«Les socialistes doivent construire des alliances pour gagner les prochaines élections européennes»

36761231074_f8797d6d9f_z [European Parliament/Flickr]

En Europe, les socialistes doivent davantage s’ouvrir aux forces progressistes anti-austérité et à celles qui lutte contre l’« orbánisation » du centre-droit, affirme Gianni Pittella.

Gianni Pittella dirige le groupe des Socialistes & Démocrates (S&D) au Parlement européen.

La « grande coalition » (entre S&D et PPE) est tombée, aussi bien au Parlement européen qu’en Allemagne. Quelle est la prochaine étape pour le socialisme européen ?

Notre famille doit ouvrir ses portes au mouvement anti austérité, aux démocrates qui ne veulent pas suivre l’« orbánisation » du Parti populaire européen, de centre-droit, aux mouvements de protection des droits civils et humains en Europe de l’Est. Et la porte est également ouverte aux défenseurs de l’environnement. Nous devons construire des alliances afin de remporter les prochaines élections.

Le S&D semble avoir adopté une approche plus progressiste, puisque c’est vous qui avez coupé les liens avec le PPE. La même scission peut-elle se faire au niveau national ?

Les faits montrent qu’il est nécessaire d’avoir une concurrence juste, mais claire et une nette distinction entre la droite et la gauche. Nous sommes la gauche et nous devons nous concentrer sur un programme progressiste clair pour récupérer tous les électeurs qui nous ont abandonnés parce qu’ils ne se sentaient pas protégés par nous.

Au vu des dernières élections allemandes, Wolfgang Schäuble ne sera plus dans l’Eurogroupe. Pensez-vous que la participation du parti libéral dans un gouvernement de coalition entraînera la poursuite des politiques austéritaires ou changera les choses ?

J’espère que tout le monde comprend que l’austérité était un véritable baiser mortel durant toutes ces années. Quiconque a soutenu l’austérité peut maintenant voir que le résultat de ces politiques est un désastre. La dette n’est pas réduite, le chômage a augmenté, et la démocratie est plus fragile que par le passé. Voilà les résultats des mesures d’austérité.

Vous faites partie des premiers responsables politiques européens ayant soutenu la Grèce en temps difficiles, tant du point de vue économique que migratoire. Aujourd’hui, la seconde évaluation du programme de sauvetage s’est terminée avec succès et les prêteurs emblent favorables à un troisième plan.

J’étais tout d’abord proche des citoyens et j’ai soutenu le gouvernement actuel, car le peuple l’a élu. Je n’ai pas pu accepter qu’après des années d’austérité, les Grecs soient encore frappés par des mesures économiques, surtout les plus pauvres. Quelle que soit la personne qui dirige la Grèce, je soutiendrais toujours les citoyens. C’est comme cela que nous unirons l’Europe et parviendrons à un équilibre substantiel.

Des élections internes sont organisées entre les partis de centre gauche en Grèce. Certains candidats ont insisté sur le fait qu’ils ne coopèreraient pas avec le centre droit Nouvelle Démocratie alors que d’autres laissent la porte ouverte. Que leur conseilleriez-vous ?

Je ne veux pas interférer dans les discussions internes. Je sais juste qu’un processus démocratique est en cours, qu’il y a des primaires. Je ne veux en aucun cas interférer dans ces dynamiques. Le choix revient aux dirigeants qui seront élus.

Donc vous n’insistez plus sur la nécessité d’une alliance progressiste dans le pays, comme vous avez pu le faire par le passé ?

C’est aux dirigeants locaux de décider. Je ne veux pas les remplacer. Ma ligne européenne est claire. J’œuvre à une grande alliance progressiste, étendue et ouverte.

Comment les socialistes voient la situation en Catalogne, et en Vénétie et Lombardie ?

Je pense qu’il y a deux types de clivages : l’un vient d’une région très riche comme la Catalogne, l’autre de communautés pauvres, souffrant des conséquences de la mondialisation. Ces deux clivages sapent l’unité de la démocratie européenne. Nous devons donc défendre l’unité de l’Espagne, le plein respect de la constitution. Il peut y avoir une réforme de la constitution, mais en utilisant les bons outils. Mon collègue Pedro Sánchez se bat pour mettre en place un comité au sein du parlement national qui travaillera pendant six mois pour réformer la constitution et donner plus d’autonomie aux régions, notamment à la Catalogne. C’est la bonne manière pour renforcer le pouvoir d’une région.

D’un autre côté, nous devons nous concentrer sur les peuples sévèrement touchés par la mondialisation. Des personnes qui ont perdu leur emploi à cause des progrès technologiques, qui vivent dans des zones éloignées, des jeunes qui cherchent un travail. Beaucoup de personnes souffrent dans toute l’Europe et nous devons leur donner de bonnes réponses.

La Commission veut conclure un accord commercial avec le Mercosur d’ici à la fin de l’année. Vous avez prévu de vous rendre en Amérique latine. Qu’en pensent les socialistes ?

L’accord de libre-échange UE-Mercosur est très important pour nous pour des raisons politiques. Car l’UE doit renforcer ses relations avec l’Amérique du Sud, car l’isolationnisme de Donald Trump ouvre la voie à l’Europe. Je dois néanmoins dire que certains éléments cruciaux de l’accord doivent encore être clarifiés.

On m’a fait parvenir de nombreuses inquiétudes, y compris dans mon groupe politique, sur certains points liés à l’agriculture. Ce sera difficile d’avancer sans clarifier ces points. Notre mission en Amérique latine, notamment en Argentine et en Uruguay, sera l’occasion de discuter de cela.

La commission LIBE du Parlement a voté pour une réforme du règlement de Dublin II. Les États membres auront néanmoins le dernier mot. Sont-ils convaincus de la nécessité d’une modification ?

Je pense que oui. Toute personne raisonnable devrait comprendre qu’il est injuste et inacceptable que tout le fardeau repose sur les pays de première entrée et d’accueil. Il est temps de changer ce règlement absurde et honteux. Les États membres ne pourront pas refuser cette réforme.