Les 5 plaies de la stratégie de l’UE en matière de bioénergie

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Cet article fait partie de l'édition spéciale Les forêts, une arme contre le changement climatique.

Les membres du Parlement européen ont voté des mesures relatives à la durabilité des bioénergies, qui ne correspond ni aux preuves scientifiques, ni aux appels des ONG et des citoyens.

Linde Zuidema est une activiste spécialiste des bioénergies chez Fern, une ONG de protection des forêts.

La bioénergie fournit environ 65 % de la production d’énergie renouvelable de l’UE. La précédente directive sur les énergies renouvelables (RED) encourage depuis 2009 les États membres à brûler de la « biomasse forestière » afin d’augmenter la part des énergies renouvelables. Le bois-énergie est donc aujourd’hui la principale source d’énergie renouvelable de l’UE.

Malheureusement, les décideurs politiques de l’UE n’ont pas fait en sorte que le maintien du soutien au bois-énergie contribue à la lutte contre le changement climatique. Explications.

Le bois est une source de carbone, et la combustion du bois entraîne des émissions immédiates de CO2 (même plus que la combustion du charbon). Le consensus scientifique selon lequel la combustion du bois n’est pas neutre en carbone est aujourd’hui irréfutable. Les arbres ne repoussent pas assez vite pour compenser ces émissions initiales, ce qui signifie que le bois n’est généralement pas une alternative raisonnable aux combustibles fossiles. Plus de 800 scientifiques ont averti l’UE que sa stratégie climatique de combustion du bois pourrait se retourner contre elle, sapant ainsi ses engagements envers l’Accord de Paris.

L’utilisation de déchets et de résidus de bois dans la production d’énergie a un certain potentiel de réduction des émissions par rapport aux combustibles fossiles, contrairement à l’utilisation d’arbres entiers. La majorité des députés européens a cependant choisi d’ignorer la science et de voter contre les propositions qui éviteraient l’abattage d’arbres pour la bioénergie. Au lieu de cela, ils ont cédé aux pressions intenses exercées par les secteurs forestier et énergétique, ainsi que par les États membres – en particulier la Finlande et la Suède – qui ont tout intérêt à maintenir le statu quo en s’appuyant sur la foresterie intensive pour nourrir leurs industries bioénergétiques émergentes.

Le Parlement, pourtant habituellement connu pour sa position progressiste sur les questions climatiques et environnementales, a confirmé l’approche de la Commission en matière de durabilité de la biomasse forestière, en s’appuyant sur les règles existantes en matière de gestion durable des forêts et la comptabilisation des émissions provenant du secteur des terres et des forêts (UTCATF). Pire encore, les eurodéputés ont même réussi à affaiblir considérablement ces règles. La proposition est fondamentalement biaisée, car elle ne tient pas compte du fait que la biomasse est une ressource limitée et qu’encourager l’utilisation du bois à des fins énergétiques peut affecter le stockage du carbone dans les forêts et les produits dérivés du bois. Vous pouvez abattre un arbre d’une forêt gérée de façon durable, mais cela ne signifie pas qu’il est durable de brûler cet arbre. La comptabilisation des émissions provenant de l’exploitation forestière en tant que telle n’empêche pas la bioénergie de produire davantage d’émissions nettes. Cette approche est attentiste et fait croire que l’utilisation du bois comme source d’énergie est une pratique écologique.

La faiblesse des politiques en matière de durabilité risque d’entraîner une augmentation de l’utilisation du bois pour produire de l’énergie. Les États membres ont prédit que l’augmentation de l’exploitation forestière pour la bioénergie aurait un impact négatif sur la capacité des forêts à éliminer et à stocker le carbone de l’atmosphère (et donc sur leur capacité à compenser les émissions initiales). Étant donné que les réserves de biomasse sont limitées, il est également probable que les importations de bois de l’étranger seront plus importantes. Cela contribuera au changement climatique, au lieu de réduire les émissions.

Avec ces positions, l’UE envoie également un signal inquiétant dans le monde entier, à savoir qu’abattre des arbres pour les brûler au lieu du charbon est en quelque sorte bon pour le climat. Des pays comme la Corée, la Chine et le Japon suivent déjà l’UE en remplaçant les grandes installations charbonnières par de la biomasse, à une échelle beaucoup plus grande.

Une politique qui encourage l’utilisation du bois à des fins énergétiques doit partir du principe que le bois est une source de carbone et une ressource limitée.

L’UE n’a toutefois pas la compétence formelle d’adopter des politiques forestières et c’est surement pour cette raison que toute tentative progressiste de restreindre le soutien à l’utilisation du bois pour l’énergie dans la directive RED échoue.

Cette directive est une occasion manquée. Le débat ne devrait pas porter sur la manière dont les forêts sont gérées, mais sur les utilisations du bois qui devraient être encouragées dans l’intérêt de la lutte contre le changement climatique, et donc être exemptées en vertu des règles européennes sur les aides d’État.

Dans les mois à venir, l’UE négociera cette politique. Nous espérons que les décideurs politiques agiront pour, à tout le moins, limiter la combustion de biomasse dans des grandes centrales électriques inefficaces. L’alternative consistant à dépenser des milliards d’euros des contribuables pour brûler de la biomasse dans les centrales électriques ne peut être justifiée.

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