Corina Cre?u : « Je vais supprimer les investissements de luxe » de l’UE

Corina Cre?u [European Commission]

Corina Cre?u [European Commission]

La social-démocrate Corina Cre?u, nouvelle commissaire à la politique régionale compte supprimer le financement des projets ‘de luxe’, qui ne sont pas absolument nécessaires, comme les centres de fitness et de spa », a-t-elle annoncé lors d’un entretien exclusif avec EURACTIV Roumanie. 

La Roumaine Corina Cre?u a été journaliste et porte-parole du président roumain Ion Iliescu, puis est devenue eurodéputée pendant presque huit ans. Avant d’être nommée commissaire, elle a occupé la fonction de vice-présidente du Parlement européen. 

Que pensez-vous du vote en faveur de la Commission Juncker par le Parlement européen? Croyez-vous que la position des eurosceptiques aura un impact sur votre collaboration avec les eurodéputés ?

Les 423 votes en faveur de la Commission constituent un bon résultat, surtout venant d’un Parlement comptant plus de 150 eurosceptiques. 

C’est le vote des Verts qui m’a réellement surpris, ainsi que celui des libéraux,alors qu’ils avaient exprimé de vives critiques la veille du vote, ils ont finalement soutenu cette nouvelle Commission.

Je ne pense cependant pas que cela affectera la collaboration entre le Parlement et la Commission. Comme je l’ai déjà dit lors de mon audition, je travaillerai avec tous les partis et je compte vraiment informer et inviter les eurodéputés de toutes les régions à se joindre à la délégation et à participer au débat. Nombre de membres de la commission du développement régional viennent du secteur public et connaissent donc la situation sur le terrain, c’est pourquoi la collaboration avec tous les groupes politique est tellement importante.

Le résultat du vote au Parlement est donc très satisfaisant et pour la première fois depuis 15 ans, la Commission va pouvoir commencer son mandat à temps. Nous sommes tous impatients de commencer, il y a tant de choses à faire.

Concrètement, qu’allez-vous entreprendre durant les premières semaines ?

Nous sommes actuellement en passe de signer l’accord de partenariat avec les États membres pour les Fonds structurels européens sur la période 2014-2020. Le commissaire sortant Johannes Hahn souhaite que l’ensemble des programmes opérationnels soient signés avant la fin du mois d’octobre, mais je doute que cela soit possible.

Nous commencerons ensuite les négociations sur les programmes opératinnels. Il s’agit d’un processus très important puisque chaque État devra, via ces programmes, réagir au nouveau cadre législatif.

Ma première priorité sera de créer de l’emploi, afin de répondre aux besoins des citoyens. Nous analyserons donc chaque programme en fonction de ce critère. Il y a plus de 300 programmes à mettre en place d’ici 2020 et je compte en finaliser environ 150 d’ici la fin de l’année [2015]. Cela dépendra cependant également des États membres et de la qualité des programmes qu’ils proposeront.

Comment comptez-vous éviter la perte des fonds européens pour la période 2007-2013, étant donné qu’ils ne seront plus disponibles après 2015 ?

Cinq États membres, dont la Roumanie, ont dépensé moins de 50 % des fonds disponibles. J’entends mettre sur pieds un groupe de travail afin d’aider ces pays à profiter pleinement de la manne européenne. Je sais qu’ils ont tous des projets ambitieux, mais je ne suis pas certaine qu’ils arriveront à réaliser plus de choses en un an que durant ces sept dernières années.

Dans tous les cas, nous tentons de mettre en place une série d’instruments d’assistance technique, ce qui inclut l’envoi de spécialistes sur le terrain. Il est important que ces fonds soient utilisés par les États, sinon ils seront perdus. Il est également important de dépenser ces fonds dans les pays les moins développés au sein de l’UE. 

Je viens moi-même d’un pays dont sept des huit régions figurent parmi les moins développées de l’UE, je considère donc comme une obligation morale de me concentrer sur les pays qui ont le plus besoin des fonds européens.

Je n’accepterai cependant pas que cet argent soit gaspillé. Il ne faut pas que l’obligation de dépenser ces fonds d’ici la fin de l’année 2015 passe avant nos exigences de qualité quant aux programmes financés. 

Selon moi, nous devons également dynamiser notre communication. Je suis sûre que nombre des bénéficiaires, ou bénéficiaires potentiels, connaissent bien les règles et les procédures d’accès aux fonds, qui ont été simplifiées.

L’amélioration de la communication en ce qui concerne le rôle de la politique régionale et les bénéfices qu’elle peut apporter à la vie de chaque citoyen européen est l’une de mes priorités. Nous devons encourager les États membres à utiliser les instruments disponibles : l’assistance technique, les formations professionnelles et les instruments financiers mis à leur disposition par la Banque européenne d’investissement.

Les PME doivent être également prioritaires. À ce jour, nombre d’entre elles évitent de faire appel à des fonds européens. Il existe cependant des instruments financiers, comme Jaspers ou Jasmine, qui pourraient leur être d’une aide précieuse.

Quels sont vos conseils aux États membres à l’aube du nouveau cadre financier pour 2014-2020 ?

D’un côté, le nouveau règlement pousse à la simplification des procédures et, de l’autre, l’aspect de contrôle est très important. Il faut améliorer les capacités administratives des États membres.

Entre 2007 et 2013, 7 % de l’ensemble des cas ont révélé des irrégularité, dont seulement 1 % étaient de cas de fraude, le reste étant des erreurs, résultat de la faiblesse de l’administration. Les États doivent être conscients qu’il s’agit d’une faiblesse. Je voudrais insister sur le fait que le rôle de la Commission, et le mien, ne sont pas de punir quand des erreurs sont commises, mais de faciliter, grâce à l’assistance technique, l’accès aux fonds européens. Cela dit, les États membres sont responsables de la mise en place des stratégies européennes au niveau national.

Les autorités roumaines se sont plaintes de l’organisation du système de consultation du secteur privé, des partenaires sociaux et des autorités locales. Comment améliorer le système de consultation, selon vous ?

Il sera absolument nécessaire, pour cette période 2014-2020, de consulter tous les partenaires locaux, à toutes les étapes du processus, et ce de l’élaboration des programmes à leur mise en œuvre et à leur évaluation. Il est essentiel que les autorités locales et régionales puissent jouer un rôle plus significatif à ce sujet. Certains pays ont plus d’expérience en matière de consultation et d’engagement de la société civile ou des ONG. C’est pourquoi nous pensons à instaurer certains instruments d’échange de bonnes pratiques. Je compte donc me rendre dans le plus de régions possible, afin de lancer le dialogue.

Vous avez dit que la qualité des programmes restera plus importante que la vitesse d’absorption des fonds. Concrètement, qu’est-ce que cela veut dire ?

La Commission européenne a défini 11 objectifs thématiques qui doivent être pris en compte par les États membres dans l’élaboration de leurs priorités en termes d’investissements. Dans le cadre des programmes opérationnels qui nous seront soumis, nous évaluerons le niveau d’impact de ces objectifs et la façon dont, dans ce contexte, la croissance et l’emploi seront encouragés.

En tant que social-démocrate, je compte supprimer le financement des projets ‘ de luxe ‘, qui ne sont pas absolument nécessaires, comme les centres de fitness et de spa.

Mais il faudra faire du cas-par-cas. Par exemple, dans un village déserté de Pologne, des fonds européens ont été débloqués pour la rénovation d’un château et la construction d’un spa. Il est vrai que cet investissement a permis de redynamiser le village, mais, d’une manière générale, nous devons supprimer ce genre d’investissement qui relève du luxe. Nous ne pouvons pas nous les permettre. Nous donnerons la priorité aux besoins les plus criants et tiendrons compte du fait que des millions de personnes sont sans emploi. Nous analyserons les projets au cas par cas, en donnant la priorité à l’innovation, à la recherche et aux PME.

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