«Objectif Terre»: sauver l’Europe pour sauver la planète

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Erwan Lecoeur

Alors qu’il faudrait à l’Europe près de trois planètes pour subvenir à ses besoins, l’UE est engagée dans une campagne pour les élections européennes sans vision. Un appel à mobilisation est lancé.

Erwan Lecoeur est un sociologue et politologue. Il participe à l’appel Objectif Terre.

Le 10 mai, l’Europe passait le cap de soutenabilité. Ce jour du dépassement est celui qui voit les pays de l’Union européenne dépasser le niveau de consommation des ressources de la planète pour l’année 2019. Le milieu de l’année n’était même pas atteint (31 juin). Il faut donc environ 2,8 planètes à l’Europe pour vivre. Nous en sommes là. Et pendant que l’Union européenne se prépare à une nouvelle élection sans enjeu clair, ni vision, les ressources s’épuisent, les animaux disparaissent et le climat s’emballe. Pour espérer sauver la Terre et ceux qui y vivent, il faut sauver l’Europe. Pour agir, un appel propose de se mobiliser lors de la prochaine élection européenne.

Les mises en garde se succèdent. Les scientifiques de tous pays alertent sur les effets du dérèglement climatique et ceux de l’extinction du vivant en cours. Le GIEC a révisé à la hausse toutes ses prévisions : nous allons dépasser les 2°C d’augmentation des températures, un million d’espèces sont en voie de disparition et l’effondrement est en vue. Il nous reste seulement quelques années pour espérer changer de trajectoire, pour sauvegarder notre civilisation.

L’Union européenne est dans un état assez similaire. De plus en plus menacée de l’extérieur par les grandes puissances (Russie, Chine et USA) qui ont décidé de reconfigurer l’équilibre mondial sans les européens, elle est aussi fragilisée de l’intérieur par les groupes nationalistes et populistes qui prennent la place des anciennes forces politiques en déliquescence. L’Europe a été un espoir au sortir de la Guerre. Elle a engrangé des succès, mais aussi des échecs et engendré des lourdeurs. Elle a déçu les peuples, paru lointaine, inefficace et injuste. Aujourd’hui, elle est en danger.

L’enjeu est de taille. Il faut sauver les deux, dans un même mouvement. Il n’y aura pas d’écologie sans Europe. Et l’Europe a besoin du projet écologique pour exister.

Face aux alertes de plus en plus précises sur l’état de la planète, des mobilisations inédites éclosent partout dans le monde. Les plus jeunes deviennent les plus radicaux : des centaines de milliers de lycéens, d’étudiants, de citoyens de tous les pays se retrouvent dans les rues et dans l’action ; à l’image de Greta Thunberg, cette jeune suédoise à la parole crue, sous un visage triste : « je veux que vous paniquiez ! » déclare-t-elle aux puissants, à Davos ou à Strasbourg. En France et ailleurs, des mouvements d’un genre nouveau gagnent du terrain : L’affaire du siècle, Fridays for Future, Onestprets, Extinction Rebellion, etc. C’est la part de lumière de notre temps, comme une étincelle, enthousiasmante, mais fragile.

Greta Thunberg : «Nous ne faisons que répéter ce que la science dit»

La militante suédoise Greta Thunberg a rejoint la grève scolaire organisée tous les jeudis par les étudiants belges depuis deux mois. Elle s’est adressée aux dirigeants européens.

Si on prend un peu de distance, de hauteur, nous sentons bien qu’il nous faut inventer une « humanité de destin » pour espérer sauver ce qui reste. Nous avons résolument besoin de plonger dans un « overview effect », cette émotion qui nait à la vue de la Terre vue de l’espace, qui fait prendre conscience de la fragilité de notre planète, ce vaisseau perdu dans l’univers. Pour en prendre conscience, comme l’ont fait les astronautes depuis des décennies, on peut aujourd’hui se plonger dans la vidéo de notre planète en temps réel (blueturn.earth). C’est pour cela, sans doute que les astronautes européens ont décidé de s’engager aujourd’hui, auprès de jeunes et d’étudiants mobilisés, qui appellent à voter « seulement pour ceux qui s’engageront à tout mettre en œuvre pour faire adopter les mesures suivantes pendant la prochaine mandature pour relever le défi climatique à l’échelle de l’Europe ».

L’élection européenne a lieu du 23 au 26 mai. C’est le moment de montrer que nous sommes des millions, en Europe, à demander une autre politique en urgence et que les élu-es agissent dans ce sens. C’est l’objectif de cet Appel : mobiliser des millions de citoyen-nes en Europe et des centaines d’élu-es qui s’engagent pour changer vraiment les choses. Cela passe par une autre politique de l’énergie, des mobilités, de l’alimentation saine, ou du respect de la nature. Des mesures simples et immédiates doivent être prises de façon rapide et radicale, pour éviter le poids des lobbies et les mauvaises excuses.

Un élan commun pour sauver l’Europe

Pour sauver l’Europe, il faut lui donner un nouvel élan, un nouvel objectif. Celui de la transition écologique et de la protection de notre maison commune. D’un autre côté, une Europe modèle, forte et unie permettra de relever le défi du basculement vers une société plus écologiquement responsable et socialement équitable. Nos représentants doivent tout mettre en œuvre pour changer la règle du jeu et résoudre un par un les grands enjeux de notre temps. Dans le cadre des élections européennes, des astronautes et des jeunes, suivis de tous les citoyens ayant signé l’appel, demandent donc aux candidats de s’engager.

Berlin et Varsovie ferment les yeux sur l’urgence climatique

Avant le sommet sur l’avenir de l’Europe à Sibiu, un appel pour plus d’ambition climatique a été lancé par les gouvernements français, néerlandais, belge, suédois, danois, espagnol, portugais et luxembourgeois.

Cet appel, à retrouver et à signer sur objectiveearth.org, est un premier pas pour reprendre notre destin en main. Il y en aura d’autres, dans les prochains jours, les prochaines semaines, les mois à venir. Le 24 mai, les lycéens invitent à nouveau à la mobilisation mondiale. Entre le 23 et le 26 mai, beaucoup de ces jeunes, qui subiront les effets de cette dégradation globale ne pourront pas voter. Idem pour les générations futures, mais aussi pour les plantes et les animaux… Qui les représente, si nous ne le faisons pas?

Nous n’attendrons pas que les politiques évoluent à leur rythme, trop lent. Nous ne laisserons pas nos enfant seul-es dans les rues. Nous ne signerons plus de chèque en blanc à quiconque. L’urgence est trop grande. Si nous abandonnons l’Europe, si nous laissons la destruction de la planète s’accélérer, alors, notre humanité n’en réchappera pas. Vu de l’espace, ou vu du sol, notre horizon est le même : la Terre. Nous devons en faire notre objectif.

Les aléas climatiques ont déjà couté 500 milliards d’euros à l’Europe

Inondations, sècheresses, vagues de chaleur : les évènements climatiques extrêmes ont provoqué des pertes économiques de 453 milliards d’euros entre 1980 et 2017. Et coûté la vie à plus de 115 000 personnes en Europe.

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