Biélorussie. « On est déjà dans l’après-Loukachenko »

Des femmes biélorusses et militantes de l'opposition résistent à la tentative de la police de les arrêter, alors qu'elles se sont rassemblées pour soutenir leur leader actuel Maria Kolesnikova, à Minsk. [EPA-EFE/STRINGER]

Ignorant les manifestations de masse qui se succèdent chaque dimanche, le régime du président Alexandre Loukachenko tente de décapiter l’opposition en expulsant ses leaders de Biélorussie, les uns après les autres. Pour Anna Colin-Lebedev, spécialiste des sociétés post-soviétiques (Paris-Nanterre), quoi qu’il fasse, l’autocrate ne regagnera jamais la légitimité qui lui a permis de gouverner 26 ans. Une interview de notre partenaire Ouest-France.

L’opposant biélorusse Maxim Znak a été arrêté à son tour mercredi 9 septembre par des hommes en civil, masqués, deux jours après l’enlèvement dans des conditions similaires de Maria Kolesnikova, une autre figure de l’opposition au président Loukachenko. Des sept membres du Conseil de coordination de l’opposition, seule la Nobel de littérature Svetlana Alexievich reste libre. Tous les autres ont fui à l’étranger ou été contraints de le faire.

Pour Anna Colin Lebedev, spécialiste des sociétés post-soviétique, cela ne saurait masquer le profond isolement de l’autocrate, au pouvoir depuis 26 ans.

Alexandre Loukachenko espère-t-il résoudre la crise en expulsant du pays toutes les figures de l’opposition ?

Depuis le début, Loukachenko n’a aucune volonté de dialoguer. Il veut marginaliser l’opposition. Il y a une répression classique, avec des arrestations et des condamnations, et désormais une stratégie d’expulsions du territoire national des leaders de l’opposition. En les éloignant plutôt qu’en les arrêtant, l’idée est de ne pas en faire des martyrs, de les rendre moins dangereux, moins capables de mobiliser en dehors de la diaspora. Cette stratégie a plutôt bien fonctionné.

Mais clairement, Loukachenko n’a pas conscience qu’il est face à un mouvement de contestation inédit dans sa composition et son fonctionnement. La décision de Maria Kolesnikova de déchirer son passeport pour empêcher son expulsion vers l’Ukraine déstabilise le pouvoir, qui ne sait pas quoi faire d’elle.

Avec 100 000 Biélorusses dans la rue pour le 4e dimanche consécutif, la mobilisation ne faiblit pas. Peut-on imaginer que Loukachenko accepte finalement de négocier ?

Le régime est une verticale du pouvoir avec des exécutants interchangeables. Loukachenko n’envisage pas d’alternative. Il se voit comme le seul capitaine à bord. Il n’a laissé aucune figure politique émerger avec qui il pourrait négocier.

Souvent, les autocrates sont débarqués par des proches qui veulent sauver leurs propres intérêts…

Peut-être que certains y pensent. Mais impossible de l’affirmer car le premier cercle du pouvoir est totalement opaque. Il est très difficile de savoir ce qu’il s’y passe. En revanche, on sait qu’il y a une évolution de la loyauté dans la hiérarchie intermédiaire du régime : des directeurs d’usine, des recteurs d’université, des chefs des organes de sécurité font part de leurs dilemmes.

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