L’accord du Brexit suscite la tristesse chez les 27

Le président du Conseil, Donald Tusk, et Theresa May. [EPA-EFE/OLIVIER HOSLET]

Les dirigeants européens ont signé un accord historique pour la sortie du Royaume-Uni de l’UE. Si l’accord est « le meilleur possible », il s’agit néanmoins d’une « tragédie », selon Jean-Claude Juncker.

Les dirigeants européens ont fait preuve d’une unité remarquable le 25 novembre, indiquant que l’accord de Brexit qu’ils approuvaient était le seul possible et ne pourrait être ni renégocié ni amélioré. Le texte devrait cependant faire l’objet d’une opposition farouche outre-Manche et pourrait être rejeté par la Chambre des Communes.

La journée avait été qualifiée de « dimanche noir » par les europhiles britanniques. Une certaine désolation a de fait marqué la signature de l’accord spécifiant les conditions de la sortie de Londres du bloc européen, qui aura officiellement lieu le 29 mars 2019, et la déclaration politique qui définit les grandes lignes des futures relations commerciales et politiques entre les deux parties.

À son arrivée au Conseil dimanche matin, Jean-Claude Juncker, le président de la Commission, a décrit la décision des Britanniques de quitter l’Union comme un « moment de profonde tristesse ».

Une humeur partagée par la chancelière allemande, Angela Merkel. « C’est un jour historique. Il est tragique de voir le Royaume-Uni quitter l’Union européenne. »

Malgré une semaine chaotique, marquée par les inquiétudes françaises quant aux zones de pêche et aux menaces de véto espagnoles jusqu’à un accord de dernière minute sur le statut de Gibraltar, les deux documents ont été signés en moins d’une heure.

Gibraltar exaspéré d’être le Rocher dans la chaussure du Brexit

Madrid « n’a pas besoin d’un fouet ». Gibraltar, enclave britannique dans le sud de l’Espagne, ne cachait pas jeudi son exaspération d’être devenue en quelques jours la principale menace pesant sur le Brexit.

« Nous ne quittons pas l’Europe »

Pressée par les journalistes de dévoiler ses émotions, la Première ministre britannique, Theresa May, a déclaré « reconn[aitre] que de nombreuses personnes sont tristes ». « Certains seront aussi tristes au Royaume-Uni, mais je suis tout à fait optimiste quant à l’avenir de notre pays » », a-t-elle poursuivi.

« Nous resterons amis et voisins. Comme je l’ai souvent dit, nous quittons l’UE, mais nous ne quittons pas l’Europe », a-t-elle répété.

À l’attention du public britannique, la Première ministre a assuré que l’accord de Brexit donnait au Royaume-Uni « le contrôle de ses frontières et de ses lois » en éliminant la libre circulation des personnes et en mettant fin aux pouvoirs de la Cour de justice de l’UE sur le territoire britannique.

« Le peuple britannique ne veut plus se battre. Je suis sûre que nous avons atteint le meilleur accord possible », a-t-elle jugé.

Theresa May n’est cependant pas au bout de ses peines. Elle doit encore faire accepter l’accord, qui fâche à la fois les plus eurosceptiques et les europhiles, à un parlement très divisé.

« Ceux qui pensent qu’en rejetant cet accord nous obtiendrons un meilleur accord seront déçus dès la seconde qui suivra », a insisté Jean-Claude Juncker, face aux journalistes.

Il a également souligné que les plus gros efforts ne faisaient que commencer, étant donné que les accords à venir, « après le divorce », devraient être constructifs. « Je ne pense pas que le Royaume-Uni sera jamais un pays tiers comme les autres », a-t-il admis.

Pas de renégociation

Les « brexiteers » purs et durs espéraient que l’accord serait renégociable. Un espoir douché par plusieurs responsables européens, dont Antonio Tajani, président du Parlement, qui a indiqué dimanche qu’il était « impossible de rouvrir le texte ».

D’autres membres de l’assemblée européenne semblent ne pas vouloir se résoudre à cette idée. Phillipe Lamberts, eurodéputé vert et membre du groupe de pilotage sur le Brexit, fait ainsi partie de ceux qui appellent de leurs vœux un second référendum.

« Ce n’est pas la fin. En 2016, 52 % des votants se sont exprimés pour le Brexit. Ils pensaient savoir ce que l’adhésion signifiait. Deux ans après, ce processus a montré ce qu’un Brexit voudrait vraiment dire pour les Britanniques », estime-t-il. « Il serait juste de reprendre l’avis du peuple. »

Son collègue du PPE Elmar Brok n’a pas non plus perdu espoir. Il assure que le Parlement européen se réjouirait si Londres décidait de révoquer l’article 50, qui a lancé le processus de sortie de l’Union.

Charles Michel, le Premier ministre belge, a pour sa part souligné que les Britanniques « paieraient cher » leur décision de quitter le navire, et son homologue néerlandais, Mark Rutte, a estimé que le résultat du référendum ne faisait que des perdants.

« Trahison des jeunes »

Le cirque politique du 25 novembre a été renforcé par une manifestation d’europhiles britanniques ayant fait le trajet jusqu’à Bruxelles pour clamer leur opposition au Brexit.

Molly Scott Cato, eurodéputée verte ayant pris part à l’événement, taxe le Brexit envisagé à l’heure actuelle de « parodie de démocratie ». Femi Oluwole, porte-parole du groupe de campagne Our future our choice (« Notre avenir, notre choix ») qualifie l’accord de « trahison des jeunes ».

Après le Conseil et le parlement britannique, l’accord devra encore être ratifié par le Parlement européen. Antonio Tajani a indiqué qu’une résolution définissant la position de l’assemblée serait discutée dès décembre, avec un vote définitif en janvier ou février.

Au Royaume-Uni, une série de débats sur la question aura lieu dans les semaines à venir. Le parlement devrait voter avant Noël.

S’il est approuvé, l’accord entrera en vigueur d’ici la date officielle de sortie du Royaume-Uni, le 29 mars. S’ensuivra une période de transition durant laquelle le Royaume-Uni continuera à avoir accès au marché unique, jusqu’au 31 décembre 2020.

May tente de garder le cap dans le chaos du Brexit

La démission de plusieurs ministres, dont celui en charge du Brexit, fragilise sérieusement la Premier ministre.

 

 

Réactions

Le président français, Emmanuel Macron, estime que le Brexit est une mauvaise nouvelle pour la France. En ce qui concerne son impact sur les équilibres internes au Royaume-Uni, il trouve qu’il est trop tôt pour tirer des conclusions, et souligne que cela dépendra aussi des accords commerciaux et politiques qui seront négociés avec l’UE.

Pour lui, le Brexit a révélé que l'Europe était fragile, qu'elle n'était pas une évidence, mais a eu le mérite de montrer sa valeur ajoutée et sa nécessité à se réformer.

Pour la France, la pêche est l'une des priorités dans la négociation des relations futures avec le Royaume-Uni. Le président a assuré que les pêcheurs français n'avaient rien à craindre à court terme, puisque pour eux « rien ne change » jusqu'au moins le 31 décembre 2020.

Interrogé sur les divisions internes dans les pays de l'UE, dont le Royaume-Uni et la France, où les « gilets jaunes » protestent contre le coût élevé de la vie, Emmanuel Macron a déclaré qu'il était du devoir des dirigeants européens de donner aux classes populaires et moyennes la capacité de progresser.

Le président français a reconnu que, depuis la crise des années 1970, la classe politique n'avait pas été en mesure de construire un modèle de développement économique inclusif et que la mondialisation avait été profitable pour certains, mais préjudiciable pour d'autres. Un état de faits qui n’est pas sans lien avec le résultat du référendum de 2016.

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