DSA, DMA : les motivations de l’avalanche de mesures prises dans les règlements numériques

Type de contenu:

Actualités Basé sur des faits, soit observés et vérifiés directement par le journaliste, soit rapportés et vérifiés par des sources bien informées.

Analyse Basé sur un reportage factuel, il intègre l'expertise du journaliste et peut contenir des interprétations et des conclusions.

Depuis le début de l’année, mais surtout au cours des dernières semaines, la Commission européenne a lancé une série d’actions visant les grandes entreprises technologiques, afin d’assurer la mise en applications des deux règlements historiques. [Euractiv illustration by Esther Snippe, Photos by EPA/Shutterstock]

Poussés par des motivations politiques et par les imminentes élections européennes, les régulateurs européens ont déclenché une avalanche de mesures d’application et d’enquêtes concernant le règlement sur les services numériques (DSA) et le règlement sur les marchés numériques (DMA), selon des experts.

Le règlement sur les services numériques (Digital Services Act, DSA), entré en vigueur le 17 février pour toutes les plateformes opérant dans l’UE, contrôle le traitement des contenus illégaux et préjudiciables en ligne. Le règlement sur les marchés numériques (Digital Markets Act, DMA), dont la date limite de conformité était fixée au 6 mars, vise à lutter contre les pratiques anticoncurrentielles des géants d’internet en désignant des contrôleurs d’accès (gatekeepers) pour garantir une concurrence équitable dans les secteurs clés d’internet.

Depuis le début de l’année, mais surtout au cours des dernières semaines, la Commission européenne a lancé une série d’actions visant les grandes entreprises technologiques, afin d’assurer la mise en applications des deux règlements historiques.

Des sites pornographiques ont été ajoutés à la liste de plateformes présentant un « risque systémique » dans le cadre du DSA.

La Commission mène des batailles juridiques distinctes avec Meta et TikTok au sujet de la redevance de surveillance annuelle que les entreprises visées par le DSA doivent payer.

L’exécutif européen a également ouvert une enquête à l’encontre de TikTok en vertu du DSA, pour de possibles infractions dans plusieurs domaines, notamment celui de la protection des enfants.

Apple s’est vu infliger une amende record pour infraction au droit communautaire de la concurrence.

La Commission a en outre ouvert des enquêtes contre Alphabet (la société mère de Google), Apple et Meta, pour comportement anticoncurrentiel, ainsi qu’à l’encontre d’AliExpress. Elle a également publié des lignes directrices concernant les mesures à prendre en ligne pour atténuer les risques qui pourraient avoir une incidence sur l’intégrité des élections.

Interrogé sur la vague de mesures prises ces dernières semaines, un porte-parole de la Commission a expliqué comment les mesures d’application et les enquêtes précèdent l’entrée en vigueur d’un acte législatif. Il a également précisé qu’elles sont soumises à un contrôle judiciaire et confirmé que les pouvoirs d’application du DSA ont été confiés au commissaire européen au Marché intérieur, Thierry Breton.

« L’orientation politique peut en effet être donnée par le commissaire [Thierry] Breton, mais c’est quelque chose d’habituel que l’on peut voir dans d’autres domaines tels que le droit de la concurrence », a ajouté le porte-parole.

Élections européennes : la Commission publie des lignes directrices pour prévenir les risques numériques

La Commission européenne a publié mardi (26 mars) des lignes directrices dans le cadre du règlement sur les services numériques (DSA) concernant les mesures à prendre en ligne pour atténuer les risques qui pourraient avoir une incidence sur l’intégrité des élections.

La pression politique

Julian Jaursch, directeur de projet à la Stiftung Neue Verantwortung, un groupe de réflexion allemand qui travaille sur les technologies numériques, la politique et la société, a affirmé qu’il pouvait « imaginer qu’il y a beaucoup de pression politique au sommet de la Commission, en particulier de la part du commissaire Thierry Breton » à propos de l’application du DSA.

En effet, la position de M. Breton vis-à-vis du DSA est évidente dans ses interactions avec les PDGs et dans ses déclarations publiques, qui influencent les efforts de mise en œuvre à des niveaux inférieurs, selon M. Jaursch.

Margrethe Vestager, vice-présidente exécutive de la Commission, semble également travailler d’arrache-pied pour faire passer des mesures dans les derniers mois de son mandat. Mme Vestager est revenue à l’exécutif en décembre, après avoir retiré sa candidature à la présidence de la Banque européenne d’investissement (BEI).

Les déclarations publiques des responsables politiques de la Commission aux débuts de l’application du DSA indiquent leur volonté de faire preuve de réactivité, selon M. Jaursch.
« La Commission est sur la corde raide : les nouvelles règles doivent être appliquées et les régulateurs ne peuvent pas être complaisants. »

« En même temps, agir trop vite ou solliciter excessivement les ressources et le personnel peut se retourner contre nous », a-t-il ajouté.

Européennes 2024 : les partis signent un code de conduite pour prévenir l’ingérence étrangère et la désinformation

Mardi (9 mars), tous les partis politiques européens signeront un code de conduite négocié par la Commission européenne dans le cadre des efforts visant à protéger la campagne des élections européennes contre l’ingérence étrangère et la désinformation.

DSA et élections

Les élections du Parlement européen de juin constituent une étape claire et définitive pour le DSA, incitant les décideurs politiques à agir rapidement, a expliqué à Euractiv Lazar Radic, chercheur principal en politique de la concurrence à l’International Center for Law & Economics et professeur adjoint de droit à l’IE University.

Il a toutefois prévenu que le DSA restait ambigu dans la définition de ce qui constitue de la désinformation.

« Il y a aussi la question de la censure et la menace que le DSA devienne un outil non pas pour éliminer […], mais pour perpétuer les préjugés ou la désinformation », a-t-il déclaré.

M. Radic a suggéré que les lignes directrices de la Commission sur les élections visent à clarifier ces définitions, notamment en ce qui concerne la désinformation avant les élections de juin.

Le directeur de projet à la Stiftung Neue Verantwortung, M. Jaursch, a affirmé que les lignes directrices pour les élections ont été annoncées très rapidement et qu’il reste sceptique quant à l’impact que le DSA pourrait avoir sur les élections de juin. Il a évoqué les lignes directrices de TikTok et de Meta, qui correspondent en partie à celles de la Commission.

M. Jaursch a également déclaré qu’il appréciait les efforts de l’exécutif européen, mais qu’il pensait que la brièveté du délai — deux mois avant les élections — pourrait rendre difficile une évaluation complète de l’impact.

DMA : la Commission européenne ouvre des enquêtes pour non-conformité contre Alphabet, Apple et Meta

La Commission européenne a annoncé lundi (25 mars) avoir ouvert des enquêtes pour manquements au règlement sur les marchés numériques (Digital Markets Act, DMA), entré en vigueur début mars, à l’encontre d’Alphabet, la société mère de Google, d’Apple et de Meta.

DMA et concurrence

En mars, la Commission a organisé une série d’« ateliers » pour évaluer la conformité des contrôleurs d’accès (gatekeepers) au DMA : Apple, Alphabet, Meta (la société mère de Facebook et Instagram), Amazon, ByteDance (la société mère de TikTok), et Microsoft étaient concernés.

Ces ateliers ont été présentés comme l’occasion pour les grandes entreprises technologiques d’exposer leurs mesures de conformité au DMA.

La Commission a annoncé avoir ouvert des enquêtes pour non-conformité au DMA contre Alphabet, Apple et Meta après les cinq premiers ateliers et la veille du dernier.

« Cela s’est produit immédiatement après l’atelier [qui] était censé favoriser la communication entre la Commission et les contrôleurs d’accès. D’autres personnes et moi-même nous sommes creusés la tête. Quel était le but de tout cela ? », a commenté M. Radic.

Selon lui, la Commission avait probablement planifié les enquêtes bien avant les ateliers. L’exécutif avait peut-être espéré que les contrôleurs d’accès aborderaient les problèmes identifiés lors des ateliers, mais les enquêtes ont pu être décidées indépendamment des résultats des ateliers.

M. Radic a ajouté qu’il pourrait également y avoir « un élément disciplinaire [dans les mesures]. La Commission veut montrer qu’elle est sérieuse ».

« La Commission ne cesse de répéter que le droit de la concurrence et le DMA sont deux choses totalement différentes. Mais nous avons ici un nouvel exemple de ce continuum entre les deux », a-t-il affirmé. « En effet, les deux sont déployés exactement au même moment».

La Commission européenne ouvre une enquête sur les publicités ciblées et l’IA générative

La Commission européenne a demandé aux neuf grandes plateformes technologiques des informations sur leur utilisation des publicités ciblées et de l’intelligence artificielle (IA) générative afin d’évaluer leur conformité avec le règlement sur les services numériques (DSA).

 

Test final

M. Radic a ajouté que le DMA était présenté comme un règlement auto-applicatif, mais il a remis cela en question. « Comment est-il auto-applicatif si la Commission lance maintenant, [au] cours du premier mois, ces enquêtes ? »

Il s’est également interrogé sur la manière dont la Commission mesurerait l’adéquation des changements apportés par les contrôleurs d’accès pour atteindre les objectifs d’équité et de contestabilité du DMA.

Selon M. Radic, le « test final » de la réussite du DMA est de savoir si les parts de marché des concurrents augmenteront. C’est peut-être ce que la loi entend par « équité », a-t-il ajouté.

Faisant face à un nombre sans précédents de lois numériques européennes, le Conseil prépare un plaidoyer en faveur de leur mise en œuvre

Selon un document consulté par Euractiv, le Conseil de l’UE se prépare à lancer un appel pour mettre en œuvre et promouvoir internationalement l’ensemble des réglementations numériques adoptées durant le dernier mandat.

[Édité par Anna Martino]

Inscrivez-vous à notre newsletter

S'inscrire