Une Saint-Valentin au goût amer

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Du chocolat pour la Saint-Valentin? [Melanie Hobson/Shutterstock]

L’industrie du chocolat alimente la misère en Afrique de l’Ouest, où se situent les deux principaux pays producteurs de cacao, la côte d’ivoire et le Ghana.

Julia Christian est militante pour la protection de la forêt au sein de l’organisation Fern.

Sa saveur si douce, son effet euphorisant (provoqué par des substances chimiques)  et sa réputation de « fruit défendu » font du chocolat le cadeau par excellence à offrir à son conjoint ou sa conjointe pour la Saint Valentin.  Comme chaque année, ses ventes vont culminer à cette occasion et contribuer à valoriser l’industrie à près de 100 milliards de dollars américains (81 milliards d’euros).

Mais avant que vous ne vous empressiez d’acheter du chocolat à la dernière minute, arrêtez-vous un instant pour réfléchir à l’origine de cette douceur.

60% des importations mondiales de cacao sont effectuées par les pays de l’Union européenne. Alors que les Néerlandais, Allemands et Belges sont les plus « chocovores », responsable à eux seuls de 36% des importations, la majorité du cacao mondial est issue de deux pays d’Afrique de l’Ouest – la Côte d’Ivoire (40 %) et le Ghana (20%). Et le moins que l’on puisse dire est qu’ils payent un lourd tribut à cette consommation débridée.

L’effet du cacao sur les forêts tropicales est dévastateur. En Côte d’Ivoire, depuis 1990, c’est 85 % du couvert forestier qui a disparu au profit des cacaoyers, provoquant une baisse de la fertilité des sols et des pluies abondantes, cruciales pour l’agriculture locale.

La culture du cacao décime les forêts de Côte d’Ivoire

En Côte d’Ivoire, les parcs et les forêts protégées ont été peu à peu détruits par l’or brun. Les autorités tentent d’enrayer cette déforestation galopante, mais leur action est entachée par des soupçons de corruption.

Le Ghana et la Côte d’Ivoire, tous deux aux portes du Sahel, sont aussi menacés par les avancées du désert qui augmentent chaque année, en raison du changement climatique. Tandis que notre faim de chocolat est insatiable, la survie de millions de paysans d’Afrique de l’Ouest est en péril.

En outre, la plus grande partie de cette déforestation touche des parcs nationaux et des zones soi-disant protégées, qui abritent près de 6 000 plantes et espèces d’animaux. Certains de ces endroits constituent le dernier refuge des chimpanzés, espèce gravement menacée.

L’invasion de zones protégées qui appartiennent aux États est loin d’être légale. Ainsi, on estime que 35 à 40 % de la production de cacao en Côte d’Ivoire est produite sur des terres qui ont été accaparées illégalement.

Des pressions similaires sont exercées dans le pays voisin, le Ghana, qui pourrait perdre, lors de la prochaine décennie, toutes les forêts qui lui restent en-dehors des parcs nationaux, d’après une étude réalisée par l’ONG américaine Mighty Earth.

L’empreinte environnementale du cacao se reflète aussi dans la souffrance humaine, autre point noir du secteur. Ainsi, 90 % des producteurs de cacao sont de petits exploitants et beaucoup vivent dans le dénuement le plus total.

Alors que l’ONU caractérise la « pauvreté extrême » tout revenu quotidien inférieur à 1,5 euro, les exploitants ivoiriens gagnent environ 40 centimes par jour et les ghanéens 68 centimes.

L’injustice vient de la faible rétribution dont bénéficient les paysans, par rapport au milliard de dollars annuels générés par l’industrie mondiale du chocolat. En moyenne, un producteur de cacao reçoit 6% du prix de vente final d’une barre de chocolat, ce qui laisse aux détaillants et fabricants de chocolats 80% du prix de vente.

« Le G20 doit aider l’Afrique à produire du chocolat, pas du cacao »

L’augmentation des échanges entre les pays d’Afrique et l’UE ne sera positif que si le G20 investit dans les infrastructures africaines et si des marchés internes sont créés sur le continent, selon l’ONG ONE. Une interview d’Euractiv Allemagne.

Le problème du travail des enfants est aussi intimement lié à la problématique. En Afrique de l’Ouest, plus de deux millions d’enfants travaillent dans le secteur du cacao, souvent dans des conditions dangereuses et éprouvantes.

La noirceur de la situation en Afrique de l’Ouest constitue un avertissement pour d’autres nations dans lesquelles l’industrie déploie ses tentacules, la demande de chocolat continuant d’augmenter.

Une recherche réalisée par l’ONG Mighty Earth, dont les résultats ont été publiés aujourd’hui, prouve que le cacao est en passe de provoquer une déforestation bien au-delà du Ghana et de la Côte d’Ivoire. En effet, en s’aidant de cartographies et d’autres données, les résultats mettent en lumière une corrélation frappante entre la déforestation à grande échelle et les régions productrices de cacao en Inde, au Cameroun, au Pérou et en Équateur.

La solution ne consiste toutefois pas en l’arrêt du commerce de cacao avec ces pays – ce qui appauvrirait davantage les petits exploitants – mais en une réforme drastique des pratiques commerciales.

En tant que première importatrice, fabricante et consommatrice de chocolat, l’Union européenne a, à la fois, la responsabilité et le pouvoir de le faire.

L’UE a déjà réglementé les chaînes logistiques sur « les minerais du conflit », l’exploitation illicite du bois et la pêche.

Comme indiqué dans une nouvelle publication de Fern, elle devrait, de toute urgence, légiférer sur le cacao, afin de garantir que toute la production qui entre dans l’UE ne soit en rien liée à la déforestation, ni au travail des enfants, et qu’une plus grande part des bénéfices revienne à ceux qui accomplissent la plus grande partie du travail.

Si l’UE pouvait agir ainsi, notre petit plaisir chocolaté de la Saint-Valentin deviendrait alors un vrai plaisir sans remords.

La fraude à la certification gangrène la filière cacao en Côte d’Ivoire

Les forêts protégées de Côte d’Ivoire fournissent une grande partie du cacao produit dans le pays. Ce cacao illégal est ensuite commercialisés par les grands chocolatiers, sans que les procédures de certification ne troublent ce commerce illicite.

 

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