Plus d’un eurodéputé sur dix a moins de 40 ans

L'eurodéputée Karima Delli (Verts), 35 ans

Quelque 91 eurodéputés de moins de 40 ans ont fait leur entrée au Parlement européen. Mais le nombre de jeunes élus est en baisse par rapport à la précédente législature.

Les jeunes eurodéputés « représenteront le troisième plus grand groupe au Parlement européen », selon Adam Mouchtar, le directeur général du projet EU40. Même si leur nombre a diminué entre les deux législatures.

Le groupe EU40, dont l’objectif est de rassembler les jeunes eurodéputés, n’est pas toutefois ouvert à tous. Le groupe refuse tout député qui se trouve à la droite des Conservateurs et réformistes européens, « à moins qu’ils ne démontrent qu’ils respectent les principes démocratiques fondamentaux » et ne cherchent pas à « détruire l’Europe ».

Mais le concept ne trouve pas écho auprès de tous les jeunes eurodéputés qui « aimeraient se confronter aux populistes, car ces derniers ne sont pas capables de tenir une quelconque argumentation », selon Brando Benifei, l’eurodéputé italien du parti démocrate (PD).

« Je pense que le débat est bénéfique pour tous. J’aimerais également les affronter sur les questions relatives aux jeunes. De mon expérience en Italie, ils ne veulent souvent pas discuter. Leurs arguments sont parfois faibles et ne résistent pas au débat.Je pense plutôt qu’il est utile de discuter avec eux, cela pourrait s’avérer positif », a-t-il expliqué à EURACTIV. Selon lui, le Mouvement cinq étoiles n’est pas eurosceptique.

« Les dirigeants sont extrémistes, anti-euro et populistes, mais les élus sont très différents s’ils agissent de manière autonome. Peut-être que nous découvrirons que nous pouvons collaborer avec ces eurodéputés.

Dans l’état actuel, le parti de Beppe Grillo devrait former une alliance avec le parti pour l’indépendance du Royaume-Uni (UKIP) de Nigel Farage et ne devrait pas être le bienvenu dans le groupe EU40.

L’eurodéputée verte française Karima Delli (35 ans) a rempilé un deuxième mandat et ne souhaite pas coopérer avec les partis d’extrême droite et extrémistes. Elle estime que le groupe des moins de 40 ans est moins utile que l’intergroupe jeunesse, même si elle admet que le premier permet de renouveler l’image du Parlement.

>> Lire : Karima Delli, de la banlieue de Tourcoing aux lignes de front du Parlement

« Pour moi, le groupe EU40 n’a pas eu d’impact qu’il aurait dû avoir, car cela ne sert à rien de se voir entre nous, parce que nous sommes jeunes. Il faut cibler des thématiques bien précises. Globalement, la thématique sur la jeunesse a été beaucoup plus puissante dans l’intergroupe. La jeunesse c’est une thématique transversale », a-t-elle ajouté.

La jeunesse, une priorité

Même si tout le monde s’accorde pour dire que la représentation de la jeunesse au sein du Parlement européen est importante, et que les jeunes devraient avoir l’occasion de faire la différence, beaucoup espèrent que ce dossier passera à la vitesse supérieure lors de cette législature.

Pour Brando Benifei, la jeunesse devrait figurer en tête des priorités. Le leader de son parti, Matteo Renzi, est également âgé de moins de 40 ans.

« Nous avons discuté avec notre premier ministre [Matteo Renzi], l’une des priorités de la prochaine présidence italienne du Conseil de l’UE sera de diminuer le chômage des jeunes et de mettre en place les politiques adéquates pour ce faire », a-t-il assuré.

La délégation socialiste italienne au Parlement européen est la plus nombreuse et, aux yeux de certains, elle a « sauvé » les Socialistes et démocrates européens lors de ces élections.

« Nous avions la garantie pour la jeunesse, mais nous avons besoin d’une réponse plus forte et de plus de ressources pour nous attaquer à ce problème », a-t-il poursuivi.

L’emploi, le logement, les défis environnementaux, la mobilité sont tous des priorités pour les jeunes et l’ensemble de la société et « même si nous pourrions ne pas être d’accord sur l’attitude de certains collègues conservateurs, nous convenons tous de l’importance du thème », a indiqué pour sa part Karima Delli.

Un Erasmus « moins élitiste »

La mobilité entre souvent en ligne de compte lors de discussion avec la jeune génération d’eurodéputés. Ces derniers insistent d’ailleurs sur la nécessité de réformer le programme européen d’échanges d’étudiants, Erasmus.

« J’ai personnellement participé au programme Erasmus à Londres. […] Ce projet est crucial pour l’UE et implique les jeunes », a assuré l’eurodéputé italien. « Je pense cependant que nous devons rendre ce projet plus accessible, il est actuellement toujours un peu élitiste. Seuls les étudiants de l’université peuvent y participer et seulement ceux qui en ont les moyens financiers, car les bourses sont trop peu élevées. »

« À nos yeux, Erasmus est un très bon programme, mais il était réservé à une certaine catégorie de personnes, souvent des élites. Donc nous avons mis en place Erasmus+ qui permettra aux étudiants venant des filières techniques et même aux jeunes chômeurs de pouvoir bénéficier de cette mobilité », a déclaré Karima Delli.

Les jeunes eurodéputés savent aussi pertinemment que la représentation des jeunes au Parlement européen doit servir avant tout les jeunes européens qui « ne comprennent pas ce que l’Europe peut faire pour eux concrètement ».

« Ces jeunes sont nés en Europe, ils en sont conscients, mais ils ne peuvent pas comprendre ce que l’Europe leur apporte, car ils ont besoin de résoudre les problèmes économiques, sociaux et environnementaux », a-t-elle conclu.

Tanja Fajon, eurodéputée socialiste slovène récemment élue, partage ce point de vue. Elle porte également de grands espoirs pour la génération future.

« Il est évident que l’UE a besoin de prendre de nouvelles directions et ce sont les jeunes qui doivent les définir. Au cours de la prochaine législature, notre combat commun le plus ardu sera la lutte contre une Europe de la peur qui tient un discours populiste, nationaliste, haineux et intolérant. Nous avons besoin d’une autre Europe, d’une Europe progressiste, d’une société fondée sur la dignité et une vie décente pour tous. »

Les chefs d'État de l'UE avaient convenu en février 2013 de lancer l'initiative « Emploi des jeunes » de 6 milliards d'euros afin qu'elle devienne pleinement opérationnelle d'ici le 1er janvier 2014.

Lors d'un sommet de juin 2013, ils se sont mis d'accord pour dégager 8 milliards d'euros - dont 6 milliards dès février - en vue de remédier au chômage endémique. La somme est disponible sur une période de deux ans en 2014 et le restant serait disponible pour la durée du cadre financier pluriannuel sur sept ans.

Un programme de Garantie pour la jeunesse, mis en place par tous les États membres en fonction des besoins nationaux, s'appliquera aux jeunes sans emploi depuis plus de quatre mois. Il vise à leur donner une véritable chance de poursuivre des études et de trouver un emploi, un apprentissage ou un stage de formation. L'UE a fixé un objectif de 75 % d'emploi d'ici 2020 pour la population active (de 20 à 64 ans).

  • Fin juin : date butoir pour constituer un groupe parlementaire
  • 1-3 juillet : première session plénière du Parlement européen nouvellement constitué

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