La problématique de la Catalogne nécessite une « solution multilatérale »

Oriol Junqueras, l’ancien vice-président catalan et leader indépendantiste emprisonné pour avoir joué un rôle dans la tentative d’autodétermination de la Catalogne en 2017.

Oriol Junqueras, l’ancien vice-président catalan et leader indépendantiste emprisonné pour avoir joué un rôle dans la tentative d’autodétermination de la Catalogne en 2017, s’est rendu à Strasbourg et Bruxelles mardi et mercredi (6 et 7 juillet). Entretien.

Après avoir passé trois ans et huit mois en prison, Oriol Junqueras a été gracié par le gouvernement espagnol au cours du mois de juin. Acteur de premier plan dans le referendum de 2017 sur l’indépendance de la Catalogne, il s’est rendu à Bruxelles mercredi (7 juillet). EURACTIV s’est entretenu avec le politique catalan, qui appelle au compromis entre les gouvernements catalan et espagnol.

Étiez-vous triste à la suite de la défaite de l’équipe nationale espagnole face à l’Italie lors des demi-finales de l’Euro 2020, mardi (6 juillet) ?

Je n’ai pas vu le match, car nous étions en route de Strasbourg vers Bruxelles. Nous avons été très occupés ces derniers jours. J’apprécie profondément l’Italie, car elle fait partie de mon bagage. En effet, j’ai toujours étudié dans le système éducatif italien. J’ai également travaillé au sein du service des archives apostoliques du Vatican. Toute ma sympathie va à l’ensemble des équipes nationales, dans ce cas-ci à l’équipe italienne.

Vous venez d’être libéré de prison. Cela vous a-t-il changé sur le plan personnel et politique ?

Je ne remarque pas beaucoup de changements. Je reste persuadé de mes convictions démocratiques et principes politiques. S’il y a bien quelque chose que j’ai appris en prison, c’est que l’on y retrouve beaucoup de qualités humaines. Il serait plus utile pour la société qu’une majorité des prisonniers soit transférée dans des centres de formation ou des programmes de travail.

Ces visites à Strasbourg et Bruxelles peuvent être perçues comme une nouvelle tentative d’internationaliser le conflit en Catalogne.

Elles devraient être interprétées comme un signe de notre engagement à l’échelle européenne et internationale. Nous sommes des républicains, un parti de centre gauche au sein du groupe des Verts/ALE au Parlement européen. Nous sommes non seulement indépendantistes en ce qui concerne nos relations avec le Royaume d’Espagne, mais également fédéralistes en ce qui concerne nos relations avec l’UE. Toutes ces positions sont compatibles.

Vous insistez sur la tenue d’un referendum en Catalogne. Le gouvernement espagnol a déclaré qu’il n’aurait jamais lieu. S’il n’y a pas de referendum, soutiendrez-vous à nouveau la voie unilatérale vers l’indépendance ?

Nous nous sommes toujours engagés sur le chemin du dialogue et des négociations. Si cela n’a pas porté ses fruits, ce n’est pas faute de notre conviction. Nous sommes persuadés que la meilleure façon d’accompagner les autres partis à la table des négociations consiste précisément à insister sur l’importance des négociations. Tout conflit politique important nécessitera toujours une solution multilatérale, car il entraînera des répercussions à de multiples niveaux. Dans notre cas, nous souhaitons former une République de Catalogne dont les liens avec l’Espagne, les institutions européennes et la communauté internationale seraient les meilleurs possible.

En résumé, écartez-vous la voie unilatérale ?

D’après moi, la solution à un conflit politique de grande ampleur est toujours de nature multilatérale.

Cet après-midi (mercredi 7 juillet), vous rencontrez l’ancien président catalan Carles Puigdemont pour la première fois depuis qu’il a fui l’Espagne en octobre 2017, et ce, pour s’établir en Belgique. Quelles sont vos relations avec M. Puigdemont ?

Nous entretenons de très bonnes relations, comme depuis toujours. Je suis impatient à l’idée de le retrouver après tant d’années.

Cela vous dérange-t-il de devoir vous rendre à Waterloo après avoir passé presque quatre ans en prison, tandis qu’il ne s’est pas rendu à Strasbourg où vous étiez hier et qu’il est député européen ?

Cela ne me dérange pas de lui rendre visite pour nous retrouver et discuter, je dirais même que c’est plutôt l’inverse : je le fais avec plaisir, peu importe la personne et l’endroit.

Y a-t-il une rivalité en Barcelone et Waterloo [là où M. Puigdemont demeure] ?

Je ne suis en conflit avec aucun démocrate. Je serais ravi de me rendre n’importe où pour m’entretenir avec tout démocrate qui le souhaite.

M. Puigdemont et vous avez défendu des positions différentes récemment, notamment sur les grâces du gouvernement espagnol. Qu’attendez-vous à ce sujet à la suite de votre réunion ?

J’attends quelque chose d’aussi simple que de se dire bonjour, partager des opinions et des réflexions. Il y a beaucoup de matière à réflexion.

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