Un nouveau contrat social pour une transition écologiste juste

DISCLAIMER: Toutes les opinions affichées dans cette colonne reflètent l'avis de l'auteur, pas celle d'EURACTIV.COM Ltd.

Udo Bullman défend une vision véritablement écologique du futur de l'UE

Ce qui arrivera après les élections déterminera l’avenir de l’Europe, explique le chef de file des socialistes au Parlement européen, qui plaide pour une transformation radicale de l’Europe face au défi environnemental et climatique.

Eurodéputé allemand, Udo Bullmann, est le président du Groupe de l’Alliance progressiste des Socialistes et Démocrates au Parlement européen

Cette fois, l’enjeu est de taille. Les prochaines élections européennes vont fixer le cap pour les années à venir. Les populistes vont-ils réussir à nous diviser en opposant les Européens les uns aux autres ? La droite va-t-elle nous paralyser en maintenant le statu-quo ? Ou bien les progressistes sortiront-ils vainqueurs de l’élection afin d’incarner le changement que les gens attendent désespérément ?

Pour l’instant, l’attention se porte sur la question de savoir dans quel camp la majorité basculera au soir des élections du 26 mai et quelle direction les citoyens européens vont donner à l’Europe. Quoiqu’il en soit, la bataille sera loin d’être terminée dimanche prochain. Les semaines qui suivront seront déterminantes pour construire les bases de notre avenir.

Je ne parle pas du marchandage sur les postes ou des accords d’arrière-boutique qui suivent en général les résultats des élections. Nous, les socio-démocrates, refusons de nous asseoir à la table des négociations sans avoir discuté du contenu politique du programme. Et nous avons l’ambition de réorienter l’Europe.

Nous avons mis sur la table un plan ambitieux de 110 propositions concrètes afin de répondre aux multiples crises qui affectent nos citoyens. Et nous voulons construire des majorités sur la base de ces propositions. Toutes celles et tous ceux qui respectent et partagent nos valeurs, nos idées seront accueillis à bras ouverts. Nous cherchons à bâtir une alliance progressiste solide capable de porter le changement radical dont ont besoin les citoyens européens : une transformation juste.

Nous n’avons pas de temps à perdre. Notre planète et nos sociétés font face à une crise existentielle. Notre manière de produire, de consommer, pollue l’air que nous respirons, détruit nos sols et empoisonne notre eau. Il nous reste moins de 10 ans avant que ces dommages sur l’environnement soient irréparables. Les inégalités se multiplient de manière exponentielle. La classe moyenne souffre de plus en plus. La numérisation et l’automatisation bouleversent nos économies et les marchés du travail à un moment où le vieillissement de la population met nos systèmes de protection sociale sous pression. Face à ces bouleversements, les gens se sentent désorientés, impuissants, et se détournent de plus en plus de la politique. Leur colère et leur frustration les conduisent à se tourner vers les populistes et les néo-fascistes. L’Histoire nous l’a appris : les démocraties s’effondrent lorsque les inégalités deviennent insupportables.

Changer les structures

Tout le monde prend progressivement conscience qu’il faut changer d’urgence nos modes de production, notre façon de vivre et de travailler. L’écologie est devenue notre mantra. Même le conservateur Michel Barnier a récemment proposé un « pacte pour le développement durable » pour la prochaine Commission. Il propose la mise en œuvre d’urgence de politiques tournées vers la neutralité carbone, l’économie circulaire et la biodiversité. Mais il oublie ce qui nous a amené au bord du précipice : un modèle économique dominé par l’appât du gain et le court-termisme, fondé sur l’exploitation des peuples et des ressources de notre planète. A son tour, le Pape François a dénoncé avec raison que cette course au profit, caractéristique du modèle économique actuel, produit non seulement des déchets plastiques mais aussi humains. Pour moi, cette image est la clé pour comprendre et sortir de la crise. Au lieu de simplement repeindre en vert le modèle néo-libéral en « minimisant les coûts sociaux de la transition », comme le suggère Michel Barnier, il faut changer de structures. Nous ne réussirons la transition écologique que si la lutte contre les inégalités est au cœur de cette transformation.

Prenons l’exemple du dérèglement climatique : nous en ressentons déjà les premiers symptômes : feux de forêt, inondations, sécheresse, tempêtes provoquent d’importants dégâts pour la société et frappent surtout les plus vulnérables. Les politiques qui luttent contre le changement climatique seront bénéfiques sur le long terme, en créant notamment une nouvelle forme de croissance et de nouveaux emplois. Mais son coût élevé à court terme représente une charge importante pour les plus démunis et les régions les plus pauvres. Les gens aisés peuvent se permettre d’investir dans des panneaux solaires et des voitures électriques, en bénéficiant de subventions et en réduisant leurs factures d’énergie. Les plus pauvres, en revanche, qui consacrent déjà une grosse part de leur salaire pour couvrir les frais de leur consommation d’énergie, subissent l’augmentation des taxes sur l’essence. Cela ne peut pas marcher. Nous devons réfléchir à des mesures plus intelligentes, comme l’a fait Antonio Costa en réduisant le coût du transport public au Portugal, ce qui est bénéfique du point de vue social et environnemental.

L’approche en silo qui produit des mesures politiques unidimensionnelles ne fonctionne pas. Nous avons besoin d’une approche holistique pour faire en sorte que la protection de l’environnement aille de pair avec le progrès social. Les objectifs de développement durable lancés par l’ONU ouvrent la voie à suivre pour transformer profondément nos économies et nos sociétés afin de garantir un avenir meilleur à nos concitoyens. L’Europe relèvera le défi du développement durable si cette transformation est socialement juste avec des services publics de qualité, une politique de cohésion qui permet aux régions les moins riches de rattraper leur retard ; une fiscalité plus juste pour réparer les dommages sociaux causés par les évadés fiscaux et les spéculateurs ; et un nouveau contrat social pour gérer la révolution digitale, l’automatisation et le changement démographique.

Nous, les progressistes, nous voulons réorienter l’Europe afin qu’elle devienne le moteur du changement vers une transition juste. Pour moi, c’est tout à fait clair : pour obtenir notre soutien, la prochaine Commission devra présenter un programme qui vise un changement fondamental de politique : un nouveau contrat social pour le développement durable et une transition juste.

Subscribe to our newsletters

Subscribe

Envie de savoir ce qu'il se passe ailleurs en Europe? Souscrivez maintenant à The Capitals.