Les programmes des partis européens 2009 en un coup d’oeil [FR]

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EURACTIV fournit un aperçu des programmes électoraux des quatre principaux partis européens, en analysant leur contenu et en demandant aux experts comment ils les comparent aux efforts précédents.

Les programmes électoraux des partis européens sont souvent rejetés d’emblée comme étant fades et construits sur les plus petits dénominateurs communs, perdant tout sens en essayant de satisfaire toutes leurs composantes nationales.

De plus, les partis nationaux n’utilisent traditionnellement que très peu ces programmes dans leur propre campagne.

Toutefois, les attitudes sont en train de changer. Les Verts européens, par accord mutuel, ont été la première famille politique à essayer de mener un embryon de campagne paneuropéenne, lorsqu’aux élections de 2004 les composantes nationales se sont mis d’accord pour utiliser des supports visuels de campagne communs et des messages tirés d’un programme centralisé (EURACTIV 31/07/08).

Cette année, les autres partis ont pris le pli, avec des programmes plus recherchés et plus intégrés : c’est le cas chez les libéraux, les socialistes et les conservateurs. Les outils de médias sociaux – ce qui comprend les blogs, les vidéos, Facebook et Twitter, entre autres – ont commencé à figurer en bonne place dans la création et la structuration de ces campagnes.   

Théoriquement, les quatre principaux partis occupent des positions très différentes sur le spectre politique. Utilisant comme cadre les thèmes politiques dominant de cette année – le combat contre les crises financière et économique, le changement climatique et le rôle de l’Union sur la scène internationale, EURACTIV compare les programmes de quatre principaux partis pour voir comment s’affirment les poids lourds de l’UE. 

Combattre les crises financières et économiques

Le plus important parti du Parlement européen, le Parti populaire européen (PPE) de centre droit, promet la création de nouveaux emplois et le « verdissement » de l’économie (EURACTIV 02/02/09). Sous la bannière « Créer de la prospérité pour tous », le PPE réaffirme sa conviction dans l’économie de marché sociale européenne, et appelle à un contrôle et une régulation plus stricts du système financier mondial sans pour autant recourir au « socialisme ».

Usant de la forte rhétorique conservatrice, le PPE déclare que sa position se distingue nettement de celle des socialistes, qui ont une approche idéologique gauchiste, mais qu’elle est aussi fondamentalement différente de la position des fondamentalistes du marché, qui croient que le marché seul devrait gouverner le monde. 

On peut supposer que cette dernière affirmation fait référence aux Européens libéraux, qui sont traditionnellement en faveur du marché.

Le cœur de la stratégie du PPE en matière économique repose sur :

  • des investissements verts : dynamiser l’emploi, l’entreprenariat et les investissements dans les ressources renouvelables ;
  • des projets d’infrastructure à grande échelle, en particulier les réseaux transeuropéens de transports ;
  • davantage de dépenses dans la recherche et l’innovation dans tous les pays de l’UE et la mise en place d’un brevet communautaire ;
  • PME : renverser le manque d’entrepreneurs pionniers en Europe ;
  • Régulation financière : développer des mécanismes pour la création, au sein du secteur financier, d’un système réglementaire à l’échelle de l’Europe et reposant sur des règles, et ;
  • Réduire les taxes et les contributions à travers l’Europe.

Les Socialistes européens (PSE) considèrent la crise financière comme étant le résultat du centre droit, qui a gouverné une majorité des pays européens en plus des institutions européennes ces cinq dernières années. Les conservateurs parlent souvent des crises économiques et sociales comme si elles étaient inévitables, une loi de la nature. Mais il n’y a rien qui ne puisse être évité, déclare le programme du PES (EURACTIV 03/12/08).

Il continue en revendiquant que les politiques des conservateurs ont aveuglément suivi leur foi dans le marché – servant les intérêts d’un petit nombre plutôt que l’intérêt général – et que nous voyons maintenant les dommages que peuvent faire des marchés mal régulés.

Pour sortir de la crise, le PES propose de :

  • mettre un terme aux paradis fiscaux, aux escroqueries d’évitement de l’impôt et à l’évasion fiscale ;
  • réformer les marchés financiers à travers des exigences rigoureuses en terme de capital pour tous les acteurs financiers, et limiter les emprunts excessifs et les mauvais prêts afin de prévenir des dettes et des prises de risques excessifs ;
  • limiter les rémunérations des grands patrons et les bonus, pour faire en sorte que les revenus reflètent aussi bien les pertes que les profits ;
  • mettre en place une stratégie européenne pour une croissance et des emplois verts intelligents afin de créer 10 millions de nouveaux emplois jusqu’en 2020 (dont deux millions dans le seul secteur des énergies renouvelables) ;
  • une initiative européenne pour étendre les infrastructures énergétiques et de diffusion dans le but de moderniser l’économie, et ;
  • un Pacte européen pour le futur de l’emploi, pour voir comment l’employabilité et les opportunités d’emploi peuvent être sauvegardées et améliorées.

Restant sur leurs positions, les Libéraux pro-marché (ELDR) sont prêts à saluer des mesures de réforme du système financier, mais ils expliquent qu’une rechute dans les politiques de nationalisation, de surréglementation et de protectionnisme constituerait une erreur majeure (EURACTIV 05/11/08).

Les libéraux prônent un certain nombre d’étapes pour restaurer la croissance économique. Selon le programme libéral de 2009, la concurrence transfrontalière, le partage des connaissances et le libre échange des biens et des services sont essentiels pour améliorer la compétitivité économique internationale de l’UE.

En particulier, ils appellent à :

  • un marché unique de la propriété intellectuelle ;
  • un renforcement du marché unique et son extension à l’énergie, aux services postaux, aux services financiers, aux chemins de fer et aux soins médicaux ;
  • une coopération internationale renforcée entre les régulateurs financiers, et le renforcement des standards internationaux, avec un FMI réformé en son centre ;
  • l’introduction d’un système de « carte bleue » européenne, géré par chaque Etat membre, pour assurer des migrations économiques mesurées pour le bénéfice des citoyens européens, et ;
  • une UE qui soit une force d’entraînement à l’intérieur de l’OMC pour l’abolition des droits de douane et des barrières non tarifaires, et pour ouvrir le marché unique européen à d’autres acteurs mondiaux.

Les Verts européens considèrent la crise comme une opportunité pour transformer notre système économique et social en un système qui offrira aux générations à venir un futur basé sur la stabilité, l’autosuffisance et la durabilité.

Le programme « Nouvelle donne verte » (EURACTIV 01/04/09) explique qu’adopter une économie plus verte et combattre le changement climatique dynamisera l’emploi et nous rendra plus autosuffisant, réduisant notre dépendance dommageable aux imports énergétiques.

S’attaquant à l’idéologie néolibérale dominante en Europe, les Verts expliquent que l’UE devrait défendre les systèmes sociaux et les conditions de travail des pressions concurrentielles féroces et sans entraves.

L’alternative verte soutient :

  • la transformation de la politique agricole européenne pour qu’elle supporte et encourage les paysans à produire de la nourriture de qualité de manière durable (agriculture biologique et commerce équitable) ;
  • la mise sous contrôle des marchés financiers, avec un organisme de surveillance au niveau européen pour examiner et réglementer les services et marchés financiers ;
  • des investissements massifs dans l’éducation, les sciences et la recherche dans les technologies vertes et orientées vers le futur pour mettre l’Europe à la pointe de la révolution économique mondiale, et ;
  • le renforcement des droits sociaux et du travail, avec un salaire égal à travail égal pour les hommes et les femmes, aussi bien que pour les travailleurs immigrants ou temporaires.    

Changement climatique et politique énergétique

Le PPE, centre droit, souhaite que l’Union européenne soit à la pointe dans les technologies pauvres ou sans carbone, et il appelle à une réduction de 30 % des émissions de gaz à effet de serre en 2020 (par rapport aux niveaux de 1990).

Il promeut également l’introduction immédiate de mesures d’économie d’énergie, tels que les programmes de rénovation des bâtiments existants et des bâtiments publics pour les rendre énergétiquement plus efficaces.

Il soutien la diversification du bouquet énergétique européen, y compris le développement de l’énergie nucléaire dans certains pays.

Le PSE, centre gauche, souhaite que l’UE soutienne les pays en développement pour combattre et s’adapter au changement climatique, notamment via des transferts massifs de technologies. Il appelle également l’UE à prendre l’initiative de l’établissement d’un forum mondial sur l’énergie et le développement.

Les socialistes veulent développer une politique commune énergétique européenne basée sur la durabilité, la sécurité et l’indépendance énergétique, des sources d’énergies diversifiées, et une solidarité entre les Etats membres en cas de crises énergétiques.

Ils appellent à une réforme durable de la politique agricole commune (PAC) et de la Directive biocarburants, ainsi qu’à l’introduction d’une directive climatique étendue qui assurerait que les objectifs et les actions dans tous les secteurs qui ne sont pas déjà couverts par des législations existantes – énergie, agriculture, nourriture, construction et transport – sont combinés pour permettre à l’Union d’atteindre ses objectifs généraux de réduction des émissions.

Les libéraux européens mettent l’accent sur le fait que dans le paquet climatique de l’UE, les entreprises ont besoin de charges administratives réduites et d’incitations pour stimuler l’investissement dans les techniques nécessaires à une économie solide et pauvre en carbone.

Les ELDR souhaitent également dégrouper l’industrie énergétique européenne pour assurer la transparence et servir les intérêts des consommateurs, et investir dans des technologies innovantes qui apportent des solutions, de l’efficacité et une sécurité accrue de l’approvisionnement en énergie.

Ils appellent également à une réforme d’envergure de la PAC, permettant aux agriculteurs de concourir dans un marché mondial libre et de mieux répondre à la demande alimentaire mondiale de manière responsable par rapport à l’environnement. Ils sont en faveur des biocarburants de seconde génération. 

Les Verts appellent à une révolution des ressources, engageant l’UE à réduire ses émissions de 40 % en 2020 et de 80 à 95 % en 2050, sur la base des niveaux de 1990.Ils veulent que l’UE s’impose elle-même l’objectif de créer cinq millions d’emplois verts lors des cinq prochaines années.

Résolument contre tout futur développement de l’énergie nucléaire (décrit dans leur manifeste comme étant une impasse technologique), les Verts favorisent plutôt la création d’une Communauté européenne des renouvelables (ERENE) pour soutenir l’objectif de long terme de 100 % d’énergie provenant de sources renouvelables, ainsi que des investissements concertés dans les technologies vertes pour lesquelles la Banque européenne d’investissement doit jouer un rôle.

Une autre priorité est de mettre fin à la dangereuse dépendance au pétrole de l’UE à travers la création d’un système de transport durable, avec des investissements dans les connexions et réseaux ferroviaires transeuropéens et la mise en place de transports publics abordables dans les villes.

L’Europe sur la scène mondiale

Les quatre partis sont d’accord sur le fait que l’UE devrait augmenter son influence sur la scène internationale, et ils croient que le Traité de Lisbonne est le meilleur moyen d’achever cet objectif.

Cependant, des divergences intéressantes commencent à apparaître quand les différents partis soulignent quelles sont les étapes spécifiques à prendre pour y parvenir.

Le PPE souhaite intensifier les actions pour mettre un terme à toutes les formes de terrorisme mondialisé, et, dans les cinq prochaines années, il entend consolider l’espace de paix européen pour qu’il englobe l’Europe de l’est et le Caucase.

En matière de sécurité et de défense, le PPE accuse les Etats membres d’agir comme si l’UE avait toujours vingt ans pour se préparer aux défis militaires complexes auxquels elle doit faire face dans le monde d’aujourd’hui. Leur manifeste propose de mettre à jour la stratégie de sécurité européenne datant de 2003 et d’engager les Etats membres à partager les futures recherches en matière d’armes et de technologies militaires, sous le couvert de l’Agence de défense européenne et avec une forte coopération entre l’UE et l’OTAN.

Le PSE (centre gauche) favorise quant à lui une réforme étendue de la gouvernance mondiale, à savoir l’ONU (et en particulier du Conseil de sécurité), l’OMC, la Banque mondiale et le FMI, afin de mieux refléter les intérêts des pays en voie de développement, et avant tout ceux des plus pauvres d’entre eux.

Les socialistes proposent également de faire en sorte que l’UE établisse des outils cohérents de prévention des catastrophes, travaille sur le désarmement nucléaire au niveau international, et crée une Alliance des civilisations à l’intérieur des Nations Unies, renforçant le dialogue et le partenariat entre les peuples et les cultures.

Le PSE est en faveur d’une coopération décentralisée dans la politique de développement de l’UE et à l’établissement d’un Corps européen de volontaires pour l’aide humanitaire.

Le ELDR croit que l’Europe devrait jouer un rôle important pour contribuer effectivement à la sécurité mondiale, en coopération avec les structures de l’OTAN quand c’est nécessaire, et les libéraux appellent à de nouveaux efforts majeurs pour renforcer et étendre la politique de sécurité et de défense européenne en rassemblant les ressources et capacités européennes liées à la défense.

Les Verts, quant à eux, souhaitent que l’UE montre l’exemple dans ses engagements avec le reste du monde, adoptant un nouveau style de politique étrangère.

Ils mettent en avant le renforcement des organismes multilatéraux et le droit international, expliquant que l’UE devrait consacrer plus d’énergie et de ressources pour aider la communauté internationale (et en particulier l’ONU) à aborder des conflits qui ont été pendant longtemps occultés.

Ils mettent l’accent sur la coopération internationale et l’aide humanitaire, appelant à l’établissement d’un Corps civil européen pour la paix prêt à faire des interventions non militaires pour des raisons humanitaires. 

Après une comparaison thématique des programmes politiques des quatre favoris, EURACTIV a demandé aux experts de l’UE d’évaluer s’ils constituent une amélioration par rapport aux efforts menés jusque là. 

Le Dr Hermann Schmitt de l’Université de Mannheim a fourni une analyse en profondeur de chaque élection européenne depuis 1979, examinant les plate-formes électorales et les manifestes des partis affiliés à travers l’UE afin de jauger la cohérence de leur message.

Il salue avec mesure les programmes de cette année :

« Je pense que ces partis européens se débrouillent plutôt bien. Ils ont très bien intégré les nouveaux venus [c’est-à-dire les nouveaux partis membres qui rejoignent leur « parapluie » paneuropéen] ; ils sont de plus en plus homogènes en termes idéologique et politique ; ils sont cohérents en ce qui concerne le comportement de leurs membres. Si ils recrutent des candidats pour leurs partis au niveau national et si ils mettent en place des plateformes qui collent bien au message porté par le parti parapluie européen, alors toute cette entreprise est profondément démocratique. » 

« Je ne me contente pas de comparer les manifestes au niveau européen – je regarde aussi les plate-formes des partis membres au niveau national, pour voir s’ils correspondent bien, et de manière empirique il est prouvé qu’ils le font », a-t-il ajouté. 

« Pour les quatre gros partis, on constate un haut degré de compatibilité entre le message contenu dans les manifestes européens et celui qui ressort au niveau national dans les campagnes électorales », a-t-il déclaré. 

« C’est une précondition nécessaire – bien que non suffisante – pour l’amélioration de la démocratisation du système politique et électoral européen », a conclu M. Schmitt. 

David Earnshaw, le coauteur britannique du très complet « Guide du Parlement européen » est resté froid devant les efforts des partis européens. 

« Lors des vingt dernières années – et cette année ne déroge pas à la règle – les manifestes des partis européens ont été des constructions politiques autour du plus petit dénominateur commun. Ils sont sacrément mieux qu’avant. Certains d’entre nous se rappellent l’époque où on avait l’habitude de compter les notes de bas de page! De nos jours, il n’y en a plus, ce qui est un progrès, mais ils demeurent des efforts tournés vers le plus petit dénominateur commun. »

« Ils sont décevants. D’un autre côté, l’Europe est parfois son pire ennemi quand il s’agit de traduire ce qui est fait à Bruxelles dans une langue qui peut être utilisée en-dehors de Bruxelles. L’Europe s’occupe de matières politiques très sensibles, et pourtant elles apparaissent tuojours comme étant un processus très technocratique. »

Sebastian Kurpas, un ancien analyste au Centre for European Policy Studies (CEPS) à Bruxelles, croit que l’efficacité des programmes dépendra de la manière dont les partis membres qui les présenteront en des termes concrets au niveau national aux élections de juin. 

« Je vois, avec ces manifestes, un essai clair des partis européens de présenter des alternatives politiques originales aux électeurs en 2009. Le problème reste : il est structurellement difficile d’agir ainsi au niveau européen, par rapport au niveau national », a-t-il ajouté. 

« Le succès ou l’échec de ces manifestes dépendra de la crédibilité avec lesquelles on les présentera. Tous parlent des thèmes de l’économie et de la prospérité dans leurs manifestes: 

• Le PPE : Créer la prospérité pour tous 
• Le PSE : Relancer l’économie et prévenir une nouvelle crise financière
• L’ELDR : La croissance du marché unique européen et l’emploi

Tout ceci se ressemble fort, donc la vraie question est celle de savoir s’ils seront capables de les développer au-delà des slogans, pour les étayer avec quelque chose de concret au niveau national », a ajouté M. Kurpas. 

  • 4-7 Juin 2009: élections du Parlement européen.

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