Pour une relance des médias européens : un groupement NEWS lié à Creative Europe et Horizon, comme MEDIA

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Des députés européens de plusieurs groupes politiques, ainsi que des experts des médias, réagissent dans le contexte du Digital Services Act (DSA) et du Plan d'action médias et audiovisuel (MAAP) de la Commission européenne. [Andrey Popov/Shutterstock]

Les négociations actuelles sur le budget de l’UE risquent de mettre sous pression des programmes comme Creative Europe, en ne laissant que des miettes pour la presse, en grande difficulté. En plus de la réglementation des GAFA et des enseignements du programme MEDIA (audiovisuel et cinéma), un regroupement d’efforts dans le cadre de NEWS soutiendrait la transformation du secteur des médias.

Des députés européens de plusieurs groupes politiques, ainsi que des experts des médias, réagissent dans le contexte du Digital Services Act (DSA) et du Plan d’action médias et audiovisuel (MAAP) de la Commission européenne.

En s’appuyant sur un appel lancé en avril par les députés européens, et en reflétant débats qui ont eu lieu depuis, il est clair que l’aide aux médias pourrait être mieux structurée. C’est ce qui a été souligné une nouvelle fois le 14 octobre lors de l’événement Media4Europe, lors duquel ont été attribués 5 prix Stars4Media pour des innovations dans le domaine des médias. Ces prix ont été salués par la Vice Présidente Jourova et le Commissaire Breton (point « liberté et pluralisme des médias »).

Le secteur des médias est essentiel pour la démocratie. Il a perdu un tiers de ses journalistes depuis 2008, et – à part dans l’audiovisuel – d’autres emplois sont en danger. Les groupes de médias sont des « nains » face aux géants de l’Internet. Ce qu’ils attendent de l’Europe, c’est d’abord un rééquilibrage de l’écosystème et ensuite une accélération de la transformation du secteur, c’est à dire le « renforcement des capacités » : en investissant dans les compétences et l’innovation.

Stratégie intégrée : politiques européennes et budget

La DSA portera principalement sur la réglementation des plateformes, qui fragilisent à la fois la démocratie et leurs concurrents. La mise en place d’une législation complète du DSA prendra plusieurs années (comme pour les droits d’auteur). La désinformation est une menace urgente, malgré les efforts d’auto-gouvernance. Dépendants d’Internet, les médias d’information sont doublement touchés : ils sont écrasés par les plateformes dominantes, et encore plus affaiblis par la propagation du coronavirus. Le changement devrait être amorcé avec les outils existants : tant au niveau politique que budgétaire.

Sur le plan politique, il s’agit principalement du droit de la concurrence, qui doit être respecté par les géants américains. Les concepts nécessaires sont déjà issus de la jurisprudence et de la législation non contraignante, tels que les enquêtes sectorielles et celles portant sur les écosystèmes, les « gatekeepers » ou « plateformes systémiques », l’analyse dynamique en amont d’une position dominante étendue, et la transparence dans le cadre des indicateurs de confiance. Il revient à l’Exécutif, déjà mandaté par le Parlement européen, de les utiliser dès maintenant.

En ce qui concerne les budgets, le secteur des médias ne demande pas de renflouements massifs comme pour les banques. La capacité de monétiser, et des aides à la transformation numérique – en plus des aides nationales fragmentaires – sont nécessaires. Les financements de l’UE pourrait d’abord s’inspirer des programmes existants, affiner les priorités et mieux regrouper les projets.

Soutenir les médias d’information comme l’audiovisuel via MEDIA et comme les plateformes 

Creative Europe est l’une des 15 priorités du Parlement pour les budgets 2021-2027. Le programme comporte actuellement trois volets : culture, audiovisuel et transsectoriel. La Commission et le Parlement voudraient l’augmenter de manière substantielle. Cela paraît justifié s’il reflète les besoins des médias d’information.

Le programme MEDIA a été créé dans les années 1990 sous le nom de « Mesures pour Encourager le Développement de l’Industrie Audiovisuelle ». En effet, il ne concerne pas – jusqu’à présent – les médias d’information, mais les films et l’audiovisuel (et non pas les chaînes d’informations), en soutenant les films européens face aux majors hollywoodiennes. Une information de qualité dans diverses langues devrait être aussi importante que la culture et constituer un élément clef des efforts en faveur de l’État de droit.

Google et Facebook investissent dans des projets pour les médias une petite partie des revenus qu’ils ont pris au secteur. Les montants sont significatifs : chaque plateforme a investi environ 300 millions de dollars (dont environ la moitié en Europe). Or, ces plateformes ont des arrière-pensées : résister à la fiscalité et aux droits d’auteur. Mais elles montrent la voie : sans compter sur elles, l’Europe devrait faire plus que les égaler, au fur et à mesure. 

Un regroupement de projets NEWS pour assurer leur impact et leur indépendance

Le moment est venu d’imiter le succès de MEDIA pour les médias d’information. NEWS pourrait signifier « News in Europe Working Sustainably » ou « News in Europe Working for Society ».

Chaque année, le Parlement lance une douzaine de « projets pilotes » centrés sur les médias, pour un total de 5 à 15 millions d’euros (voir le projet de budget 2021 du PE). Les thèmes abordés vont des échanges d’innovations, au soutien à la presse locale et aux langues minoritaires. De plus, des appels lancés par la Commission se développent et sont dédiés à l’éducation aux médias, au journalisme basé sur les données, à l’analyse de la propriété des média, aux outils de partage de contenu, à la vérification des faits et au journalisme d’investigation.

Ces projets, et quelques autres plus importants dans le cadre de la R&D, méritent une plus grande visibilité, et donc un plus grand attrait et un plus grand impact, car ils pourraient s’appuyer sur une « marque familiale » nommée “NEWS”, et un comité stratégique NEWS. Les projets conserveraient leur « prénom » et ils se concentreraient sur une gestion allégée des subventions moyennes pour la transformation des médias, en réduisant les charges administratives via des comités de sélection indépendants.

Dans ce secteur pauvre en liquidités, le financement par capitaux propres à travers InvestEU pourrait également jouer un rôle (comme l’a souligné la DG CONNECT). Mais les demandes de financement resteront complexes à préparer, les priorités dans ce domaine pourraient être fixées dans le cadre du suivi des projets NEWS.

Il s’agit donc d’un « packaging politique » initialement proposé par 42 députés européens en avril, pour rassembler les projets pour les médias d’actualités dans un « regroupement NEWS », inspiré du programme audiovisuel MEDIA. Ce groupement comprendrait des projets pilotes lancés par le Parlement, le financement transsectoriel de Creative Europe pour le journalisme indépendant (au moins 61 millions d’euros sur 7 ans), ainsi que des petites parties d’Horizon Europe visant les médias et d’InvestEU une fois qu’il aura démarré. Les montants ne sont pas très élevés, mais ils permettraient d’atteindre une masse critique et d’attirer des médias nationaux et locaux ouverts au changement. Selon les mérites, les montants pourraient augmenter au point d’examen prévu en 2023, avant les prochaines élections européennes.

Creative Europe et NEWS: des axes clefs pour le Plan d’action pour les médias

Le Commissaire Breton s’est engagé à un Plan d’action pour les médias et l’audiovisuel (MAAP) lors de son audition, et la Vice-Président Vera Jourova pilote le Plan pour la démocratie : ces deux plan d’action devraient se renforcer mutuellement. Nous espérons que le MAAP s’occupera spécifiquement des médias d’information, et pas seulement de l’audiovisuel.

En parallèle, cette idée d’une action spécifique “NEWS” a été suggérée par 42 députés européens déjà en avril.

Un signal fort serait que le MAAP recommande ce regroupement de projets “NEWS”. Pour aller au-delà des mots et des projets de moindre envergure, le MAAP devrait également redéfinir les chiffres globaux d’Europe créative (pour ne pas réduire le financement du cinéma et de l’audiovisuel), et indiquer les objectifs industriels du DSA.

Ce que nous devrions éviter, c’est une législation lente pour les trois prochaines années, et des petits projets éparpillés, menant à un réveil brutal en 2024. Si l’écosystème est rééquilibré et que les projets NEWS sont mis en place d’ici là, la désinformation ne dominera pas les prochaines élections européennes.

Les co-signataires :

  • MEP Andrus Ansip (Renew Europe, ES)
  • MEP Dace Melbarde (ECR, LV)
  • MEP Damian Boeselager (Verts, DE)
  • MEP Niklas Nienaß (Verts, DE)
  • MEP Victor Negrescu (S&D, RO)
  • MEP Andris Ameriks (S&D, LV)
  • MEP Ivars Ijabs (Renew Europe, LV)
  • MEP Irena Joveva (Renew Europe, SL)
  • MEP Laurence Farreng (Renew Europe, FR)
  • Maria João Rodrigues, Présidente de la FEPS, ancienne MEP
  • Luciano Morganti, Prof. à l’université VUB 
  • Marc Sundermann, Senior Fellow à Europe’s MediaLab (Fondation EURACTIV) et ancien directeur du bureau de liaison chez Bertelsmann
  • Guillaume Klossa, ancien directeur de UER (Union Européenne de Radiodiffusion), auteur du rapport de la Commission: “Towards European media sovereignty” 
  • Francesca Ratti, co-présidente CIVICO-Europa
  • Bart Becks, Président exécutif, EURACTIV Media Network
  • Helga Trüpel, ancienne députée européenne (Greens, DE)
  • Christophe Leclercq, Président de ’Europe’s MediaLab (Fondation EURACTIV) – contact pour d’autres co-signataires: fondateur@euractiv.com, @LeclercqEU

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