Volte-face de l’Ukraine une semaine avant Vilnius

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L'Ukraine a décidé d'interrompre le processus de négociation pour un Accord d'association avec l'Union européenne. Un camouflet majeur pour la présidence lituanienne de l'UE.

Coup de théâtre dans les relations de voisinage de l'Union européenne. L'Ukraine a fait marche arrière. À une semaine du sommet de Vilnius, qui devrait voir signer un Accord d'Association entre l'Union européenne et l'Ukraine, le président Viktor Ianoukovitch a visiblement changé d'avis. Son premier ministre a signé un décret pour « suspendre le processus de préparation de l'accord d'association » alors que plusieurs émissaires européens se trouvaient sur place, à Kiev.

Le Parlement ukrainien avait rejeté jeudi matin l’extradition de l’ancienne première ministre du pays, Ioulia Timochenko, vers l’Allemagne.

La signature de l’accord était de toute façon compromise à cause de l’emprisonnement de Ioulia Timochenko. Viktor Ianoukovitch craint que sa concurrente la plus féroce ne remporte les élections en 2015 s’il autorise sa libération. Or, l’Union européenne avait établi ce point comme une condition sine qua non lors des négociations.

Revers diplomatique pour l'Union européenne

Cette volte-face est un revers cinglant pour l'Union européenne, et surtout pour la présidence lituanienne assurée par Dalia Grybauskaite, la présidente de Lituanie. Le pays s'est beaucoup investi dans l'ouverture à l'Europe centrale depuis début juillet.

La Russie a en revanche crié victoire jeudi, accueillant les bras ouverts le retour de l'Ukraine dans son giron. Le pays aurait fait miroiter une coopération économique se chiffrant en milliards de dollars à l'ancienne province de l'URSS. Or, la question financière est visiblement un enjeu majeur de la négociation.

Le président ukrainien aurait d'ailleurs jusqu'au dernier moment tenté de faire monter les enchères dans le cadre de son partenariat avec l'UE.

En 2014, l’Ukraine, à court de liquidités, risque de devoir rembourser d’énormes dettes extérieures et de payer son approvisionnement en gaz de son principal fournisseur, la Russie. Le pays est lourdement endetté.

Pourtant, le gouvernement de Viktor Ianoukovitch refuse d’appliquer les exigences du Fonds monétaire international (FMI). L'institution lui demande d’augmenter les prix du gaz domestique, ce qui permettrait de doter l'État de plus de ressources, et permettrait à la monnaie ukrainienne, la hryvnia, d’être plus flexible.

« Viktor Ianoukovitch a essayé de voir ce que l’UE peut lui apporter, y compris des garanties financières ou une aide financière pure et dure de l’UE s’il signait l’accord » avance une source à la Commission.

Le Parlement ukrainien devait normalement débloquer la situation, mais l’inverse s’est produit. Les députés de la Verkhovna Rada ont rejeté tous les projets de loi permettant le transfert de l’ancienne première ministre vers l’Allemagne. L'opposition a vivement réagi à la volte-face du président ukrainien, évoquant une haute trahison.

Et au milieu de tout ça, Ioulia Timochenko, qui a reçu la visite des émissaires européens dans sa prison de Kharkiv, à l'Est du pays, jeudi, reste incarcérée.

À l'approche du sommet de Vilnius, la Commission européenne fait le point sur les progrès réalisés par l'Ukraine en matière de réforme. Elle met également en avant la nécessité d'avancer sur des questions non résolues, comme :

  • une décision définitive dans l'affaire Ioulia Timochenko. La Commission soutient toujours pleinement les efforts des présidents Cox et Kwasniewski, dont les missions ont été prolongées jusqu'à la mi-novembre.
  • Ces efforts visent à obtenir une grâce partielle de la décision présidentielle, qui permettrait à l'ancienne première ministre de se rendre en Allemagne pour recevoir des soins.
  • L'Ukraine doit dorénavant adopter le texte de loi modifié sur les élections législatives.  Même s'il n'est pas réaliste de demander l'adoption d'un code électoral à ce stade, l'objectif doit rester que l'Ukraine codifie et harmonise toute la législation électorale. Cette procédure dépassera évidemment Vilnius, mais la Commission doit être certaine que des réformes similaires soient introduites dans les législations relatives aux élections locales et présidentielles.
  • Le projet de loi ambitieux sur la réforme du bureau du procureur général devra encore être adopté. Ce thème important en matière de réforme du système judiciaire a longuement été discuté et a fait l'objet d'une première lecture le 8 novembre.

À la suite du sommet de Vilnius, la Commission suivra de près un certain nombre d'éléments, comme la réforme de la Constitution (dont la loi sur les référendums), du code pénal et la réforme sur la législation des élections locales et présidentielles.

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