Rainer Wieland: « Les conditions sont idéales pour le fédéralisme européen »

Rainer Wieland

Les conditions actuelles sont idéales pour rapprocher l’UE d’un État fédéral, estime Rainer Wieland, eurodéputé PPE et vice-président du Parlement européen. Un article d’Euractiv Allemagne.

Rainer Wieland (Parti populaire européen) est l’un des vice-présidents du Parlement européen et président de l’Union allemande des fédéralistes européens.

En tant que président de l’Union allemande des fédéralistes européens, vous souhaitez que l’Europe évolue vers un État fédéraliste. Cet objectif est-il rendu plus tangible par l’arrivée au pouvoir de la coalition « Jamaïque » (démocrates-chrétiens, libéraux et Verts) en Allemagne ?

Pendant la campagne électorale, il s’est passé quelque chose d’étonnant. Nous avons probablement assisté à l’élection la plus européenne jamais menée, mais ce n’était pas toujours visible. On aurait dû parler davantage d’Europe. D’un autre côté, tout le monde est d’accord sur le fait que les questions dominantes, comme la sécurité interne, la lutte contre le terrorisme ou la politique migratoire, ne pourront être abordées que via « plus d’Europe ».

L’Europe a donc toujours été présente, même si c’était plutôt caché. Je pense que cela sera plus clair à présent. Avec le SPD, l’opposition devient beaucoup plus favorable à l’intégration européenne. Et nous aurons un gouvernement fondamentalement pro-européen, même s’il reste des questions difficiles à régler. Je pense cependant qu’en ce qui concerne les grandes questions européennes, il y aura un accord positif et que ces sujets seront examinés avec tout le sérieux nécessaire.

Aujourd’hui, nous avons une base idéale pour l’approfondissement de l’intégration européenne, particulièrement grâce à des initiatives françaises. Nous devons nous emparer de cette occasion.

Le FDP (libéraux) s’est très clairement positionné sur certaines questions européennes avant les élections. Christian Lindner, qui dirige le parti, préfèrerait ainsi voir la Grèce exclue de l’euro. Une telle mesure contribuerait-elle à la stabilisation ou constituerait-elle une régression ?

Il s’agit certainement d’un point essentiel, sur lequel les négociations de coalition seront loin d’être faciles, mais je suis convaincu qu’un compromis sera trouvé. Il faudra notamment faire avec la position adoptée dans le passé : que le soutien à la Grèce doit être poursuivi et le pays gardé au sein de la zone euro, si les Grecs continuent à faire des efforts importants, même si les réformes ne sont pas assez rapides.

Le FDP et le CSU auront également du mal à trouver un accord sur les transferts financiers compensant les balances commerciales non équilibrées. Sans ces transferts, pensez-vous que la stabilisation de la zone euro puisse se pérenniser ?

Il faut s’accrocher au principe de « solidarité contre solidité fiable ». Ici, en Allemagne, il nous a aussi fallu du temps pour trouver une solution aux différents niveaux de développement des régions. Au niveau européen, ce n’est pas différent. Nous devons accepter que certains États membres ne seront pas riches à moyen terme, mais cela ne nous empêche pas, nous, Européens, de vouloir avancer ensemble.

Le Portugal, par exemple, ne sera pas en mesure de sécuriser ses frontières externes de la manière que nous espérons. De la même manière, tous les pays ne seront pas capables de mettre en place la troisième phase du nettoyage des stations d’épuration au même moment. Il s’agit là d’entreprises coûteuses, pour lesquelles les États plus faibles doivent être soutenus, au nom de l’intérêt général. De la même manière que les municipalités plus faibles du Bade-Wurtemberg, par exemple, reçoivent l’aide de l’État pour atteindre certains objectifs.

C’est un principe que les gens approuvent s’il est bien expliqué et mis en place de manière raisonnable. Ce que les gens ne veulent pas, c’est de l’argent investi dans d’autres pays qui est en réalité gaspillé.

Peu après les élections allemandes, Emmanuel Macron a présenté son initiative pour une plus grande intégration européenne. Il a insisté sur un budget et un ministre des Finances pour la zone euro. Pensez-vous que ces demandes aillent dans le sens d’un État fédéral européen ou estimez-vous que l’intégration réservée à la zone euro ne mène à davantage de division ?

Les impulsions données par la France sont une bonne chose. L’Allemagne doit à présent examiner ces propositions, afin que nous trouvions un moyen d’avancer ensemble. Au final, les propositions d’Emmanuel Macron mèneront à une plus grande intégration, c’est positif.

Cependant, je pense aussi que le temps des grands titres est fini. Nous ne nous sommes pas rendu service en nous échinant sur des termes symboliques comme « euro-obligation » ou « europarlement », dont l’adoption ne mène qu’à une satisfaction superficielle ou à un rejet réfléchi. Au final, cela dépend du contenu.

Un commissaire au budget [de la zone euro] ne doit pas absolument porter le titre de « ministre » des Finances. Cela dépend de ces compétences. S’il dégage ses propres ressources de la taxe sur la valeur ajoutée, nous pourrions nous épargner la querelle constante sur le cadre financier pluriannuel. Le FDP pourrait certainement être convaincu.

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