Giuseppe Conte sur l’Europe : « L’approche minimaliste a fait son temps. Pensons aux jeunes »

Le Président du Conseil italien, Giuseppe Conte. [EPA-EFE/CHIGI PALACE PRESS OFFICE / FILIPPO ATTILI / HANDOUT HANDOUT EDITORIAL USE ONLY/NO SALES]

Pour le présient du Conseil des ministres italien, Giuseppe Conte, l’UE est à un moment charnière de son histoire : éprouvée par la crise sanitaire, elle devra innover et faire preuve d’ambition pour en sortir grandie, explique-t-il dans un entretien exclusif accordé à Euractiv.it.

Giuseppe Conte préside le Conseil des ministres italien depuis juin 2018.

L’apport de 1 100 milliards d’euros de la Banque centrale européenne (BCE) et la dérogation à la disposition sur la clé de répartition du capital pour l’achat d’obligations d’État constituent une protection pour la dette publique italienne. Cela montre-t-il qu’ensemble nous sommes plus forts et qu’aucun État membre ne peut y arriver seul ?

La BCE n’agit pas pour protéger les États individuels, mais pour assurer la stabilité financière et le bon fonctionnement de la politique monétaire dans la zone euro. Tous les États membres profitent de son action. Le fait de faire partie de l’euro a contribué à protéger notre épargne et à mettre l’Italie à l’abri de la spéculation financière.

Il est cependant juste de relever que la politique monétaire n’est que l’un des piliers sur lesquels nous pouvons nous reposer. L’Union monétaire implique un lien encore plus étroit entre ses États membres que celui qui unit les pays de l’UE, nous devons donc obligatoirement agir de manière coordonnée, y compris en matière de politiques budgétaires.

La pandémie met en exergue le contraste entre la rapidité de réaction des institutions communes, telles que la BCE et la Commission, et la paralysie des institutions intergouvernementales, tributaires des vetos nationaux. L’Italie soutient-elle la Commission, qui propose de renoncer à l’unanimité pour adopter le vote à la majorité qualifiée en matière de fiscalité et de politique étrangère ?

L’Italie, comme d’autres pays, a pris conscience qu’il était nécessaire de réfléchir aux moyens de rendre le processus décisionnel du Conseil encore plus efficace, et ce avant même la pandémie, dans le cadre de la préparation de la Conférence sur l’avenir de l’Europe, par exemple. La crise provoquée par le COVID-19 a montré encore plus clairement à quel point il était nécessaire que le Conseil soit en mesure de répondre par des décisions rapides et efficaces aux défis qui frappent notre continent au cœur.

Un plan de relance massif pour faire face à la pandémie

Les dirigeants européens ont mandaté la Commission européenne pour qu’elle conçoive le plan de relance destiné à faire face à la profonde crise économique que le coronavirus va provoquer en Europe.

Les gouvernements nationaux ont échoué dans leur tentative d’élaborer un plan de relance commun et ont demandé à la Commission de s’en charger. Qu’en attendez-vous ?

Je tiens à souligner que c’est un succès que nous discutions de la manière de financer conjointement le plan de relance. Avant que nous exigions qu’il soit mis sur la table, le sujet n’était même pas évoqué. S’il ne s’agissait pas d’une mesure qui suscite d’importantes résistance de la part de certains pays, la forte pression que l’Italie – avec d’autres pays membres – a exercée au sein de l’Eurogroupe et du Conseil européen, n’aurait pas été nécessaire. Bien sûr, les avis divergent. Le Conseil européen du 23 avril dernier a donné à l’unanimité un mandat clair à la Commission pour qu’elle propose un plan de relance économique ambitieux, en soulignant sa nécessité et son urgence.

Nous attendons cette proposition, que la Commission européenne présentera dans quelques jours. Les fonds seront probablement pleinement opérationnels et gérés dans le cadre du budget européen, mais la position italienne est claire : le programme doit être ambitieux en termes de ressources collectées sur les marchés, il doit en priorité financer les secteurs et les pays les plus touchés par la pandémie, il doit prévoir la mise à disposition d’une partie des fonds avant janvier 2021 (ce qu’on appelle le frontloading). Sur ces aspects, la position italienne coïncide avec celle de nombreux autres États membres.

Les États membres se disputent sur la manière de financer un plan de 1000 à 1 500 milliards d’euros supplémentaires. Comment avez-vous personnellement vécu les affrontements avec le Premier ministre néerlandais, Mark Rutte, au Conseil européen ?

Nous pensons que l’Europe est confrontée à un moment historique et qu’une décision ambitieuse et courageuse est non seulement opportune mais nécessaire aujourd’hui. Et je ne dis pas cela du point de vue de l’Italie, je le dis aussi du point de vue de l’Union. Nos économies sont intimement liées. Mon désaccord avec M. Rutte est fondé sur ma conviction que nous ne pouvons pas réagir à cette crise en suivant le droit fil de 2010. Il s’agit maintenant de regarder vers l’avenir et de ne pas répéter les erreurs du passé.

Le Premier ministre italien appelle l'UE à émettre des « obligations corona »

Giuseppe Conte, le Président du Conseil italien, a appelé les dirigeants européens à prendre des mesures extraordinaires et à envisager l’émission d’une dette commune au niveau de l’UE, afin d’aider l’économie européenne à se relever de la crise du coronavirus.

Emmanuel Macron propose une Europe « souveraine », en particulier sur le plan économique. Pour l’Allemagne, cela implique le lancement simultané de l’union politique, c’est-à-dire l’amorce d’un parcours vers l’européanisation de la force de frappe et du siège français à l’ONU. Quelle est la position de l’Italie ?

Je pense qu’une crise comme celle du COVID-19 impose une actualisation du débat entre les États membres. Ils doivent s’interroger sur le type d’Union qui permettra d’en préserver les piliers, comme le marché unique et Schengen, et les principes fondamentaux, comme la solidarité. Aujourd’hui, il nous faut à la fois protéger les principes et les piliers de l’Union européenne telle que nous la connaissons depuis des décennies, et constater que, sans une intégration plus poussée, l’Union européenne risque de ne pas être compétitive et résiliente en tant qu’acteur mondial. J’ajoute que ces questions exigent une contribution de tous les États membres et cette crise confirme qu’elles ne peuvent plus être ajournées au nom d’une approche « minimaliste » de l’Europe.

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