Naftogaz écarte la possibilité d’une autre crise du gaz en Europe

Naftogaz siège à Kiev. [Georgi Gotev]

Un représentant de Naftogaz, l’exploitant gazier ukrainien, assure que l’UE n’a pas à craindre des pénuries de gaz cette année, malgré les avertissements russes, qui envisagent une nouvelle crise du gaz, comme en 2006 et en 2009.

Vladimir Chizhov, ambassadeur russe auprès de l’UE, a récemment averti que les livraisons de gaz à l’UE pourraient être interrompues parce que l’Ukraine pompait du gaz stocké en sous-sol et prévu pour assurer la sécurité d’approvisionnement en hiver.

>> Lire : La Russie alerte sur une crise du gaz imminente

Viacheslav Kniazhnytskyi, directeur du bureau bruxellois de Naftogaz, l’entreprise gazière ukrainienne, a cependant contredit le représentant russe.

Il a ainsi souligné que les crises du gaz de 2006 et 2009 avaient été orchestrées par la Russie, mais ne pourraient se reproduire, grâce à la séparation des contrats de consommation et de transit.

Selon l’ambassadeur russe, le niveau de gaz idéal dans les dépôts souterrains est de 19 milliards de mètres cubes (mmc), et un niveau minimum de 17 mmc est nécessaire à la sécurisation de l’approvisionnement occidental. Pourtant, lors des dernières discussions trilatérales, en décembre, ce niveau n’était plus que de 14 mmc. Un niveau qui devrait encore avoir baissé, assurait l’ambassadeur début janvier, puisque l’Ukraine siphonne ce gaz pour répondre à sa demande interne.

Viacheslav Kniazhnytskyi a pour sa part produit des documents indiquant qu’en date du 6 janvier les dépôts souterrains ukrainiens contenaient 13 mmc. Il a ajouté que la légère réduction ne poserait aucun problème.

Qui paiera la facture d’une meilleure sécurité d’approvisionnement ?

« Il n’y a aucune raison de s’inquiéter, nous avons assez de gaz pour couvrir notre consommation interne et pour assurer un transit fiable. Mais s’il faut injecter des volumes supplémentaires [dans les dépôts], je me demande qui va payer pour », a déclaré le représentant de Naftogaz auprès des institutions. L’an dernier, à la fin d’un hiver plutôt doux, il restait 7 mmc dans les dépôts, a-t-il souligné.

Selon des représentants russes, l’Ukraine achète du gaz russe aux pays occidentaux via le mécanisme de flux inversés, mais à un prix plus élevé. EURACTIV a demandé à Viacheslav Kniazhnytskyi de commenter ces allégations.

Celui-ci a expliqué que Naftogaz achetait du gaz à des entreprises européennes s’approvisionnant de sources multiples, et pas seulement depuis la Russie. « Leur portefeuille diversifié prouve que nous sommes tout à fait en sécurité. Nous ne dépendons pas de la Russie », a-t-il affirmé. Il a également indiqué que l’Ukraine obtenait de meilleurs prix via les entreprises européennes que ceux proposés par Gazprom. « Si [le gaz] vient d’Europe, nous l’achetons au prix du marché. Il faut toujours comparer à ce que Gazprom nous offre. Nous achetons là où c’est moins cher et plus fiable. Et le circuit occidental est plus fiable. »

Kiev n’a pas acheté de gaz à la Russie depuis plus d’un an. S’agit-il d’une décision politique ?  « La décision de diversifier les sources était politique, afin d’éviter une dépendance vis-à-vis de la Russie. Mais ne rien acheter à la Russie a été une décision principalement économique, parce que les prix pratiqués sur le marché européen étaient plus bas », a expliqué le représentant ukrainien. « Nous ne devrions pas dépendre de la Russie, qui nous fait la guerre. »

En ce qui concerne le transport gazier, l’Ukraine est un pays sûr, insiste Viacheslav Kniazhnytskyi. Et il illustre ses propos : Engie, la multinationale électrique française, une entreprise suisse et une société américaine ont toutes trois négocié un accès aux dépôts souterrains ukrainiens, et souhaitent s’intégrer au marché national. « Aujourd’hui, 15 entreprises, dont certaines sont européennes, fournissent du gaz à nos consommateurs. Le climat de l’investissement s’améliore. Les tests de résistance ont prouvé que le système de transport de gaz est en bonne forme », a-t-il ajouté.

Il y a quelques semaines, Naftogaz a invité l’UE à envoyer immédiatement des missions de surveillance aux points d’entrée et de sortie du gaz sur son territoire, afin d’éviter une nouvelle crise préparée par Gazprom.

Ces missions se sont rendues sur le terrain en décembre, ont accédé aux installations ukrainiennes qu’elles voulaient inspecter et ont établi des projets de coopération avec Kiev. Les Russes n’ont par contre fourni aucune information, a souligné Viacheslav Kniazhnytskyi.

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