Les chefs d’entreprise s’interrogent sur la capacité à réformer de Macron et Merkel

Bob Moritz [PwC]

L’Europe est au cœur du Forum économique mondial le 24 janvier, alors que le président français, Emmanuel Macron, et la chancelière allemande, Angela Merkel, se rendent à Davos. Mais le scepticisme règne quant à leur capacité à faire avancer l’intégration européenne.

Bob Moritz est le président de PwC international.

Dans votre sondage des PDG, vous vous dites surpris de l’optimisme des chefs d’entreprise vis-à-vis des perspectives mondiales. Etiez-vous surpris de leur négligence des risques existants ?

Les chefs d’entreprise sont conscients des nombreux risques et du climat d’incertitude qui règne. Je pense qu’ils ont néanmoins développé un degré de résilience pour gérer ces risques ou penser aux scénarios pour réagir plus vite et avancer.

Prenez l’Espagne par exemple. La situation en Catalogne est un bon exemple de scénario pas du tout prévu. Ca a créé beaucoup de perturbations. Que s’est-il passé ? De nombreuses sociétés ont déplacé leur siège social, ont rapidement réagi et finalement bien géré cette crise. Leur capacité à réagir rapidement et leur résilience et agilité leur donnent de la confiance qui les prépare à faire face à l’avenir, quoi qu’il arrive.

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Votre enquête indique que les PDG espagnols font partie des plus optimistes, malgré les conséquences de la crise catalane sur leur confiance et les perspectives de croissance. Comment expliquez-vous cela ?

Les organisations espagnoles ont fait beaucoup d’efforts de transformation pour être prêtes pour la révolution numérique, par exemple.

Par ailleurs, l’Espagne, comme nous le savons, est fortement connectée à la communauté latino dans le monde, ce qui représente de grandes opportunités. L’optimisme aux États-Unis, au Mexique et en Amérique latine est une occasion pour eux de continuer à voir les choses de manière positive, quoi qu’il se passe en Espagne.

Enfin, le leadership est tel que, même si la situation en Catalogne est inquiétante aux yeux des politiques et des électeurs, elle n’a pas un si gros impact sur la consommation et l’emploi. Et ça rassure.

En ce qui concerne la réforme de la zone euro, la chancelière allemande Angela Merkel et le président français Emmanuel Macron réussiront-ils à renforcer la zone euro et à avancer sur l’intégration européenne ? Ou ignoreront-ils les problèmes de l’UE ?

Un peu des deux. Il est clair qu’Angela Merkel est une force sur laquelle l’UE doit compter. Quant à Emmanuel Macron, qui est nouveau dans l’arène, il est très probable qu’il soit source de changements. Les chefs d’entreprise sont donc impatients de voir ce que cela signifie.

En réalité, l’Allemagne et la France ont besoin l’une de l’autre, et cela a des conséquences ce qui se passe à Bruxelles. Les deux pays vont devoir travailler ensemble. La question est donc : en sont-ils capables ? Le scepticisme est fort à ce sujet.

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La moitié des chefs d’entreprise interrogés pensent que la mondialisation ne bénéficie qu’à une minorité. Vous dites qu’ils sont prêts à agir. Pourquoi ne l’ont-ils pas encore fait malgré les inégalités croissantes ?

Les inégalités perdurent, mais au moins les PDG commencent à agir au vu de la quantité d’argent qu’ils investissent. Aux États-Unis par exemple, l’argent collecté avec la réforme fiscale est investi sur les employés, sur des questions sociétales. La Chine aussi essaye d’inclure davantage sa population.

Comment arriver à plus d’inclusion ? Augmenter les salaires ?

L’augmentation des salaires et davantage liée à l’économie locale. Je pense qu’une des options est de soutenir une offre plus inclusive.

L’éducation sera un facteur essentiel. Je ne pense pas que les systèmes éducatifs actuels soient assez rapides pour donner aux citoyens les compétences dont ils auront besoin à la fois en termes de sécurité de l’emploi que d’emplois eux-mêmes.

Le FMI estime que le risque d’une nouvelle crise est bien réel, et que celle-ci pourrait éclater plus tôt qu’on ne le pense. Sommes-nous au bord du gouffre ?

Il existe de grands risques, mais je ne peux pas deviner s’ils concernent l’année prochaine, ou celle d’après, ou dans dix ans. Il est sûr qu’il existe une série de risques.

Nous sommes dans un environnement de déni. Je pense qu’il y a une grande différence entre les risques et les marchés boursiers, que ces deux éléments sont déconnectés.

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Quels sont ces risques ?

La dette en est un. Les questions géopolitiques en sont un autre. La situation internationale est fragile. Il suffit que l’un d’eux n’explose. Potentiellement, il y a quelques autres éléments inquiétants. C’est pourquoi j’ai été surpris du résultat de l’enquête auprès des PDG.

Avez-vous investi dans le bitcoin ? Le conseilleriez-vous ?

Je n’ai pas personnellement investi, non. Je ne connais pas assez la situation, et je pense que je ne pourrais pas, étant donné les questions de conflit d’intérêts, etc.

Je pense que le bitcoin attire beaucoup d’attention. Il n’est pas souhaitable d’investir beaucoup là-dedans pour l’instant, mais il est intéressant d’apprendre de cette expérience. Je pense que nombre d’investisseurs n’ont pas étudié assez en détail de quoi il s’agit.

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