Pierre Moscovici juge la « clusterisation » de la Commission indispensable

Pierre Moscovici est actuellement chargé de mission auprès du Premier ministre © PS

Le candidat au poste de commissaire pour la France est certain que Jean-Claude Juncker sera choisi. Il milite pour organiser la Commission en « clusters » en y intégrant la présidence de l’Eurogroupe

Pour le candidat favori de la France au poste de commissaire européen, Pierre Moscovici, « Jean-Claude Juncker sera le prochain président de la Commission européenne ».

Intervenant à l’invitation de l’Institut Français des Relations Internationales, le 16 juin, l’ancien ministre des Finances a apporté un soutien appuyé au candidat du Parti populaire européen, contre lequel  le Premier ministre britannique mène une campagne violente.

« Il sera président, parce qu’il y a une règle du jeu. Qu’on l’approuve ou pas, elle est là. L’état d’esprit du Traité de Lisbonne est sans ambiguïté. Les 5 grands partis ont choisi de respecter cela, c’est important » a déclaré M. Moscovici, en indiquant que l’idée de créer un «  conflit entre Parlement européen et le Conseil serait une faute ».

Le Premier ministre britannique campe sur ses positions en refusant que le Parlement impose son candidat au Conseil. Les Britanniques contestent notamment l’interprétation du Traité de Lisbonne qui est faite par la majorité, dont les parlementaires européens, et qui veut que le candidat de la formation gagnant les élections devienne président de la Commission. « L’idée que la Parlement propose et dispose n’est pas juste. Il faut que ce soit le Parlement qui propose et le Conseil qui dispose » assure une source britannique.

Un choix « grave » pour le Royaume-Uni

Le sujet doit être abordé la semaine prochaine lors du conseil européen du 26 et 27 juin. « Si l’on n’a pas de consensus, et qu’il faut voter pour choisir le président du Parlement européen, ce sera très grave » assure-t-on du côté anglais, où l’on ne voit pas d’obstacle à attendre qu’un consensus se dessine avant de nommer une nouvelle Commission. La nouvelle Commission doit en théorie prendre ses fonctions en novembre prochain.

« A partir du moment où la France, l’Allemagne, ainsi que tous les grands partis européens sont d’accord pour Jean-Claude Juncker, toute autre solution serait malvenue » assure de son côté Pierre Moscovici, qui estime que le candidat luxembourgeois est l’un des rares à « pouvoir faire le pont entre la droite et les sociaux-démocrates, mais aussi entre la France et l’Allemagne».

Chargé par le Premier ministre d’une mission sur l’Europe, M. Moscovici est actuellement chargé de mission auprès du Premier ministre sur les questions européennes. Il  prépare un rapport qui participera à la feuille de route de la future Commission, en sillonnant l’Europe puisqu’il doit visiter, d’ici la fin juillet, une quinzaine de pays.

Rompre avec la présidence « perso » de Barroso

Pour l’ancien ministre des Affaires européennes, la candidature de Jean-Claude Juncker aurait l’intérêt de rompre avec celle de Manuel Barroso, « qui a été très personnel et a concentré tous les pouvoirs ».

Le candidat porte un regard critique sur le président de la Commission sortant, qui vient de diriger l’Europe durant 10 ans, et estime que la tendance présidentielle incarnée par le président portugais avait entraîné un exécutif trop fragmenté. Il souhaite au contraire une commission plus politique, qui soit organisée en 5, 6 voire 7 pôles de compétences ou « clusters ». Au sein de chacun, 3 à 4 commissaires seraient regroupés. Une hypothèse de travail qui aurait aujourd’hui le soutien de la France, de l’Allemagne et du futur président de la Commission. « Pour moi, la clusterisation de la Commission est in-dis-pen-sable » a martelé le candidat.

L’hypothèse de cette clustérisation fait débat actuellement à Bruxelles. Le regroupement par thème des portefeuilles ne convainc pas forcément les petits pays, qui craignent de se retrouver à des postes de « commissaires junior », alors que les pays les plus importants pourraient revendiquer des postes  plus ambitieux.

Intégrer la présidence de l’Eurogroupe à la Commission

Au rang des réformes potentielles de la gouvernance de l’UE, le candidat Moscovici plaide aussi pour l’intégration de la présidence de l’Eurogroupe à la Commission. Un poste qui pourrait alors fusionner avec celui des Affaires économiques, qui pilote également les situations macroéconomiques. La France, lourdement endettée et en dehors des clous de Maastricht n’est a priori pas le candidat idéal pour l’occuper. Mais la Commission donnerait aussi un signe d’apaisement aux pays du Sud en le donnant justement à un pays endetté.  C’est en tout cas le pari actuel du candidat français, qui n’est par ailleurs pas le seul candidat, puisque Pervenche Beres et Elisabeth Guigou le sont également. Mais il est le seul à qui le poste ait été promis par la présidence française.

 26-27 juin : réunion du Conseil européen
 15 ou 16 juillet : possible vote du Parlement européen de Jean-Claude Juncker à la présidence de la Commission 

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