La présidence tchèque de l’UE [FR]

Avec pour devise « Une Europe sans barrières », la République tchèque reprendra le flambeau de la France à la présidence tournante de l’UE le 1er janvier 2009. Le pays devra gérer des problématiques européennes et intérieures complexes, notamment la ratification du traité de Lisbonne par le Parlement tchèque.

Du 1er janvier au 30 juin 2009, la République tchèque occupera pendant six mois la présidence tournante de l’UE. Au cours de son mandat, elle organisera et présidera les sommets européens (les Conseils européens) et les rencontres du Conseil des ministres de l’UE. Le gouvernement tchèque a déjà annoncé sa devise pour la présidence :  « Une Europe sans barrières » (EURACTIV 14/11/08).

Les 3 E : l’Economie, l’Energie et l’Europe et le monde

Les priorités de la présidence tchèque ont été exposés dans les grandes lignes par le Premier ministre tchèque Mirek Topolanek : il s’agit de l’économie, de l’énergie et l'Europe et le monde  (EURACTIV 14/11/08). 

Les trois priorités, ainsi qu'un programme de travail détaillé ont été officiellement présentés par le Premier ministre le 6 janvier 2009 (EURACTIV 07/01/09). 

Les priorités devaient initialement être présentées en décembre, mais des sources diplomatiques de l’UE ont déclaré que les décideurs tchèques avaient besoin de connaître au préalable l’issue des négociations sur le paquet changement climatique (qui s’est avéré être un succès). De manière peut être plus importante, Prague a attendu les propositions du Premier ministre irlandais, Brian Cowen, quant à la manière de procéder après l’échec du référendum irlandais sur le traité de Lisbonne, qu’il a présentées au sommet des 11-12 décembre (EURACTIV 12/12/08).

Dans un message  sur le site de la présidence tchèque, M. Topolanek explique que les ambitions économiques tchèques visent « l’accroissement de la compétitivité européenne, le renforcement de la confiance en l’économie de marché de la part des consommateurs et des petites et moyennes entreprises ». En outre, le gouvernement vise « gestion raisonnable et efficace de la crise financière, la poursuite des réformes libérales du budget et des politiques de l’UE, et en particulier de la Politique agricole commune, et, enfin et surtout, l’amélioration du taux d’emploi ». 

Stimuler la relance économique

Exposant les trois sujets majeurs sur lesquels elle souhaite mettre l’accent, la présidence a évoqué la reprise des marchés financiers et les discussions à propos d’une meilleure réglementation, la réponse au déclin de la croissance économique et la préparation de l’UE aux débats internationaux sur la réforme de l’architecture financière mondiale. 

Alexandr Vondra, vice-président du gouvernement et responsable des affaires européennes, a déclaré que les événements les plus importants de l’agenda économique seront le Conseil européen de printemps des 19-20 mars et le sommet du G20 au mois d’avril à Londres. Le Conseil européen préparera la position commune de l’UE pour ce sommet, a déclaré M. Vondra. 

La République tchèque ranimera également le projet de marché intérieur en cherchant à supprimer les barrières restantes à la libre circulation des travailleurs comme moyen de répondre à la crise économique, ce qui ne sera pas bien reçu par certains pays de l’Ouest. Le Royaume-Uni, l’Irlande, l’Allemagne, l’Autriche, le Luxembourg, les Pays-Bas et la Belgique ont récemment choisi de garder fermés aux bulgares et aux roumains leurs marchés du travail pour une nouvelle période de trois ans, invoquant le ralentissement économique comme principale raison de leur décision. 

Renforcer la sécurité énergétique

La sécurité énergétique est en tête de l’agenda alors que l’Europe est le théâtre d’un différend à propos du gaz entre la Russie et l’Ukraine. La République tchèque est fortement en faveur du développement d’une stratégie pour une meilleure sécurité énergétique, et plus généralement, une politique commune de l’énergie. Elle a l’intention de poursuivre une importante diversification territoriale des fournisseurs d’énergie et un plus grand éventail de ressources, en vue de diminuer la dépendance énergétique de l’UE et de promouvoir un marché intérieur de l’énergie unifié. 

Concernant les relations énergétiques extérieures, les Tchèques se concentreront sur la Russie, l’Ukraine et la région caspienne, exprimant la nécessité d’aborder tous les aspects du rôle de la Russie en tant que fournisseur des marchés européens de l’énergie.

Dans la droite ligne du travail de la présidence française, Prague a déclaré qu’elle continuerait de veiller à la substitution des carburants fossiles par des énergies renouvelables, et de faire en sorte, par le biais de mesures d’efficacité, que l’Europe soit moins consommatrice d’énergie. 

Nouveau départ pour les relations UE-Etats-Unis

En ce qui concerne les relations internationales, la présidence mettra principalement l’accent sur un « nouveau départ » pour les relations UE-Etats-Unis, le président élu Barack Obama entrant en fonction le 20 janvier 2009. La République tchèque veut s’appuyer sur ses excellentes relations avec les Etats-Unis et mener l’Union vers une nouvelle ère où l’approche face aux changements mondiaux sera plus équilibrée et multilatérale. Elle souhaite une collaboration dans des domaines tels que le multilatéralisme, le processus de paix au Moyen-Orient, l’Afghanistan et le Pakistan, et les relations avec la Russie. 

Le dialogue avec la Russie continuera, avec un sommet UE-Russie prévu pour le mois de mai, en vue de négocier un nouveau partenariat avec Moscou et de sécuriser l’approvisionnement énergétique vers l’UE. Prague mettra également un accent particulier sur le développement de sa politique vers l’Est en inaugurant le partenariat oriental. Elle a également l’intention de tenir un « sommet du corridor sud » sur l’énergie avec les pays de transit de la région caspienne.

Fait révélateur, l’élargissement ne figure pas en tant que « quatrième E ». Mais selon le Premier ministre tchèque, l’ouverture et l’élargissement de l’UE sont des priorités de même importance. La République tchèque fait pression pour que d’importantes avancées soient réalisées par rapport à la tentative des pays de l’Ouest des Balkans de rejoindre l’Union, en particulier la Croatie. Par contre, son approche par rapport à la Turquie sera plus prudente. Néanmoins, Prague qualifie Ankara d’allié stratégique de l’Europe. Un sommet UE-Balkan devrait être tenu sous la présidence tchèque, a annoncé M. Topolanek. 

Parallèlement, une conférence intitulée «  Elargissement de l’UE : cinq ans déjà » sera tenue à Prague les 1-2 mars pour marquer l’anniversaire de l’adhésion à l’UE, le 1er mai 2004, de la République tchèque, la Pologne, la Hongrie, la Slovaquie, la Lettonie, la Lituanie, l’Estonie, Chypre et Malte. Prague, et l’UE dans son ensemble, souhaitent transmettre un message selon lequel cet élargissement, auquel on se réfère parfois sous le nom de « réunification de l’Europe », a été un succès majeur et historique.

M. Topolanek n’a pas mentionné les relations UE-Russie lorsqu’il a exposé les priorités de sa présidence. La République tchèque fait partie des pays qui ont tendance à considérer la crise géorgienne de cet été en premier lieu comme un exemple la politique impériale russe à l’encontre de ses voisins. Cette opinion est partagée par la Pologne, l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Suède et le Royaume-Uni.

Commémorer le 20ème anniversaire de la chute du mur de Berlin et saluer les leçons qui en ont été tirées depuis constitue une autre ambition de la présidence tchèque. Une conférence intitulée «Vingt ans après : la mémoire du nazisme et du communisme » sera tenue les 22-23 juin. De plus, une conférence sur l’ère de l’Holocauste aura lieu du 26 au 30 juin dans la capitale tchèque. 

Trio de présidences

La République tchèque est impliquée activement dans la formule de trio de présidences, qui vise à apporter davantage de cohérence et de planification à long terme dans l’agenda politique de l’UE en s’inspirant de l’expérience des anciens membres de l’UE. 

Au cours du printemps 2006, les pays de l’UE ont décidé d’opter pour un programme s’étalant sur 18 mois. Le premier programme de ce type a été élaboré conjointement par l’Allemagne, le Portugal et la Slovénie. Le trio suivant est composé de la France, qui occupe actuellement la présidence de l’UE, de la République tchèque et de la Suède. Leur programme  commun couvre la période de juillet 2008 à la fin décembre 2009. Le prochain trio, qui doit  s’atteler à la tâche en janvier 2010, inclura l’Espagne, la Belgique et la Hongrie. 

L’actuel programme du trio a été présenté le 2 septembre devant le Parlement européen (EURACTIV 03/09/08). 

Renforcer le rôle de l’Europe est l’un des principaux objectifs de l’actuel trio France-République tchèque-Suède, ont indiqué leurs représentants. Selon le secrétaire d’Etat français aux Affaires européennes Jean-Pierre Jouyet, garantir l’entrée en vigueur du traité de Lisbonne constitue une priorité pour toutes les trois présidences. Les trois pays sont en outre déterminés à assurer la continuité des politiques européennes. M. Jouyet a laissé entendre que selon lui le traité de Lisbonne devrait entrer en vigueur au cours de la présidence suédoise. 

Le vice-Premier ministre tchèque Alexandr Vondra, chargé des Affaires européennes, a été mis à l’épreuve à cette occasion lorsqu’il a été interrogé sur la détermination de son pays à ratifier le traité de Lisbonne. Il a expliqué que le traité de Lisbonne était actuellement examiné par la Cour constitutionnelle tchèque. Parallèlement, la Cour a ouvert la voie à la ratification du traité par le Parlement tchèque (EURACTIV 26/11/08), mais le vote final des députés a été entre-temps reporté à 2009 (EURACTIV 10/12/08). Etant donné qu’il faut une majorité aux trois cinquièmes dans les deux chambres du Parlement pour l’approbation finale du traité, l’opposition devrait demander des compromis sur d’autres questions, notamment l’implantation d’un radar américain dans le cadre du système controversé de défense anti-missiles

Doutes à propos de la présidence tchèque

Certaines activités du président tchèque, l’eurosceptique le plus haut placé de l’UE, suscitent en outre une certaine acrimonie à Bruxelles. Sa récente visite en Irlande et ses réunions avec le militant du « non » irlandais Declan Ganley et avec d’autres eurosceptiques des quatre coins du continent, ainsi que plusieurs propos controversés, ont poussé de nombreux responsables politiques à émettre des doutes quant à la pertinence et aux compétences de la République tchèque à tenir les rênes de l’Union. 

L’eurodéputé socialiste autrichien Hannes Swoboda a qualifié les réunions du président tchèque en Irlande de scandaleuses. A son avis, ces événements sont le pire départ possible pour les six mois de présidence tchèque de l’UE.

Reste toutefois à connaître l’impact réel qu’auront les visites de M. Klaus en Irlande. Le président tchèque ne dispose que d’un pouvoir politique limité, et les cercles européens doutent que sa visite controversée en Irlande affectera les plans déjà en cours à Prague et à Bruxelles.

Certains s’inquiètent également de l’affaiblissement du gouvernement tchèque suite aux récentes élections locales qui ont modifié l’équilibre du Sénat tchèque (EURACTIV 23/10/08). Le gouvernement de Topolanek – qui comprend son parti (le Parti démocratique civique ODS), les chrétiens démocrates (KDU-CSL) et les Verts (SZ) – ne disposant pas de la majorité au Parlement, il compte sur une dizaine de députés indépendants. En octobre dernier, le cabinet de M. Topolanek a été confronté à un vote de défiance, le quatrième depuis son entrée en fonction en 2007. 96 députés ont voté contre le gouvernement et 97 en faveur. Il faut 101 votes pour renverser le gouvernement. 

Tous les deux ans, un tiers des 81 sièges du Sénat font l’objet d’une élection en République tchèque. Lors des élections d’octobre, l’ODS de M. Topolanek a décroché à peine trois des 26 sièges en jeu. Si le parti dispose toujours de 35 sièges, il a néanmoins perdu sa majorité de 41. Quant à l’opposition socio-démcrate, elle détient 29 sièges, alors qu’elle n’en avait que six avant les élections. 

La presse tchèque a écrit que le poste de Premier ministre de M. Topolanek était menacé et que le pays pourrait être soumis à des élections anticipées qui se tiendraient en même temps que les élections européennes de juin 2009. Cela serait une mauvaise nouvelle, étant donné que le gouvernement tchèque serait forcé à diriger l’UE tout en luttant pour son propre avenir politique. 

Une permutation de présidences ?

Ingo Friedrich, un eurodéputé conservateur allemand a même émis l’idée étrange d’une permutation des présidences entre Prague et Stockholm. Cette suggestion a immédiatement été rejetée par les deux parties (EURACTIV 30/10/08). 

« En toute honnêteté, je doute que les Tchèques soient capables de résoudre leurs problèmes ces prochaines semaines », a-t-il confié à EURACTIV.

L’appétit français ?

La très active présidence française est également suspectée d’essayer de jouer un rôle de premier plan après le 1er janvier 2009. Le président tchèque Vaclav Klaus figure lui-même parmi ceux qui ont accusé la France d’essayer de « siphonner » la présidence tchèque au cours du premier semestre 2009 (EURACTIV 27/10/08). Selon des communiqués de presse, les Français ont déjà indiqué qu’ils comptaient conserver un rôle de premier plan, au moins dans le cadre de l’Union pour la Méditerranée récemment instaurée (EURACTIV 14/07/08). 

A un niveau plus officiel, M. Sarkozy a déclaré qu’il faudra de la continuité pour répondre à la crise géorgienne. La France a fourni un gros effort à la suite de la guerre, et il est généralement accepté que l’UE perdrait son élan au cas où Paris ne restait pas un acteur majeur dans la région après janvier 2009.

  • 20 janv. 2009 : investiture de Barack Obama , 44ème président des Etats-Unis. 
  • 19-20 mars 2009 : sommet de l’UE, Bruxelles
  • Avril 2009 : sommet sur le partenariat oriental (UE des 27 plus l’Ukraine, la Moldavie, la Biélorussie, la Géorgie, l’Arménie et l’Azerbaijan)
  • 1 mai 2009 : l’élargissement de 2004 fête ses 5 ans.  
  • 18-20 juin 2009 : sommet de l’UE à Bruxelles

Les dates pour les sommets UE-US, UE-Russie et UE-Balkans doivent encore être fixées. 

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