Le danger de l’extrême droite se précise en Autriche

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Norbert Hofer, le candidat du FPÖ, est arrivé largement en tête avec plus de 36 % des suffrages.

Le scénario, impossible à imaginer depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale vient de se produire en Autriche : l’extrême droite vient de remporter plus de 35 % des voix au premier tour de l’élection présidentielle.

Patrick Martin-Genier est spécialiste des questions politiques, européennes et des collectivités territoriales ; il enseigne à l’Institut d’études politiques de Paris et à l’Institut national des langues et civilisations orientales.

En pleine crise migratoire et tandis que la chancelière allemande vient de réaliser un voyage controversé dans un camp de réfugiés syriens dans le sud de la Turquie pour démontrer le bien-fondé de sa politique, le peuple autrichien a voté massivement en faveur du parti d’extrême droite (FPÖ) qui, il y a une dizaine d’années, avait déjà exercé des fonctions gouvernementales, mettant en émoi les gouvernements européens.

Une fonction symbolique, mais un choc politique

Que le président autrichien n’exerce que des fonctions symboliques importe peu. Ce qui compte en l’espèce est que l’élection au suffrage universel d’une autorité politique morale puisse aboutir à ce résultat alors que depuis la fin de la guerre, les fonctions de président de la République ont été exercées soit par un social-démocrate, soit par un démocrate-chrétien. L’extrême droite se banalise donc jusqu’à parvenir aux portes du pouvoir.

Le candidat du parti FPÖ, créé par le sulfureux Jorg Haider aujourd’hui décédé, a fait connaître son intention de dissoudre le parlement si ce dernier ne changeait pas radicalement sa politique en matière d’accueil des étrangers dans ce pays. Le malaise est palpable.

Un scénario français pour 2017 ?

Le scénario autrichien augure ce qui pourrait se passer en France au mois d’avril 2017. Tous les sondages donnent Marine Le Pen présente au second tour. Si une telle perspective est devenue une réalité aujourd’hui en Autriche, même si la victoire du candidat d’extrême droite au second tour n’est heureusement pas assurée, elle n’en demeure pas moins très inquiétante.

L’éventuelle victoire de l’extrême droite en Autriche pourrait, au moment où la Grande-Bretagne connaît une période incertaine quant à l’issue du référendum sur la sortie ou le maintien dans l’Union européenne, contribuer à déstabiliser encore plus l’Europe jusqu’à conduire à sa perte.

Si le candidat de l’extrême droite l’emportait, faisant un coup de force en décidant la dissolution du parlement, l’extrême droite pourrait aussi remporter les élections législatives….

Il est clair qu’en telle perspective serait de nature à casser brutalement le processus de construction européenne lequel est hélas aujourd’hui entraîné dans une spirale dangereuse.

L’extrême droite serait réduite à l’impuissance

Mais que ferait l’extrême droit au pouvoir ? Elle n’appliquerait plus les règles relatives aux accords de Schengen ou n’appliquerait que les seules mesures d’interdiction d’entrée des réfugiés dans le pays en fermant totalement ses frontières. Elle se mettrait en infraction avec les règles de l’Union européenne.

La menace d’une sortie de la zone euro entraînerait une déstabilisation de l’économie autrichienne très intégrée dans les échanges intracommunautaires et tout particulièrement avec l’Allemagne. Au final, outre des mesures qui pourraient être restrictives des libertés publiques et contraires aux règles de droit protégées tant par les traités de l’Union européenne que par la convention européenne des droits de l’homme, un gouvernement serait contraint de renoncer aux mesures qu’il aurait annoncées.

Qu’il faille réformer l’Europe est une évidence, notamment afin de développer les politiques de solidarité, qui existent déjà à travers les fonds structurels destinés à assurer un développement territorial équilibré, mais aussi une politique en faveur des quartiers en difficulté. Mais ce n’est pas en accusant toujours et encore l’Europe de tous les maux que l’on résoudra les problèmes qui se posent.

L’extrême droite est toujours dans l’excès, la division, le rejet de l’autre. S’appuyant sur les difficultés économiques et sociales des salariés, notamment le chômage, l’extrême droite compte sur le désespoir des populations en situation d’intracommunautaires pour prospérer.

La chute n’en serait que plus cruelle pour ce parti et les électeurs qui auraient placé leurs espoirs dans le FPÖ puis, plus tard dans les autres partis d’extrême droite dans les autres pays de l’UE. Heureusement, un tel scénario reste largement improbable notamment en France où le Front national fait le plein de ses voix dès le premier tour. Mais les coups de semonce que connaît l’Europe en ce moment devraient inciter les dirigeants européens à réfléchir à la meilleure façon de contrer les arguments délétères et fallacieux de ces partis.

Cette tribune a initialement été publiée sur le site du Huffington Post.

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