Une vie sans la menace de violence pour toutes et tous: ne laisser personne de côté

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Phumzile Mlambo-Ngcuka [ITU Pictures/Flickr]

À l’occasion de la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, le 25 novembre, Phumzile Mlambo-Ngcuka rappelle que la violence à l’égard des femmes et des filles n’est pas une réalité inéluctable et appelle sphère politique et société civile à soutenir l’adoption de lois protégeant tous les citoyens.

Phumzile Mlambo-Ngcuka, Secrétaire générale adjointe de l’ONU et Directrice exécutive d’ONU Femmes.

L’utilisation massive du hashtag « #metoo » (#moiaussi en français) à l’échelle mondiale a initialement suscité un sentiment d’indignation face à l’ampleur des abus sexuels et de la violence sexuelle qui a été mise au grand jour. Les millions de personnes qui ont utilisé le hashtag nous ont montré à quel point leur voix avait été ignorée jusqu’ici. Elles ont ouvert grand la porte à de nouveaux débats, mentionnant des noms et dissipant les incertitudes autour des déclarations individuelles, grâce à la puissance d’un mouvement.

Cette action collective virtuelle a donné du courage aux femmes et aux filles dont les expériences n’auraient sinon jamais été relatées. La violence sexuelle dans la sphère privée se termine presque toujours par la confrontation de la parole d’une personne avec celle d’une autre, si toutefois la victime ose en parler. Même la violence sexuelle perpétrée dans la sphère publique est impossible à dénoncer quand la société ne considère pas qu’un homme commettant un viol est un criminel, mais plutôt que c’est sa victime qui est fautive, et perçoit cette femme comme une bonne à rien.

Nous découvrons le visage hideux de la violence dévoilé au grand jour : les abus de pouvoir qui répriment les signalements d’actes de violence et minimisent les faits, et qui excluent ou écrasent toute opposition. Ces actes de domination partagent les mêmes racines, qu’il s’agisse du meurtre d’une défenseuse des droits humains s’élevant contre les intérêts de grosses sociétés dans le bassin amazonien, d’une jeune fille réfugiée contrainte d’avoir des rapports sexuels en échange de nourriture ou de fournitures, ou de l’employée d’une petite entreprise londonienne renvoyée pour être « difficile » après avoir dénoncé l’inconduite sexuelle de son superviseur. Dans chaque cas, encore et toujours, ces actes d’abus ont été commis en comptant sur le fait qu’ils n’entraîneraient aucune mesure de représailles majeure, qu’aucune loi ne serait invoquée, qu’aucun compte ne serait demandé.

Mais tout le monde a le droit de mener sa vie à l’abri de la violence. Ce droit concerne toutes les personnes, sans distinction de sexe, d’âge, de race, de religion, d’appartenance ethnique ou de classe sociale, et indépendamment de leur niveau de revenus, leur orientation sexuelle, leur statut sérologique HIV, leur citoyenneté, leur lieu de résidence – ou toute autre caractéristique identitaire.

Le fléau de la violence à l’égard des femmes et des filles n’est pas une réalité inéluctable. Les solutions pour la prévenir dès le départ et enrayer la répétition des cycles de la violence sont nombreuses.

En tant que membres de la société, nous pouvons soutenir l’adoption et la mise en œuvre de lois visant à protéger les filles et les femmes contre le mariage d’enfants, les mutilations génitales féminines, la violence conjugale, les agressions sexuelles et les actes de harcèlement. Nous pouvons faire pression pour que l’évaluation et le suivi adéquats de l’impact de telles lois soient effectués.

La prestation de services essentiels aux victimes de violence doit être complète, multisectorielle, impartiale, de qualité et accessible à toutes et à tous, sans exception. Ces services sont la première ligne d’interventions pour les femmes et les filles dont la vie vient d’être brisée et doivent se focaliser principalement sur la dignité et la sécurité des victimes.

La prévention de la violence doit démarrer tôt. Le système éducatif et les enseignants eux-mêmes sont à l’avant-garde pour apprendre aux enfants et aux jeunes à perpétuer les principes de l’égalité, du respect et de la non-violence pour les générations futures. Ceci doit passer par un programme éducatif approprié et l’adoption de comportements exemplaires.

La campagne #metoo a clairement montré que tout le monde a un rôle à jouer dans l’amélioration de notre société. Nous devons dénoncer le harcèlement et la violence dans nos foyers, nos lieux de travail, nos institutions et nos cadres sociaux, ainsi que dans les médias. #metoo nous a également montré que personne n’est à l’abri de la violence. Toutes les institutions doivent avoir conscience des risques de violence qui existent au sein de leurs effectifs. Sachant cela, nous devons prendre des mesures pour prévenir la violence tout en nous préparant à y faire face de manière appropriée.

Dans ce vaste effort de lutte contre la violence à l’égard des femmes et des filles, les hommes ont un rôle crucial à jouer pour instaurer le changement. La remise en cause du sexisme, de la domination masculine et du privilège masculin en tant que norme dans la société démarre par l’illustration d’exemples de masculinités positives. Les parents peuvent insuffler les principes de l’égalité, des droits et du respect dans l’éducation de leurs fils, et les hommes peuvent dénoncer leurs pairs qui adoptent des comportements inacceptables – dont on comprend à présent qu’ils ne sont que la partie visible de l’iceberg du harcèlement.

Le thème d’aujourd’hui « Ne laisser personne de côté » réside au cœur de la lutte visant à n’exclure personne. Cela signifie qu’il faut instaurer l’égalité des femmes et des filles dans tout ce qui les concerne et planifier des solutions pour éliminer la violence en partenariat avec les femmes et les filles qui, auparavant, étaient ignorées, mises de côté ou exclues.

En tant que communauté mondiale, nous pouvons agir dès maintenant pour mettre fin à la violence contre les femmes et les filles, changer les institutions et travailler ensemble en vue d’éliminer la discrimination, de rétablir les droits humains et la dignité et de ne laisser personne pour compte.

 

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