«Le groupe de Visegrád est en plein déclin »

Mirek Topolánek [Edvard Kožušník]

La Hongrie, la Pologne, la République tchèque et la Slovaquie se concentrent sur des objectifs communs négatifs et anti-européens, regrette l’ancien Premier ministre tchèque. Une dynamique qui fait reculer leur influence. Une interview d’Euractiv Pologne.

Mirek Topolánek est un ancien Premier ministre tchèque et ancien président du Conseil européen. Il est désormais membre du conseil d’administration et responsable des affaires publiques chez Eustream.

Vous avez quitté la scène politique en 2010. Envisagez-vous de revenir pour les élections d’octobre?

La première raison pour laquelle je ne suis pas très déterminé à revenir est que pour être efficace en politique, il faut disposer d’une base, c’est-à-dire d’un parti ou d’un mouvement. Or, je n’ai rien. La deuxième raison est qu’à l’heure actuelle, la politique en République tchèque, et dans toute l’Europe, est devenue simpliste, dépourvue de valeurs. Le populisme a pris le dessus sur les valeurs et les idéologies.

Il est très facile de surfer sur la vague du populisme, des discours xénophobes et eurosceptiques. Quand j’étais Premier ministre, j’étais moi-même eurosceptique. Mais j’ai aussi été l’un des pères fondateurs du Mouvement pour la réforme européenne avec le Parti Droit et justice (PiS), les conservateurs britanniques et d’autres partis conservateurs de centre droit. Si j’ai créé ce mouvement avec mes amis Conservateurs et Réformistes européens (CRE) du Parlement européen, ce n’était pas dans le but de détruire l’UE. J’encourageais plutôt une approche réformiste.

D’après vous, le groupe de Visegrád va-t-il dans la mauvaise direction en critiquant l’Europe?

J’ai toujours tenté d’unifier les pays du groupe de Visegrád afin que nous puissions accomplir une mission utile ensemble. La période durant laquelle j’étais au pouvoir était productive car je pouvais parler avec mes amis (Lech Kaczyński, Robert Fico et Ferenc Gyurcsány) pour unifier nos approches et nos intérêts et exprimer une opinion positive ou parfois négative sur les idées des institutions européennes. Aujourd’hui en revanche, le groupe de Visegrád semble s’unir uniquement sur des objectifs négatifs, en choisissant des sujets anti-européens. Ils ne travaillent plus comme une force positive.

Je pense que le groupe est en plein déclin. Les relations entre la Pologne et la Hongrie se sont détériorées à cause de Viktor Orbán. Cela nuit à la synergie du groupe, étant donné que le groupe de Visegrád repose en partie sur la coopération entre la Pologne et la Hongrie. La Pologne est un grand pays qui essaye toujours de jouer un rôle de puissance régionale, en s’appuyant sur ses excellentes relations avec les États-Unis et sur sa position favorable dans les institutions européennes.

À présent, la situation a changé, en raison de la politique gouvernementale polonaise contre la Russie et l’Allemagne, qui est difficile à comprendre. Malheureusement, le groupe de Visegrád a perdu sa place dans le jeu européen. La Pologne est devenue quelque peu isolée.

Katainen :«la solidarité n’est pas à sens unique »

Le vice-président de la Commission, Jyrki Katainen, rappelle aux pays du groupe de Visegrád que la solidarité qu’ils attendent de la politique de cohésion de l’UE s’applique aussi à la crise des réfugiés.

Mais le même phénomène a lieu en République tchèque, dans d’autres États membres de l’UE et aux États-Unis.

La civilisation occidentale a sûrement une tendance autodestructrice. On peut l’observer aussi bien aux États-Unis que dans l’UE. Le rêve d’unification européenne est à présent menacé, en raison d’intérêts totalement différents entre les pays. Le groupe de Visegrád n’est qu’un acteur parmi tant d’autres et il est souvent divisé en son sein. Nous nous éloignons du politiquement correct et du multiculturalisme prônés dans les années 1970.

Selon vous, pourquoi les Polonais votent-ils pour le PiS? Pourquoi soutiennent-ils Victor Orbán? Pourquoi soutiennent-ils Andrej Babis?

Ces électeurs sont stupides. Il y a peut-être une raison économique à cela. Savez-vous combien de personnes dépendent de l’argent de l’État? De la redistribution fiscale, qui comprend les transferts sociaux mais aussi les appels d’offres publics pour les entreprises privées? 60 à 70 % de la population dépend du budget public. Et une grande partie des citoyens dépendent des fonds européens. Nos populations ne veulent donc pas d’une économie libérale.

Ils espèrent au contraire recevoir des pensions de retraite plus conséquentes, de meilleurs salaires, davantage d’aides sociales. C’est pour cette raison que les citoyens ont peur de l’avenir. Les politiques menacent les électeurs avec la question de l’immigration, alors qu’en Europe centrale ce n’est pas encore un problème. Mais les gens croient en toute forme de populisme. En 1989, nous étions unis contre le régime communiste, mais après 27 ans, il est très difficile de trouver une direction commune positive.

Le groupe de Visegrád craint d'être déclassé dans une Europe à plusieurs vitesses

Les dirigeants du groupe de Visegrád ont présenté le 2 mars un programme commun sur leur contribution à la déclaration de Rome. Ils réaffirment leur idéal européen et rejettent l’idée d’une Europe à plusieurs cercles.

Vous semblez parler de l’Europe comme d’un mauvais compromis. Quelle alternative préféreriez-vous?

J’ai été eurosceptique dans le passé, mais je ne veux pas détruire l’UE. L’Allemagne est en position de force en Europe. C’est dangereux, parce que nous devons suivre les rêves allemands. Leur rêve à présent est de lutter contre le changement climatique. D’encourager tous les États membres de l’UE à poursuivre le même objectif, le même rêve. Je pense que c’est très dangereux.

Pourquoi soutenez-vous qu’après le Brexit, l’UE disparaîtra?

Le Brexit était le dernier avertissement.

Pourtant, un seul pays a quitté l’UE. Nous sommes toujours 27 pays unis. Et vous n’êtes pas sans savoir que le Royaume-Uni a plusieurs fois tenté de bloquer l’approfondissement du projet européen.

Maintenant, nous attendons simplement de voir émerger de nouveaux problèmes, avec les élections en France, en Allemagne et dans d’autres pays. Et il n’y a pas d’élite solide qui dispose d’une vision à long terme. C’est dangereux pour tout le monde car nous rencontrons des problèmes migratoires, nous sommes confrontés à des malentendus entre les États-Unis et l’Europe et nous avons des différends avec le Kremlin. La liste est bien trop longue. Il serait plus sage de s’unir, mais les intérêts nationaux prendront toujours le dessus, surtout au sein des pays de Visegrád.

D’après vous, ni le groupe de Visegrád ni l’UE n’ont de programme positif. Quelle sorte de programme pourrait permettre à l’Europe d’être plus unie après le Brexit?

Lorsque nous avons créé le Mouvement pour la réforme européenne, nous avons essayé d’identifier des moyens de réformer l’UE. Je crains que nous n’y soyons pas parvenus. C’est peut-être impossible. L’UE est désormais plus un projet politique qu’économique.

Les pays de Visegrád réclament une refonte de l’UE après le Brexit

Le sommet européen s’est poursuivi le 29 juin sans le Premier ministre britannique. La Pologne, la République tchèque, la Hongrie et la Slovaquie comptent demander une réforme complète de l’UE et de ses institutions.

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