Crise globale de la COVID 19 : des alternatives de financement à portée de main

DISCLAIMER: Toutes les opinions affichées dans cette colonne reflètent l'avis de l'auteur, pas celle d'EURACTIV Media network.

Planet,Earth,With,Face,Mask,Protect.,World,Medical,Concept.,Elements [Paopano/Shutterstock]

Personne ne sera à l’abri tant que tout le monde ne sera pas à l’abri. Malgré l’évidence, la solidarité internationale est à la peine pour dégager les financements nécessaires au soutien des pays à faibles revenus pour affronter la pandémie.

2,6 millions de morts du COVID-19 dans le monde. 21% des Français en dépression : deux fois plus qu’avant la crise. Chute de 41% du dépistage du VIH. 150 millions de personnes qui basculent dans l’extrême pauvreté : du jamais vu depuis les années 1990. Ces chiffres, glaçants, devraient en toute logique inciter nos dirigeants à agir massivement, urgemment et solidairement. Mais si ces arguments, humains, ne suffisent plus à émouvoir et à sonner l’alerte pour nous protéger, nos dirigeants pourraient à tout le moins faire appel à leur bon sens économique.

Prendre en considération, d’abord, que le fait que 90% des vaccins aient été administrés dans les pays riches quand ils représentent 13% de la population mondiale, laissant pour compte les ¾ du globe, ce n’est pas seulement peu secourable, c’est contre-productif : quand bien même nous parviendrions à vacciner tout le monde en France, si le virus continue à circuler et à muter dans d’autres parties du monde (parce que nous n’avons pas rendu disponibles et accessibles aux pays les plus pauvres les vaccins, les tests et les traitements), il nous reviendra comme un boomerang. Si le calvaire se poursuit là-bas, notre vie ici ne reprendra pas non plus son cours normal, et l’efficacité des 450 milliards d’euros investis par la France dans son plan de relance sera compromise.

Prendre en considération, ensuite, que les pertes économiques abyssales générées par la crise et les dépenses pour relancer l’économie sont incomparablement supérieures à ce qu’il faudrait investir pour bâtir des systèmes de santé solides partout dans le monde, permettant de répondre aux crises avec efficacité et humanité. Les sommes restent, certes, importantes : à titre d’exemple, la France devrait investir environ 1 milliard d’euros pour contribuer équitablement au financement de l’ACT-Accelerator (seule initiative multilatérale en réponse à la crise). Mais que représente cette somme face aux 8 milliards de pertes économiques que notre seul pays va enregistrer d’ici 2025 si la crise perdure ?

Dans le cas d’une pandémie : être solidaire, ce n’est pas seulement éthique, c’est aussi utile. Et l’homme est un animal rationnel, dit-on. Il est donc grand temps de débloquer un financement massif et immédiat pour venir à bout du virus dans les pays en développement, qui, si massif soit-il, sera toujours très largement inférieur aux sommes dépensées pour faire face aux effets de la crise. Comment ?

Les solutions sont à portée de main, mais pourtant curieusement absentes du débat. Chercheurs et experts multiplient les propositions de nouvelles modalités de financement pouvant être rapidement mises en pratique, mais font encore face au silence des responsables politiques : aucune de ces propositions ne semble concrètement discutée. Alors qu’Esther Duflo, prix Nobel d’économie, appelle à un plan Marshall pour financer la réponse mondiale à la crise Covid-19, Thomas Piketty, de son côté, propose de nouveaux modes de taxation des plus fortunés (rappelons que le patrimoine des milliardaires français a augmenté de 439% en 10 ans) : un impôt international de 2% sur les fortunes supérieures à 10 millions d’euros rapporterait 1000 milliards d’euros par an, soit 1% du PIB mondial. Une proposition, dont on peut aisément supposer qu’elle emporterait l’adhésion des citoyens, et qui a d’ailleurs été reprise dans un rapport commandé par le Ministère des affaires étrangères français. La taxe sur les transactions financières (TTF) figure également en bonne place dans ce rapport : un outil facilement mobilisable puisqu’il existe déjà en France, qui a démontré un impact quasi nul sur les marchés financiers, qui pourrait facilement être renforcé dans notre pays et servir de modèle à d’autres, y compris au niveau européen, où la France semble être pourtant parmi les pays bloqueurs des négociations. Le bond historique de +340 millions d’euros des recettes de la TTF l’année dernière, en plein marasme économique, vient confirmer notre intérêt à mieux tirer parti des secteurs qui ont bénéficié de la crise, pour limiter les impacts de cette dernière sur les plus fragiles. Des discussions ont enfin lieu au niveau global pour exploiter les droits de tirages spéciaux du FMI, pouvant représenter des sommes considérables, mais qu’il conviendrait de mettre à disposition pour les pays en développement sous forme de dons et non de prêts, ces pays étant déjà écrasés par le poids de la dette.

En début d’année, les pays du G20 ont mis sur pied un Panel indépendant de Haut-Niveau sur le financement de la réponse et la préparation aux épidémies et se réuniront en Italie le 21 mai lors du Sommet Mondial sur la Santé – une occasion de se montrer à la hauteur des enjeux. L’histoire regorge de moments où face à des crises d’ampleur, des solutions innovantes et ambitieuses ont pu être trouvées. Il y a 15 ans, Jacques Chirac, seul contre tous portait la taxe sur les billets d’avions…De nouveaux financements pourraient immédiatement être mis en œuvre pour éviter de payer encore plus cher le prix de l’inaction. Espérons ne pas donner tort à Aristote.

Action Santé Mondiale/Global Health Advocates est une ONG française qui a pour mission de mener un plaidoyer politique en France et auprès des institutions de l’UE pour s’assurer que les politiques et les ressources s’attaquent efficacement aux inégalités en matière de santé.

Subscribe to our newsletters

Subscribe
Contribuer