour certains types de cancer si le patient tirerait profit d'une chimiothérapie ou pas », a-t-elle ajouté.

 

Selon elle, la prochaine étape sera de passer de la médecine stratifiée à la médecine personnalisée.

 

Cela impliquerait notamment d’extraire des cellules souches d'une tumeur et de les utiliser pour activer le système immunitaire d'un patient contre ces cellules grâce à un vaccin.

 

Bien que ces avancées en soient toujours à un stade expérimental, Angela Brand a déclaré : « Ces stratégies sont mises en oeuvre par le Max Planck Institute for Molecular Genetics à Berlin. Leur utilisation dans la pratique est imminente. »

 

La médecine personnalisée nécessite des modèles précis

 

Grâce à un certain nombre d'initiatives, la Commission européenne encourage les avancées vers la médecine personnalisée, mais les inquiétudes concernant la protection des données restent un obstacle à l'innovation dans ce secteur.

 

Les banques de données biologiques, la collecte de sang humain ou les échantillons de tissu sont cruciaux pour de ces médecines et technologies, mais ils doivent comporter le plus grand nombre d'informations possible sur le style de vie et les maladies des personnes qui ont fait ces dons.

 

Le Biobanking and Biomolecular Resources Research Infrastructure paneuropéen favorise l'accès aux échantillons de sang, de tissus, de cellules ou d'ADN, ainsi qu'aux données correspondantes. Le projet pilote européen IT Future of Medicine s'attèle quant à lui à une gestion efficace du volume énorme de données.

 

Kurt Zatloukal, professeur à l'université de Graz a déclaré : « Ce travail de développement a pour but de produire des modèles informatiques qui permettent aux médecins de simuler et de comprendre des maladies et thérapies sur une personne donnée, ainsi que de planifier leurs recommandations thérapeutiques de manière plus efficace. »

 

Les problèmes liés aux données tourmentent le secteur

 

Lors de la session d'ouverture du forum, Toomas Hendrik Ilves, le président de l'Estonie a déclaré que les avancées dans ce secteur étaient bloquées en raison du manque d'efficacité et de normes sur la gestion des données.

 

M. Ilves a expliqué aux participants que les systèmes de santé européens numérisaient les systèmes administratifs existants plutôt que d'adapter de nouveaux modèles de gestion numérique. L’absence d’une réglementation uniforme relative à la protection des données donne lieu à l'incertitude et à l'inefficacité, a-t-il affirmé.

 

« La réglementation et sa mise en oeuvre sont vraiment en retard par rapport au monde réel, » a-t-il déclaré, en faisant référence aux nouvelles applications mobiles utilisées dans le secteur médical qui rassemblent des données qui ne peuvent pas être gérées efficacement. « L'utilisation et la possession des données changeront radicalement les relations entre le médecin et ses patients, » a-t-il affirmé, réclamant l'introduction d'un nouveau registre électronique de santé à l’échelle de l'EU pour tous les citoyens. 

Contexte

 

La crise de la dette dans la zone euro a contraint les gouvernements à réduire considérablement leurs budgets de santé publique pour limiter les déficits.

 

Le commissaire européen à la santé et à la politique des consommateurs, John Dalli, a déconseillé de négliger la santé publique en période d'austérité, affirmant que la crise économique ne devait pas devenir une crise sanitaire.

 

Le Gastein forum en Autriche, le plus grand rassemblement de décideurs politiques du domaine des soins de santé en Europe, aborde un certain nombre de problèmes qui ont des conséquences sur l'avenir du secteur dans le contexte de la crise financière.

 

Prochaines étapes

 

  • 4 - 6 octobre : Health Forum Gastein en Autriche

Plus d'information

 

Organisations internationales

Études et données

  • OCDE : Site Internet
  • European Health Care Fraud and Corruption Network : Site Internet

Presse

 

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