L’événement, organisé par le commissaire européen aux Affaires sociales Vladimír Špidla, a réussi à attirer un public nombreux mais n’a cependant pas beaucoup avancé en termes d’initiatives politiques.
Hier 16 septembre, l’affluence lors du premier sommet européen sur les Roms a dépassé toutes les attentes. En effet, plus de 500 représentants des institutions de l’UE, des gouvernements des Etats membres et de la société civile y ont participé. Mais cet événement a également souligné des divergences entre les parties prenantes.
Au cours de la session du matin, il est rapidement apparu qu’aucun consensus ne s’était dégagé sur la politique à adopter. L’appel à une stratégie-cadre de l’UE sur l’intégration des Roms, soutenu par la Coalition pour une politique européenne à l’égard des Roms et par des ONG de défenses des droits de l’homme, a reçu un accueil mitigé de la part des décideurs présents.
L’idée de créer une unité rom au sein de la Commission européenne, modelée d’après une division créée précédemment au Conseil de l’Europe, a suscité des réponses contrastées de la part des représentants du gouvernement français, qui occupe actuellement la présidence tournante de six mois de l’UE, et du gouvernement tchèque, qui prendra le relais en janvier.
Džamila Stehlíková, la ministre tchèque des Droits de l’homme et des minorités nationales, a salué la proposition, indiquant que la présidence tchèque soutiendra devant la Commission la mise en place d’une unité rom au sein de l’UE. En revanche, Christine Boutin, la ministre française du Logement et de la ville, a insisté sur le fait qu’il n’est pas nécessaire de créer de nouvelles commissions ou de nouveaux instruments politiques. Elle a d’ailleurs appelé à une utilisation efficace des outils existants.
Partageant l’avis de Mme Boutin, le commissaire Špidla a affirmé que les solutions existantes sont déjà conçues pour le long terme. Il est à son avis irresponsable d’envisager que la Commission européenne pourrait développer une approche centralisée depuis Bruxelles.
Lors de la session de l’après-midi, le militant rom Rudko Kawczynski a formulé des critiques cinglantes à l’encontre des organisateurs, qui ne sont à son avis pas conscients des problèmes en jeu. Nous avons passé toute la journée ici sans comprendre le problème, a-t-il déclaré, regrettant que les Roms présents à la conférence ne fassent office que de décoration.
M. Kawczynski a estimé que les politiques d’aide ont créé une multitude d’ONG auto-référentielles de défense des droits des Roms sans attache aucune avec les réalités qu’affrontent les Roms, qui vivent selon lui dans des conditions pires que l’apartheid en Afrique du Sud, dans une multitude de petits ghettos de Varsovie. Pour M. Kawczynski, les nouvelles actions font partie du problème, elles ne constituent pas une solution.
L’ambiance dans la salle de conférence s’est tendue encore plus lorsque Eugenia Maria Roccella, représentante du gouvernement italien, a été huée au début de son discours par un groupe de militants certes petit, mais bruyant. Le groupe a ensuite quitté la salle en guise de protestation contre le plan de l’exécutif de Berlusconi, qui souhaite relever les empreintes digitales des Roms (EURACTIV 30/06/08).
Prenant la parole, Shigeo Katu, vice-président de la Banque mondiale pour la région Europe et Asie centrale, a fait part d’une perspective plus positive. Illustrant l’évolution d’une décennie de financement par la Banque mondiale en faveur de l’intégration des Roms, il a souligné que quelques progrès avaient été accomplis. Il a toutefois ajouté que la route était encore longue et qu’il fallait pousser plus loin afin d’accéder au niveau supérieur.

