Euroscepticisme : plus qu’un phénomène britannique

Nigel Farage's party could win more than 100 seats in parliament in the UK's 2015 general election.

Alors que le premier ministre David Cameron a promis de tenir un référendum sur l’adhésion du Royaume-Uni à l’UE, le penchant britannique pour le dénigrement de l’UE est bien affiché. Certains partis politiques d’autres États membres sont également loin d’apprécier le projet européen et leur position contre l’intégration a été renforcée par la crise économique.

Contexte

Le prix Nobel de la paix décerné à l'Union européenne n’a pas aidé à inverser la tendance à l'euroscepticisme. Avec une Europe déchirée par la crise économique, le ressentiment envers Bruxelles se manifeste de plus en plus. Bon nombre d'Européens ont accusé l'UE d'avoir provoqué la crise, pointant du doigt un échec de la monnaie unique. Ils n'apprécient pas non plus le fait que l'UE poursuive les séries de mesures d'austérité, qui ont engendré la perte de certains services indispensables aux communautés et son manque perçu de légitimité démocratique.

S'adressant au dirigeant du Parti travailliste britannique, Ed Miliband, dans le magazine New Statesman, José Manuel Barroso, le président de la Commission européenne, a mis en garde contre les conséquences éventuelles de la crise sur le moral européen : « Évidemment [l'euroscepticisme] m'inquiète... Il existe de vieux démons en Europe : le nationalisme extrême, le populisme et la xénophobie. Vous constatez qu'en temps de crise, les forces extrémistes et populistes ont de meilleures raisons de simplifier les choses à l'excès et de manipuler les sentiments. »

Selon les auteurs et politologues Robert Harmsen et Menno Spiering, le processus d'intégration européenne est cependant victime de son succès.

Dans leur livre Euroscepticism : Party Politics, National Identity and European Integration, publié en 2004, les auteurs écrivent : « L'extension des pouvoirs de l'Union européenne a proportionnellement multiplié les sources potentielles de frictions qui pourraient accroître le nombre de formes d'euroscepticisme. »

Ils font également observer que l'UE s'ouvre elle-même aux critiques à travers son modèle de puissance « douce ».

« De la même manière, la propension particulière de l'UE au débat politique "existentiel", à la révision régulière de ses traités fondateurs au milieu de discussions ainsi qu'à sa finalité et son objectif, a peut-être également contribué à alimenter une remise en question proportionnelle de cet objectif. »

Nik de Boer et Maarten Hillebrandt du Centre for Law and Governance d'Amsterdam ont affirmé que la méfiance entre les citoyens et l'UE était compréhensible.

« Les États membres de l'Union n'ont jamais vraiment cherché à impliquer leurs citoyens dans l'UE. Le débat politique sur l'objectif de l'UE et la manière de l'atteindre s'est largement déroulé à huis clos », ont-ils écrit sur BlogActiv.

Ils ont ajouté que cette situation entraînait la réticence de citoyens européens envers une intégration renforcée à travers l'organisation de référendums nationaux. Les gens sont pour ou contre l'UE, ont-ils ajouté.

Définition

Le mot « sceptique » fait référence à un membre de l'une des écoles de philosophie de la Grèce antique, ou plus spécifiquement à celle de Pyrrhon, qui croyait que la connaissance réelle était impossible.

Les eurosceptiques sont des citoyens ou des responsables politiques qui se qualifient de « sceptiques », ou critiques, vis-à-vis de l'Union. Ils prétendent qu'elle s’approprie les compétences des gouvernements nationaux et que cela menace la souveraineté des États.

Il existerait deux formes d'euroscepticisme : « dur » et « modéré ».

L'euroscepticisme « dur » s’oppose à l'adhésion à l'UE ou à son existence. Le Groupe Europe libertés démocratie du Parlement européen, dont fait partie le Parti pour l'indépendance du Royaume-Uni (UKIP), appartient à cette catégorie.

L'euroscepticisme « modéré » soutient l'adhésion à l'UE et son existence, mais se dresse contre une intégration renforcée des politiques de l'UE et contre l'idée d'une Europe fédérale. Le Groupe des conservateurs et réformistes européens, qui regroupe notamment le Parti conservateur britannique et l'Alliance de la Gauche unitaire européenne/Gauche verte nordique, peut être qualifié d'eurosceptique modéré.

L'euroscepticisme peut également être considéré comme une partie du spectre allant de l'« europhobie », similaire à la xénophobie, à une attitude sceptique saine en passant par la remise en question des croyances acceptées. En tant que telles, certaines formes de scepticisme existent dans toutes les sphères politiques.

Dans un reportage du Parlement européen sur l'euroscepticisme britannique publié en décembre 2011, des personnes interrogées, dont un ancien attaché de presse au Conseil de l’UE et un correspondant pour le Daily Express, un journal britannique particulièrement eurosceptique, ont mis en évidence ce spectre. La xénophobie et l'europhobie sont considérées comme les expressions les plus extrêmes de l'euroscepticisme. La « non?intégration », « l'euroréalisme », le « populisme », l'« ennui européen » et la critique de l'UE sont estimés comme des formes plus modérées.

Michael Shermer, rédacteur en chef du magazine Skeptic, a déclaré que le scepticisme constituait en un processus de découverte de la vérité plutôt qu'en un refus d’acceptation générale de cette dernière théorie. Un soutien irréfléchi peut donc être aussi mauvais, si pas pire, qu'un refus d’acceptation générale. C'est la raison pour laquelle les eurosceptiques et les défenseurs de l'UE essaient tous de se présenter comme « réalistes ». 

Problèmes

Grèce : l'aube de la dissidence

La création de la première société paneuropéenne, le royaume hellénistique, qui s'étendait de l'Espagne à la Russie de nos jours, revient aux Grecs. Ce peuple a également apporté à l'Europe le classicisme qui continue de définir la culture du continent deux millénaires plus tard. L'euroscepticisme, un mot dérivé du grec, prend toutefois de l’ampleur au sein de la population à l’heure actuelle.

Alors que des mesures d'austérité commandées par l'UE mettent les dépenses publiques grecques sous pression, la patience de la population atteint ses limites. Le pays a été le théâtre de vagues de manifestations, parfois violentes, au cours des deux dernières années, car les Grecs trouvent qu'ils ont très peu, voire aucun, accès aux services publics de base.

Bon nombre de personnes se demandent si l'austérité est le bon remède pour l'économie grecque, indiquant qu'un manque de nouveaux investissements paralyse la croissance. Ils préféreraient quitter l'UE plutôt que de souffrir de l'« ignominie » de ces mesures, qui représentent le prix à payer pour les renflouements en vue de maintenir l'économie grecque à flot.

« Les partenaires de la zone euro de la Grèce (surtout l'Allemagne) sont accusés de soumettre le pays à une austérité excessive et injustement punitive », a écrit George Pagoulatos dans Reinventing Europe: Desperately hanging on in Greece. « Ces sentiments ont été exploités par les extrémistes et les populistes. »

Nombreux sont ceux qui croient que l'Aube dorée est un groupe néonazi, ce que ses membres nient malgré un emblème qui ressemble à une croix gammée, des saluts du style nazi et une attitude extrêmement intolérante envers les immigrants. Le groupe s'oppose farouchement à l'UE et ses membres ont été impliqués dans un certain nombre d'incidents violents lors de manifestations contre l'austérité.

La défiance perçue vis-à-vis de l'austérité pourrait avoir contribué au succès de l'Aube dorée. Le soutien au parti ultranationaliste a atteint 14 % au cours des derniers mois, devenant ainsi le troisième parti politique en Grèce.

Le parti d'extrême gauche, Syriza, a également gagné du terrain et a adopté une position anti-UE. « Son opposition virulente au "mémorandum" et aux "politiques d'Angela Merkel" pourrait contenir des éléments de nationalisme économique », indique M. Pagoulatos. « [Syriza] rejette le nationalisme culturel et s'oppose farouchement à la xénophobie. »

Une enquête de l'Eurobaromètre au printemps 2012 révélait que le nombre de Grecs ayant une image négative de l’UE était 14 % plus élevé que celui avec une image positive. Il s'agit d'un renversement de situation évident par rapport aux deux dernières décennies. À l’époque, les Grecs qui avaient une bonne appréciation de l'UE étaient 60 % plus nombreux que ceux qui en avaient une mauvaise opinion, selon M. Pagoulatos.

France : je t’aime, moi non plus ?

À l'instar de l'Allemagne, la France occupe une place importante sur le plan géographique et politique de l'UE. Les Français, peut-être plus que tout autre peuple, ont encouragé la création de la Communauté européenne (CE) en 1957. L'homme politique français Jacques Delors est en outre connu pour avoir introduit les premières étapes vers une intégration renforcée quand il était président de la Commission européenne entre 1985 et 1994. Dans l'Hexagone, un sentiment eurosceptique est toutefois présent.

Le Front national (FN), un parti d'extrême droite actuellement dirigé par Marine Le Pen, estime que le projet européen est synonyme de casse sociale et de délocalisation. La souveraineté et l'indépendance sont des sujets sensibles pour certains Français, toujours nostalgiques de la République gaulliste.

Le Front national s'est attribué une grande partie du crédit quand la France a rejeté le traité constitutionnel lors du référendum de 2005.

Marine Le Pen avait tenu ces propos : « Il faudra bien sûr remettre à plat leurs traités européens, les traités [des partis traditionnels], ceux qui nous brident et nous condamnent à l’isolement dans une politique du laissez-passer devenue parfaitement archaïque partout ailleurs dans le monde. » Elle a également qualifié l'UE de « cheval de Troie de la mondialisation ultralibérale » et s’est peut-être contredit en la comparant à l'URSS et à « une Union soviétique européenne ».

L'euroscepticisme français est plus souvent considéré comme un type d'indifférence ou de détachement vis-à-vis de l'Europe plutôt qu'un antagonisme absolu, écrit Helen Drake dans French Relations with the European Union paru en 2005.

« Cela permet d'expliquer pourquoi un point de vue eurosceptique prononcé n’a pas encore permis aux candidats aux élections présidentielles ou aux partis politiques de remporter des voix, sauf lors des élections du Parlement européen que les électeurs placent en second plan », a indiqué Mme Drake.

Marine Le Pen n'a jamais été une candidate sérieuse aux élections présidentielles, même si le FN a récolté un nombre record de votes lors des dernières élections françaises. Elle a toutefois été élue au Parlement européen avec le slogan « L'Europe fait mal ».

Pays-Bas : revirement vis-à-vis de l'UE

Les Pays-Bas ont longtemps été considérés comme l'un des défenseurs les plus enthousiastes de l'intégration européenne. Depuis le début des années 1960 au moins, les gouvernements néerlandais ont soutenu fortement le « modèle communautaire » et le développement de structures institutionnelles supranationales, écrivent MM. Harmsen et Spiering. L'euroscepticisme n'est pas aussi prononcé aux Pays-Bas qu'au Royaume-Uni, les appels à quitter l'Europe sont en effet moins présents dans le pays de Vondel. Le ressentiment est toutefois en progression en raison d'inquiétudes quant à la contribution nationale nette au budget de l'UE.

Geert Wilders, dirigeant et fondateur du Parti pour la liberté (nationaliste de droite) accentue ce ressentiment. L’un des éléments centraux de la campagne de M. Wilders consiste en l'abandon de l'euro, la réintroduction du florin néerlandais et finalement une sortie de l'UE.

Quand son parti a perdu 11 sièges parlementaires lors des dernières élections, il a dit qu'il continuerait à se battre « pour protéger les Pays-Bas de l'Europe, de l'immigration de masse et du super-État. Le gouvernement dirigé par Mark Rutte a chuté en avril 2012 après le refus de Geert Wilders de soutenir d’autres réductions du secteur public en ajoutant qu'il n'était pas d'accord avec les « diktats européens » qui imposaient au pays de réduire son déficit.

Selon des experts, ses opinions contre l'immigration et contre l'Europe ont contraint les partis traditionnels à devenir plus eurosceptiques, tout comme le rôle de l'influence du parti UKIP sur le Parti conservateur britannique.

Au cours d'une émission télévisée, M. Rutte a déclaré l'année dernière que la Grèce ne devrait plus recevoir de plan de sauvetage des contribuables néerlandais.

Adriaan Schout, un chercheur du Centre d'études de la politique européenne (CEPS), affirme que le Parlement néerlandais évite les problèmes européens, ce qui provoque la méfiance de l'opinion publique. « Les débats publics sur l'UE sont arrivés trop tard et n'ont pas été menés suffisamment en profondeur. Par conséquent, le public est resté mal informé et laissé dans l'incertitude, sur le gaspillage éventuel de leurs impôts en Grèce et sur l'inefficacité du budget de l'UE par exemple. De telles incertitudes créent un terrain fertile pour l'insatisfaction. »

Pologne : principe de l'extrême

L'euroscepticisme est relativement impopulaire en Pologne, puisque l'UE représente généralement l'aide sociale, la liberté, la démocratie et la modernité pour les citoyens polonais, selon des analystes. Depuis l'empire soviétique, la Pologne a tissé des liens plus forts avec l'Allemagne et les anciens satellites soviétiques, la Russie étant considérée comme son « ennemi principal ».

Une position anti-UE est l'élément central des partis extrémistes alors que les majeures organisations politiques ont fait pression en faveur de l'intégration. Quelque 77,45 % des électeurs polonais ont voté en faveur de l'adhésion à l'UE en 2004 dans un référendum l'année précédente. La Pologne est ainsi devenue l'un des pays les plus pro-européens à joindre l'Union.

La Ligue des familles polonaises (LPR), un parti d'extrême droite nationaliste et traditionnellement catholique, est le seul parti à faire pression contre l'adhésion à l'UE. Le parti a affirmé que l'UE était une organisation non chrétienne qui soutenait une civilisation de la « mort ».

À l'instar des autres eurosceptiques, la LPR redoute que l'UE perturbe l'indépendance de son pays et préfère l'isolationnisme à l'intégration.

Le prêtre catholique Tadeusz Rydzyk, un sympathisant de la LPR, a déclaré à l'antenne d'une station de radio ultraconservatrice Radio Maryja en 2002 : « Je détecte surtout le pouvoir de Satan dans l'Ouest », ajoutant qu'il estimait que l'UE voulait « étrangler la Pologne, prendre ses terres et le transformer en une république assujettie. »

Après l'adhésion de la Pologne à l'UE, les agriculteurs polonais ont cependant bénéficié de subventions agricoles et M. Rydzyk lui-même a demandé des fonds européens en justifiant qu'il s'agissait d'une « obligation patriotique, de leur [à l’UE] soutirer autant que possible ».

Le parti populiste Samoobrona (autodéfense) est également un parti largement eurosceptique. Il avait commencé une propagande anti-UE en affirmant que l'adhésion mettrait en péril la campagne polonaise, mais n’a pas participé aux campagnes référendaires après avoir constaté le large soutien de la population à l'UE.

Le plus grand parti politique du pays, le Parti droit et justice, auparavant dirigé par les jumeaux Lech et Jaros?aw Kaczy?ski, a traditionnellement soutenu l'intégration de l'UE tant qu'elle était avantageuse pour la Pologne.

« Nous sommes en faveur d'une Pologne forte. C'est la raison pour laquelle nous appelons à un vote positif sur l'adhésion de la Pologne à l'UE », avait déclaré Jaros?aw Kaczy?ski en amont du référendum de 2003.

L'ancien premier ministre, normalement considéré comme un sceptique modéré, a commencé à se distancer de l'UE au début de la crise de la dette.

« Nous ne devrions pas payer pour la Grèce. Nous sommes censés nous asseoir à la table européenne et festoyer. Mais maintenant nous sommes au menu », a-t-il indiqué.

M. Kaczy?ski s'est trouvé dans une situation comparable à celle du premier ministre britannique, David Cameron : il devait plaire à son arrière-banc eurosceptique, le parti antieuropéen LPR présent dans sa coalition.

Le premier ministre polonais actuel, Donald Tusk, fait partie des pro-européens et a déclaré explicitement en juillet 2011 : « L'Union européenne est fantastique. »

Au cours du même discours, il a appelé à une plus grande solidarité au sein de l'Union qui « traversait l'un des moments les plus difficiles et complexes de son histoire » ainsi qu'à davantage d'intégration.

Il a mis en garde contre un « nouvel euroscepticisme », qui se distingue de l'« euroscepticisme traditionnel » du Royaume-Uni. Selon lui, cette forme d'euroscepticisme découle du « comportement des responsables politiques qui soutiennent l’UE et une intégration plus profonde, mais qui prennent en même temps des mesures pour affaiblir l'Union ».

Il a conclu que les Polonais n'avaient pas peur de l'intégration, car ils « ont vécu des années comme pays non souverain sous l'occupation soviétique [...] L'intégration européenne ne menace pas la souveraineté, puisque nous avons connu il n'y a pas si longtemps une menace sérieuse à notre souveraineté », ajoutant que l'« énergie » pourrait revitaliser une UE anxieuse.

Les Danois se désengagent

L'euroscepticisme existe depuis que le pays a rejoint la Communauté économique européenne en 1973. Les Danois ont élu des partis eurosceptiques pour les représenter au Parlement européen depuis 1979.

Dans les années 1970 et 1980, la plupart des eurosceptiques provenaient des partis de gauche qui considéraient traditionnellement l'UE comme « trop libérale ». Depuis lors, le Parti populaire danois nationaliste a pris la relève et représente la norme anti-UE. Au Danemark, les responsables politiques ont toutefois tendance à être plus européens que la majorité des électeurs.

À l'instar de leurs homologues britanniques, les eurosceptiques danois craignent que Bruxelles ne s’empare de leur indépendance. Les défenseurs de l'UE mentionnent généralement les avantages économiques qui vont de pair avec la levée des barrières commerciales.

Le Danemark détient actuellement quatre clauses d'exemption des politiques de l'UE : la politique de défense et de sécurité commune ; la citoyenneté de l'Union européenne ; l’espace de liberté, de sécurité et de justice et l'union monétaire et économique. Ce nombre équivaut à celui du Royaume-Uni qui sélectionne toutefois au cas par cas la plupart des sujets de l'espace de liberté, de sécurité et de justice.

Après le refus de 50,7 % des électeurs danois d'apporter leur soutien au traité de Maastricht et de joindre l'UE en 1992, le Danemark a négocié ces quatre clauses d'exemption. Après un second référendum en 1993 où seulement 56,7 % des électeurs se sont exprimés en faveur du traité, le Danemark a enfin rejoint l’UE.

En 2000, l'abolition de la clause d'exemption sur l’euro a également été soumise à un référendum, mais 53,2 % des électeurs se sont opposés à l'adoption de la monnaie. La banque centrale danoise a cependant mis en place une politique de taux de change fixe afin de maintenir la couronne dans une marge restreinte par rapport à l'euro. La banque réduit en règle générale les taux en parallèle avec la Banque centrale européenne. La couronne devient donc l'euro avec un autre nom.

Depuis le référendum de 2000, la question de l'adhésion à l'euro est absente des débats politiques danois. À cause de la crise de l'euro, il est encore plus difficile pour les responsables politiques danois de placer cette question à l'ordre du jour.

Un sondage d'opinion de juin 2012 a révélé que 56,7 % des Danois désiraient que leur pays maintienne la clause d'exemption sur l'euro. Seuls 17,2 % ont exprimé un vote positif sur l'adoption de l'euro si le Danemark organisait un autre référendum. En juillet 2012, les eurosceptiques locaux ont fêté l'annonce d'économistes danois qui ont déclaré que le pays avait économisé 338 milliards de couronnes (45,31 milliards d'euros) en n'ayant pas intégré la zone euro.

Le nouveau gouvernement danois, entré en fonction en octobre 2011, a déclaré qu'il envisageait d'organiser un référendum sur les clauses d'exemption de la politique de défense et de sécurité commune et de l’espace de liberté, de sécurité et de justice lors de son premier mandat.

En juin 2012, la première ministre Helle Thorning-Schmidt a néanmoins indiqué au journal Politiken qu'en raison de la « crise de l'euro et de la grande incertitude qui régnait autour du projet européen », plusieurs années pourraient être nécessaires avant que les Danois n'aient de nouveau à décider par référendum s'ils conserveront ou non leurs quatre clauses d'exemption.

La République tchèque n'est pas pressée

De nombreux décideurs politiques estimaient l'adhésion de la République tchèque à l'UE comme l'objectif de politique étrangère le plus élevé depuis la chute du communisme en 1989. La République tchèque est toutefois largement considérée comme l'État le plus eurosceptique d'Europe centrale et orientale.

La République tchèque était le dernier État membre à ratifier le traité de Lisbonne entré en vigueur le 1er décembre 2009. En mai 2010, Václav Klaus, le président tchèque a déclaré qu'ils « ne devaient pas se presser pour entrer dans la zone euro ».

Il n'a pas signé avant d'obtenir la garantie que son pays ne serait pas exposé à des réclamations de territoires des Allemands expulsés de la Tchécoslovaquie de l'époque après la Seconde Guerre mondiale.

Le Parti démocratique civique (ODS) de droite a remporté les élections du Parlement européen en 2004 avec 30 % des votes. L'ODS a ensuite décidé de se retirer du groupe du Parti populaire européen et de constituer un nouveau parti eurosceptique avec les conservateurs britanniques.

Le Parti communiste de Bohème et de Moravie (KSCM) a demandé un référendum sur l'UE. À l'instar des critiques formulées par d'autres partis eurosceptiques de gauche en Europe, le KSCM voit l'intégration européenne comme une « conspiration capitaliste », la qualifiant de « capitalisme multinational d'exploitation ». Ces membres craignent que les politiques de l'UE ne soient destinées à la protection des intérêts des plus grands États tels que l'Allemagne.

Selon le dirigeant de l'époque du SNK-ED (Démocrates européens), Lukáš Macek, son parti propose un « programme réaliste et pragmatique pour les électeurs de droite et du centre qui veulent que la République tchèque soit un membre influent d'une UE stable et opérationnelle ».

Les candidats du SNK-ED soutiennent une adoption rapide de l'euro et la ratification du traité de Lisbonne. Le parti est également en faveur de la création d'« une politique énergétique de l'UE qui fonctionne » et souhaite une réforme du budget de l'Union. Même si ce parti pourrait être considéré comme neutre sur le plan politique, son slogan est le suivant : « Ni isolement ni de politique de gauche »

Le Parti des citoyens libres (SSO) se qualifie lui-même de « réel parti d'opposition » contre les « tendances actuelles dans l'intégration européenne ». Le SSO a demandé l'organisation d'un référendum sur la ratification du traité de Lisbonne et l'adoption de l'euro.

Les points de vue du parti diffèrent grandement de ceux des partis traditionnels européens. Le parti exprime son désir d'abandonner les objectifs de l’UE en matière d'énergie renouvelable, son soutien aux grocarburants et « toutes les réglementations européennes vertes ». Le Parti des citoyens libres estime que la résolution de la crise économique devrait demeurer du ressort de chaque État membre.

La victoire du pro-européen Miloš Zeman aux élections présidentielles de janvier 2013 prouve que les Tchèques sont plus optimistes vis-à-vis de l'Europe.

Des analystes évaluent cependant ce changement avec prudence. « Toute personne qui a l’occasion de devenir président est plus pro-européen que Vàclav Klaus », a affirmé Ji?í Pehe, un politologue tchèque.

Réactions

En novembre 2010, le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, a affirmé que l'euroscepticisme pourrait « mener à la guerre » et qu'il faisait partie de la montée du nationalisme en Europe.

« Dans chaque État membre, il y a des citoyens qui pensent que leur pays peut survivre seul à l'heure de la mondialisation. Cela est plus qu'une illusion, c'est un mensonge! », a-t-il déclaré.

Tony Blair, ancien premier ministre du Royaume-Uni, a comparé l'euroscepticisme à un « virus ». Il a indiqué : « La droite a tort sur l'Europe » en ajoutant que, si le Royaume-Uni quittait l'UE, cela serait « extrêmement destructeur pour les intérêts de la Grande-Bretagne ».

D'autres, comme le député conservateur Bill Cash, ont nié le lien entre le nationalisme et l'euroscepticisme. Mais selon José Manuel Barroso, le président de la Commission européenne, c'est du pareil au même.

L'eurodéputé Nigel Farage a indiqué dans un communiqué de l'UKIP : « Nous cherchons un divorce à l'amiable avec l'Union européenne et son remplacement par un véritable accord de libre-échange, ce à quoi la génération de mes parents s'attendait lors de la signature. » Il a ensuite ajouté : « Nous connaissons les coûts de l'Europe. Quels en sont les avantages ? »

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