Amélie de Montchalin : « la clé du budget européen, ce sont les ressources propres »

Amélie de Montchalin est secrétaire d'Etat en charge des affaires européennes depuis mai 2019 EPA-EFE/CHRISTOPHE PETIT TESSON

La France soutient un nouveau projet de conférence sur l’Europe, pour mieux associer les citoyens. Le décalage actuel avec l’Allemagne ne remet pas en question la relation, assure la ministre, qui plaide par ailleurs pour des ressources propres pour le budget européen, alors que les Etats rechignent à augmenter leurs contributions.

Economiste de formation, convaincue par LREM, et élue députée en 2017, Amélie de Montchalin a été nommée secrétaire d’Etat en charge des affaires européennes en mai 2019, en remplacement de Nathalie Loiseau.

Le dernier Conseil européen de l’année a chargé la présidence croate de se pencher sur une conférence sur l’avenir de l’Europe, qui aurait lieu d’ici 2022. N’est-ce pas un exercice redondant avec la précédente consultation ?

La précédente vague de consultations citoyennes a permis de préciser la feuille de route de l’UE. Elle a permis d’orienter les priorités, par exemple en soulignant l’importance qu’accordaient nos concitoyens aux enjeux de la transition écologique, les jeunes en particulier. La Commission y a répondu avec le Green Deal. Les dernières consultations ont également permis de changer la perception que certains avaient du dialogue citoyen. D’autres initiatives ont été utiles. Les 37 millions d’Européens qui ont participé à l’initiative WeEuropeans, par exemple.

Qu’est-ce que cette nouvelle conférence apportera de nouveau ?

Nous voulons associer les citoyens de façon pérenne à la prise de décision. Je ne pense pas que pour cela il faille créer une chambre citoyenne : on a déjà le Parlement européen, le CESE, le Comité des régions. Il nous faut trouver un nouveau type d’organisation. Il nous faudra aussi veiller par cet exercice à répondre à ce que j’appelle l’urgence démocratique en Europe, répondre à la crise de confiance que nos concitoyens peuvent avoir envers l’Europe et ses institutions. Il nous faudra enfin réexaminer toutes nos politiques européennes, en nous demandant si elles répondent aux attentes de nos concitoyens pour plus de réactivité, plus de souveraineté et plus de solidarité.

En 2020, la priorité, ce sera le climat, la conférence sur l’avenir de l’Europe ne risque-t-elle pas de passer au second plan ?

Dans la nouvelle Commission, il y a 27 commissaires, avec des portefeuilles divers. Il y a en particulier une vice-présidente de la Commission  en charge de la démocratie et de la démographie, Dubrovka Suica. Chacun des sujets est important, il correspond à des politiques qui ont une influence très concrète dans la vie de nos concitoyens.

Lors du Conseil européen, la Pologne a émis des doutes sur l’objectif de neutralité carbone en 2050.

Le Conseil européen a adopté cet objectif, mais la Pologne a demandé  un peu plus de temps pour réfléchir à sa mise en oeuvre. Par exemple elle a exprimé ses craintes d’une hausse trop rapide du prix du carbone. En même temps, elle appelle la Commission à étudier la mise en place d’un mécanisme d’inclusion carbone aux frontières, conforme aux règles de l’OMC. Sur le sujet du prix de carbone spécifiquement, la France défend la mise en place d’un prix plancher, pas une hausse abrupte qui pourrait déséquilibrer nos industries.

Le mécanisme d’inclusion carbone aux frontières, proposé dans le cadre du Pacte Vert, sera-t-il mis en place dans les deux ans qui viennent, ou est-ce juste un outil pour faire pression sur la politique climatique des autres pays ?

Notre objectif est bien de le mettre en place dans les années à venir. Quand une société importera sa barre d’acier en UE, elle paiera un prix pour le carbone émis pour la produire; si la société a déjà payé un prix du carbone dans le pays où elle produit, seule la différence avec le prix du carbone sur le marché européen sera due. La mise en place sera bien sûr progressive : dans un premier temps on ne le fera que sur des produits de base, pour lesquels on connait bien les quantités de carbone émis pendant leur phase de production, par exemple acier, ciment, papier ou aluminium.

A quel niveau estimez-vous que le budget européen doit être si l’on considère, comme la Cour des comptes européenne, que l’objectif de neutralité carbone nécessite un investissement de 1000 milliards par an ?

Réussir notre objectif de neutralité carbone à l’horizon 2050 nécessitera des investissements importants, et une action transverse, dans tous les secteurs. Une partie importante de cette transition va reposer sur des financements privés : la taxonomie européenne sur l’investissement durable permettra d’orienter l’épargne vers les projets durables. Et La France défend l’idée que 40 % du budget européen soit consacré à la mise ne œuvre de nos objectifs climatiques et environnementaux : 30 % pour le climat, au travers de la PAC, des forêts, de la recherche par exemple, et 10 % pour la biodiversité et la lutte contre la pollution.

Soutenir l’agriculture européenne en y consacrant 40 % du budget européen, est-ce cohérent en 2019 ?

Ceux qui nous expliquent que les politiques traditionnelles de l’UE sont dépassées, et qu’il faut les remplacer par d’autres, ne sont pas en phase avec les attentes des citoyens. Nous ne devons pas tout changer, nous devons surtout faire mieux. Les jeunes, par exemple, ont des attentes très fortes sur les sujets alimentaires. L’agriculture est au contraire au fondement de ce qu’est l’Europe, car assurer de façon solidaire l’indépendance agricole, c’est une question de souveraineté tout simplement.

La proposition de la présidence finlandaise pour le budget 2021-2027 comporte aussi des modifications en matière de politique de cohésion par rapport à celle de la Commission, présentée en mai 2018.

Sur le budget de la cohésion, on a bataillé pour protéger la définition de « région en transition », ce qui permettra à de nombreuses régions françaises d’être éligibles. C’était important pour nous qu’en France, nous puissions aussi bénéficier de ces fonds : ce n’est pas qu’une histoire de pays qui doivent en rattraper d’autres ! Les Gilets Jaunes par exemple, c’est un mouvement qui défend le manque d’équité entre les régions, les différences entre les zones urbaines, les zones périphériques et les zones rurales. En République Tchèque, où je me suis rendue récemment, on retrouve la même problématique : à Prague, où prospère une économie de services dynamique et innovante, les citoyens adhèrent volontiers à l’idée européenne. Mais dans les régions plus isolées il y un plus grand scepticisme envers l’Europe. Il faut mettre des moyens pour résoudre ces inégalités territoriales.

Que pensez-vous du niveau global du budget européen tel que proposé par la présidence finlandaise?

Le volume global, c’est le mauvais sujet. Il faut se concentrer sur la valeur ajoutée : regarder les politiques qui doivent être faites au niveau national, celles qui doivent l’être au niveau européen Mais je crois qu’on peut l’améliorer, par exemple pour la politique de cohésion, sur les territoires d’outre-mer, les régions ultrapériphériques qui nous représentent dans les cinq océans : il y a un sens politique à investir, pour l’Europe, dans ces régions.

Est-ce que ce montant permet de financer l’ambition du projet de la Commission von der Leyen ?

La clé du budget in fine, ce sont les ressources propres, qui viendront directement contribuer au budget européen. Entre les pays qui disent qu’il faut un budget à 1 % du RNB européen au maximum, la Commission qui propose 1,11% et le Parlement européen qui veut 1,3 %, la vérité sera un équilibre. Mais cette situation nous oblige à avoir d’autres ressources que les contributions nationales. C’est tout le travail de négociation que nous menons, notamment autour du mécanisme d’inclusion carbone bien sûr, mais aussi de la contribution sur le plastique non recyclé ou des quotas carbone.

Quand peut-on attendre une clôture des négociations du cadre budgétaire pluriannuel pour 2021-2027 ?

C’est le président du Conseil européen, Charles Michel, qui mène les discussions désormais, en contact avec le Conseil et le Parlement européen. Notre but c’est d’avoir des conclusions au premier semestre 2020 pour ne pas prendre de retard dans la mise en place dès janvier 2021 des politiques européennes de ces prochaines années.

La relation franco-allemande est au plus mal ; comment est-il possible d’engager de grands projets européens si les deux pays moteurs ne s’accordent pas ?

Je vous rassure, la France et l’Allemagne se parlent toujours. Dans le cadre de mes fonctions, je suis aussi secrétaire générale à la relation franco-allemande, avec pour mission l’animation d’une relation concrète avec l’Allemagne. Nous avons une relation de travail très proche et je vois très souvent mon homologue et les autorités allemandes.

Et ça fonctionne ! Ce que je constate, c’est que les ministres français et allemand ont appelé récemment à la création d’un conseil européen de sécurité ; l’Allemagne, sur le Sahel, a également pris une initiative de soutien très solide.

Les consultations citoyennes ont surtout séduit les pro-européens

En France, 70 000 personnes ont participé au débat sur l’Europe durant les 7 derniers mois. Problème : les eurosceptiques ont peu pris part aux discussions.

 

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