Bulgarie : les élections européennes en guise de répétition pour les élections nationales [FR]

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Les élections européennes auront lieu en Bulgarie le 7 juin, moins d’un mois avant les élections parlementaires du 5 juillet, qui renouvelleront les 240 sièges du Parlement et pourrait changer la configuration de la coalition au pouvoir en place depuis quatre ans.

La Bulgarie élira 17 eurodéputés cette année, soit un de moins qu’en 2007. Cela s’explique par la réduction du nombre total d’eurodéputés, qui tombe de 785 à 736 pour les élections 2009, suivant les dispositions du traité de Nice. Que le traité de Lisbonne entre en vigueur en 2010, et la Bulgarie récupèrera ses 18 eurodéputés sur un total de 751. 

Des enquêtes récentes dressent un tableau plutôt morose de l’abstention attendue. Lors des premières élections européennes en Bulgarie en 2007, le taux de participation était de 28,6 %, et selon le dernier sondage Alpha Research, 30 % de l’électorat devrait aller voter cette fois-ci. 

La moyenne de la participation dans les 25 pays du sondage de 2004 s’élevait à 45,5 %.

Une « répétition générale » des élections nationales  

Les élections nationales, que l’on estime plus importantes, se déroulent moins d’un mois après le scrutin européen, et les deux campagnes se sont en réalité chevauchées. Un débat national s’est déroulé en Bulgarie sur l’opportunité de fusionner ou non les deux scrutins. Finalement, des raisons constitutionnelles ont tranché : les élections nationales ne doivent pas avoir lieu à une date avancée. 

Les élections européennes sont aussi éclipsées par une controverse consécutive à la décision de la coalition au pouvoir au Parlement national de rehausser le seuil électoral permettant de former des coalitions de quatre à huit pourcents. Cette décision est considérée comme une tentative par le BSP et le DPS (voir ci-dessous) d’empêcher les partis traditionnels de centre-droit, exsangues, d’entrer au Parlement. 

e président bulgare, Georgi Parvanov, s’est opposé à cette loi, mais le parlement a de nouveau approuvé le texte pour contourner le veto présidentiel. En dépit de cela, la cour constitutionnelle est intervenue au dernier moment, le 12 mai, pour rétablir le seuil des 4 %.

Acteurs majeurs

Le paysage politique bulgare a bien changé depuis quatre ans. De nombreux changements étaient déjà visibles lors des élections de 2007. A cette occasion, un nouvel acteur politique important est apparu : les Citoyens pour le développement européen de la Bulgarie (GERB), un parti de centre-droit dont le projet politique est bâti autour de la personnalité de Boyko Borrissov, le maire actuel de Sofia. 

Le GERB a gagné les élections de 2007 avec une faible différence (21,68 % contre 21,41 %), battant le Parti socialiste bulgare (BSP). Chaque force politique a envoyé cinq eurodéputés à Strasbourg. L’influence du GERB semble importante. Selon le dernier sondage Alpha Research, il gagnerait de nouveau les élections, avec 23-24 % des voix, suivi par le BSP avec 14-16 %. Le GERB est affilié au groupe PPE-DE de centre-droit dans le Parlement européen actuel (PE). 

Les autres acteurs principaux sont le Mouvement des droits et libertés (DPS), essentiellement un parti ethnique turc, anticipé à 7-8% selon le même sondage d’opinion, et Ataka (« attaque »), un parti nationaliste dont les résultats attendus sont proches de ceux du DPS. Lors des élections européennes de 2007, le DPS a atteint 20,26 % et envoyé quatre eurodéputés au Parlement, deux d’origine bulgare et deux d’origine ethnique turque, tandis qu’Ataka obtenait 14,20 % et trois eurodéputés. Le DPS est affilié au groupe libéral ADLE dans l’assemblée européenne, et les eurodéputés d’Ataka sont devenus indépendants après l’effondrement du groupe Identité, Tradition et Souveraineté (ITS) au PE (EURACTIV 15/11/07). 

Acteurs mineurs

Le sondage Alpha Research suggère que trois autres groupes politiques auraient une chance d’envoyer un eurodéputé chacun :

• NDSV, un mouvement politique lancé en 2001 par Siméon de Saxe-Coburg-Gotha. NDSV signifie « Siméon le second mouvement national », mais le mouvement s’est récemment renommé « Mouvement national pour la stabilité et le progrès » en conservant le même acronyme. Siméon II était l’enfant-roi de Bulgarie de 1943 à 1946. La commissaire européenne responsable de la Protection des consommateurs, Meglena Kuneva, a annoncé qu’elle mènerait la liste européenne du NDSV (EURACTIV 27/04/09). Le NDSV est affilié au groupe libéral ADLE au PE. 
• L’ordre, le droit et la justice (RZS), un parti récent non-conformiste disposant d’une plate-forme populiste anti-corruption bâtie sur la personnalité de Yane Yanev, un ancien dirigeant du Parti agrarien. 
• Une coalition bleue entre l’ancienne Union anti-communiste des forces démocratiques (SDS) et son parti rival, les Démocrates pour une Bulgarie forte (DSB), ce dernier construit autour de l’ancien Premier ministre Ivan Kostov (1997-2001). La relation entre ces acteurs est complexe, tout en sachant que le SDS est sorti affaibli de luttes intestines.

Un paysage politique en changement 

Dans l’éventualité d’une victoire du GERB aux élections nationales, il aura besoin de former une coalition, en choisissant entre le BSP, le NDSV et le DPS pour remplacer les socialistes-libéraux. Dans des déclarations récentes, le dirigeant du GERB, Boyko Borissov, a exclu la possibilité d’une coalition avec les socialistes, bien que d’après les analystes politiques une telle coalition contribuerait davantage à la stabilité que les autres combinaisons. 

Selon des sources citées par Dnevnik, le partenaire d’EURACTIV en Bulgarie, le GERB et la « coalition bleue » attendront les résultats des élections européennes avant de se décider à suivre ou non une stratégie électorale commune lors du scrutin national. 

Listes candidates 

Les Citoyens pour le développement européen de la Bulgarie (GERB) ont fait connaître leur liste le 12 mai. Au sommet, on trouve les eurodéputés actuels Rumiana Jeleva et Vladimir Urutchev. Le numéro trois est un membre de l’équipe économique du GERB, Iliana Ivanova. Le numéro quatre est Emil Stoyanov, un éditeur de média qui se trouve être le frère de l’ancien président bulgare Petar Stoyanov (1997-2002). 

Ce dernier point est considéré par la presse bulgare comme un rapprochement supplémentaire entre le GERB et le SDS, puisque les frères Stoyanov appartiennent à cette force politique. Viennent ensuite : Maria Nedelcheva, une chercheuse travaillant actuellement en France, Andrei Kovachev, un universitaire travaillant actuellement en Allemagne, et Monika Panaiotova, la dirigeante du mouvement des jeunes du GERB.

La presse bulgare s’est attardée sur l’absence sur les listes de Nickolay Mladenov, un actuel eurodéputé et membre du GERB. Des sources du parti ont expliqué que M. Mladenov s’était vu offrir un poste ministériel dans un éventuel gouvernement à dominance GERB, et l’aurait accepté. L’eurodéputée Dushana Zdravkova ne figure pas non plus sur la nouvelle liste.

Le Parti socialiste bulgare (BSP) a présenté sa liste le 14 mai. L’actuel vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères, Ivaylo Kalfin, est en tête de liste, suivi par les eurodéputés actuels Iliana Iotova, Kristian Vigenin, Evgeni Kirilov et Marusya Lyubcheva. En sixième position arrive Rumyan Russionov, le chef de l’organisation romanichelle.

La désignation de l’actuel ministre des Affaires étrangères est considérée, dans la presse bulgare, comme un signe qu’il serait candidat au poste de prochain commissaire européen bulgare.

Le Mouvement des droits et des libertés (DPS) a aussi publié sa liste, menée par les eurodéputés actuels Vladko Panayotov et Metin Kazak. Les noms suivants sur la liste sont Korman Ismailov, Iskra Mihailova et Nedjmi Ali.

A la tête de la liste du Mouvement national pour la stabilité et le progrès (NDSV) trône l’actuelle commissaire européen à la protection des consommateurs, Meglena Kuneva, suivie d’Antonia Parvanova, une actuelle parlementaire et médecin de formation, et Stanimir Ilchev, actuel parlementaire et ancien journaliste. La quatrième place de la liste, considérée comme inéligible, revient à Bilyana Raeva, la seule eurodéputée du NDSV.

Les trois premiers noms de la Coalition bleue sont Nadezhda Mihailova, un ancien ministre des Affaires étrangères (1997-2001) et ancien dirigeant du SDS, Svetoslav Malinov du DSB, et Petya Stavreva du Parti agrarien conduite par Anastassia Mozer.

Le début de la liste d’Ataka voit les trois noms des actuels eurodéputés Dimitar Stoyanov, Slavcho Binev et Desoslav Chukolov. Les autres noms sont Dimitar Taralejkov et Dantcho Hadjiev.

L’enregistrement refusé de Libertas Bulgaria 

Dix partis et trois coalitions se sont enregistrés pour les élections européennes, a annoncé un porte-parole de la commission électorale bulgare, le 13 mai. Il a ajouté qu’un seul enregistrement de coalition avait été refusé : « Libertas – Les citoyens libres ». La raison donnée est que la coalition avait omis de remettre la preuve d’un dépôt bancaire. 

La loi bulgare demande aux partis de déposer 50 000 levs (25 000 euros), tandis que les coalitions doivent fournir le double de ce montant. Un parti qui gagne plus de 1 % des voix ou, pour une coalition, plus de 2 %, récupère cet argent. Quand cette observation a été faite à Libertas, ils ont répliqué que seuls les oligarques pouvaient se permettre de tels dépôts.

Achat de voix

L’achat de voix est devenu un phénomène commun en Bulgarie ces dernières années : les personnes défavorisées, en particulier au sein de la minorité rom, vendent leurs voix pour des petites sommes d’argent. Selon une étude récente de l’Open Society Foundation, quelque 30 % de la population n’a pas écarté la possibilité de vendre leurs voix, pour des prix allant de 25 à 100 euros. 

L’étude a aussi révélé que 11 % de la population n’a pas conscience que la vente et l’achat de voix sont des crimes. 3 % de plus croient même qu’il s’agit d’une pratique européenne courante. 

Le dernier rapport  de surveillance de la Commission européenne sur la Bulgarie, exécuté dans le cadre du mécanisme de coopération et de vérification mis sur pied pour accompagner l’adhésion du pays à l’UE, a fait part de sérieuses inquiétudes sur l’achat de voix en Bulgarie. 

Le rapport cite le Centre for the Study of Democracy, qui estime les montants dépensés pour acheter des voix à plus de 200 millions de levs bulgares (plus de 100 millions d’euros). Le rapport déplore que les 294 cas enregistrés d’achat de vote n’aient résulté que sur l’imposition d’une seule amende de 1 000 levs (500 euros).


  • 20 mai 2007 


    après son adhésion au 1er janvier 2007, la Bulgarie a tenu ses premières élections européennes, envoyant 18 eurodéputés à Strasbourg. 

     

  • Avril – mai 2009 


    : les partis politiques ont dévoilé leurs listes pour les premières élections européennes à être organisées dans 27 pays membres en même temps. 

     

  • 7 juin 


    les élections européennes ont lieu en Bulgarie, alors que la campagne pour les élections nationales aura déjà commencée. 

      

  • 5 juillet 


    : élections parlementaires en Bulgarie.

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