L’appel à l’aide d’Alexandre Loukachenko à Moscou, un signe de faiblesse ?

[EPA-EFE/TATIANA ZENKOVICH]

La seule cheffe biélorusse de l’opposition à ne pas être allée en exil, Maria Kolesnikova, se montre optimiste quant à l’avenir du mouvement prodémocratie qui traverse le pays. Un article d’Euroefe.

Aux yeux de la cheffe de l’opposition Maria Kolesnikova, Alexandre Loukachenko a fait preuve de faiblesse en demandant l’aide du Kremlin à plusieurs reprises.

« En brandissant une kalachnikov, il tente de nous montrer qu’il est puissant, mais tout le monde sait que ce n’est pas le cas », a indiqué Mme Kolesnikova dans un entretien avec Euroefe.

En réalité, d’après la cheffe de l’opposition, les images affichant M. Loukachenko avec une mitraillette lors d’une inspection des unités militaires déployées près de la frontière produisent l’effet inverse de celui escompté.

« La population biélorusse est prête pour un marathon de manifestations », a-t-elle mis en garde, faisant référence aux 100 000 protestataires qui ont déferlé pour la troisième fois consécutive dans les rues de Minsk le dimanche 30 août, et ce, malgré les menaces de violence policière.

La semaine dernière, le président russe Vladimir Poutine a approuvé la création de forces de l’ordre communes entre les deux pays, pouvant être déployées sur le territoire biélorusse si nécessaire.

« Alexandre Loukachenko s’est tourné vers un voisin pour demander de l’aide. Mais, l’ingérence d’un pays dans les affaires internes d’un autre constitue une infraction », a souligné Mme Kolesnikova.

En outre, elle réfute les « obligations politiques » ancrées dans les liens bilatéraux entre Minsk et Moscou : ni l’Union de la Russie et de la Biélorussie ni l’Organisation du traité de sécurité collective ne justifient une intervention étrangère.

Pour la figure de proue de l’opposition, dans sa déclaration, Vladimir Poutine appelle subtilement le gouvernement à Minsk à tenir compte du message relayé par les manifestations.

« Tout le monde ne semble retenir que la première partie des propos du président russe, alors que la deuxième partie est bien plus essentielle. Vladimir Poutine indique que si la population envahit les rues, c’est qu’elle n’est pas contente. Il faut alors l’écouter afin de trouver un compromis. »

Néanmoins, au lieu d’écouter son peuple, M. Loukachenko vole en hélicoptère au-dessus des protestataires, s’entretient avec les forces antiémeutes, et qualifie les manifestants de « rats ».

La clé du succès de ces manifestations réside en la volonté de l’opposition à lancer des actions pour changer le pays et non à en prendre les rênes, un travail de longue haleine.

« Nous ne voulons pas nous battre pour accéder au pouvoir, nous ne sommes pas un parti politique », a-t-elle maintenu, des propos en référence au Conseil de coordination pour le transfert de pouvoir dirigé par l’ex-candidate à la présidentielle désormais en exile, Svetlana Tikhanovskaya.

L’organisme a été déclaré anticonstitutionnel par les autorités biélorusses.

Aux yeux de Maria Kolesnikova, trois objectifs unissent les citoyens biélorusses : la tenue de nouvelles élections, la libération de prisonniers politiques et l’ouverture d’une enquête sur les actes de violence et les meurtres présumés de prisonniers.

« Nous savons que nous formons une majorité, et notre sens moral a complètement changé. Désormais, le peuple biélorusse est digne et il entend être respecté. Ce sentiment de liberté ne peut être sapé d’une quelconque façon. »

« Il est difficile d’envisager des plans sur le long-terme, étant donné que la situation en Biélorussie change de jour en jour. »

Bien que Conseil de coordination pour le transfert de pouvoir ne dispose pas de feuille de route particulière, ses représentants n’ont pas perdu de temps : ils ont rapidement lancé une campagne appelant au changement.

Musicienne de formation, Mme Kolesnikova est la dernière figure présente à Minsk de la troïka entièrement féminine anti-Loukachenko.

Svetlana Tikhanovskaya et Veranika Tsapkala sont toutes les deux parties en exil à la suite des élections présidentielles controversées du 9 août qui ont proclamé M. Loukachenko grand vainqueur avec 80 % des suffrages, selon la commission électorale.

« Chacun comprend ce qui se passe, les autorités tentent de nous faire plier sous la pression. Cependant, elles n’y parviendront pas. »

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