« Il faut partager le fardeau de l’immigration »

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Le Parlement européen a voté un rapport appelant les États membres à faire preuve de solidarité dans la crise migratoire liée aux révoltes arabes. Son rapporteur, l’italien Fiorello Provera, du groupe Europe Libertés Démocratie, a répondu aux questions d’Euractiv.fr.

Votre rapport est ambitieux, vous plaidez pour une politique commune de l’immigration. Mais les États membres peuvent-ils se mettre d’accord sur un sujet aussi délicat ?

L’ambition de ce rapport est de faire comprendre quel est le rôle et l’importance de la politique étrangère des États membres et de l’UE pour prévenir les flux d’immigration, surtout de grandes dimensions. 

Pour cela, il faut d’abord comprendre quelles en sont les racines. Dans les situations d’urgence, la plupart des immigrés veulent quitter leur pays pour améliorer leur qualité de vie.

Mais les véritables racines de l’instabilité sont tout d’abord les tensions interethniques ou religieuses, ou les situations de guerre.  

La deuxième raison tient à l’absence de démocratie, du respect des droits de l’homme et des libertés économiques ou civiques. 

En l’absence de tous moyens institutionnels pour comprendre le malaise du peuple et le porter au niveau supérieur, c’est la révolte, et donc la fuite. 

Mais il ne faut pas non plus oublier la corruption, qui dérègle le marché. En Tunisie par exemple, on ne pouvait pas investir sans avoir l’accord de la famille Ben Ali, à qui l’on versait un pot-de-vin.

La dernière cause de ces vagues migratoires est le changement climatique, qui entraîne la désertification d’une large partie de l’Afrique, par exemple.

Avoir une politique d’immigration commune veut donc dire avoir une approche globale de la politique étrangère  : c’est-à-dire une politique économique et financière pour aider au développement, ainsi qu’une politique institutionnelle pour favoriser la démocratie.

A court terme, que peut faire l’Europe pour gérer la question de l’afflut d’immigrés qui arrivent à Lampedusa, en Italie?

Il faut faire face à cette situation d’urgence en se « partageant le fardeau ». La situation de Lampedusa, où 12 000 personnes sont arrivées sur une île minuscule en trois nuits, sachant qu’elle compte 6000 habitants, est impossible à gérer. 

Il faut partager le fardeau et envoyer un message très clair à ces populations. Les personnes qui viennent de situations de guerre, dont la vie est menacée, doivent être considérées comme des réfugiés politiques. 

En revanche, si des jeunes Tunisiens veulent immigrer pour améliorer leur vie, c’est autre chose. Actuellement en Tunisie, il n’y a plus de dictature, la situation est donc optimale. 

Selon vous, tous les Tunisiens qui arrivent à Lampedusa ou dans le Sud de la France doivent donc être renvoyés chez eux ?

Oui, c’est un peu ça. Mais l’Italie ne doit pas tout gérer seule. Le pays connaît une crise économique et sociale très grave. Les immigrés ont un taux de chômage encore plus élevé qu’en France. Le message est le suivant  : « nous avons des quotas et, en dehors de ces quotas, nous n’avons pas de place pour d’autres ». En Italie, la clandestinité est un crime. 

Que pensez-vous de l’attitude de la France, qui renvoie les immigrés tunisiens à Vintimille, en Italie?

Je sais très bien qu’il y a des problèmes de chômage en France, comme en Italie. Néanmoins, il faut chercher à s’entraider. Et, si la France pose des limites, celles-ci doivent être les mêmes pour tous. 

Dans votre rapport, vous indiquez que Frontex ne peut pas être l’instrument principal pour faire face aux flux d’immigrés…

L’agence Frontex n’a pas assez d’argent, de moyens et d’hommes. Il faut la renforcer et coordonner les actions entre pays. Aujourd’hui, c’est l’Italie seule qui a cette tragédie de Lampedusa sur le dos. 

Selon la France, c’est à Bruxelles de faire des propositions pour gérer le problème de l’afflux d’immigrés de Tunisie. Partagez-vous ce point de vue?

C’est facile de toujours chercher à reporter la responsabilité sur les autres. 

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