Présidence chypriote du Conseil de l’UE : rompre avec la tradition

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Cet article fait partie de l'édition spéciale Budget UE 2014-2020.

La présidence chypriote du Conseil de l'UE  au second semestre de 2012 fournira un leadership politique à l'Union, mais « pas de manière traditionnelle », affirment les fonctionnaires européens. Il s'agira plutôt d'une « présidence bruxelloise » : la plupart des fonctionnaires chypriotes travailleront à partir de la capitale européenne et se concentreront sur les affaires de l'UE. Les négociations de réunification de l'île avec la Turquie seront gérées séparément.

Chypre, un pays qui a rejoint l'UE en 2004 et la zone euro en 2008, exerce pour la première fois la présidence du Conseil de l'UE. Il s'agit à la fois d'un défi et d'une opportunité pour l'île chypriote. En tant que nouveau venu dans l'Union, Chypre espère renforcer son image de membre crédible et responsable de l'UE.

Chypre exerce la présidence tournante du Conseil de l'UE en des temps difficiles et sur fond de tensions avec la Turquie, un pays candidat à l'UE qui ne reconnaît pas la souveraineté de l'île et en occupe la partie nord depuis 1974.

Malgré cette occupation, le nord de Chypre fait techniquement partie du territoire de l'UE. La République turque de Chypre du Nord n'est reconnue que par Ankara et ne dispose de liaisons aériennes qu'avec la Turquie. Largement subventionnée par Ankara, elle est également exclue des compétitions sportives internationales, des finances et du commerce.

La Turquie a fait savoir qu'elle boycotterait la présidence chypriote, voire qu'elle gèlerait ses relations avec l'UE. Elle a même annoncé qu'elle pourrait envisager d’annexer la partie nord de Chypre si aucun accord n'était conclu sur la réunification de l'île.

Chypre est très exposée à la crise grecque et cherche à obtenir un renflouement pour sauver son système bancaire.  La petite île ne compte toutefois pas uniquement sur l'Europe pour résoudre ses problèmes et pourrait obtenir, pour la seconde fois, un prêt de plusieurs milliards d'euros de la part de la Russie.

Chypre est le seul pays représenté aux sommets de l'UE par un communiste, le président Demetris Christofias, resté fidèle à ses valeurs depuis qu'il a rejoint le parti communiste AKEL dans sa jeunesse. M. Christofias a étudié à Moscou et parle couramment le russe. La présence politique et la pénétration économique de la Russie à Chypre n'ont d'égal dans aucun autre pays de l'UE.

Malgré ses difficultés, Chypre veut aider l'Union à atteindre ses objectifs les plus importants, le premier étant de progresser dans les discussions sur le prochain budget de l'UE pour 2014-2020.

 

 

À l’issue d’un sommet de deux jours (12 et 13 décembre), les dirigeants européens ont félicité Chypre pour sa présidence productive. Herman Van Rompuy, le président du Conseil, a également salué Demetris Christofias, le président de Chypre, pour sa « coopération excellente » entre son cabinet et la présidence chypriote du Conseil de l'UE.

 

Il a aussi rendu hommage à la présidence pour son travail accompli dans les négociations sur le CFP. « Il s'agissait d'un travail indispensable, même si nous n'atteindrons un accord qu'au début de l'année prochaine [2013] », a-t-il déclaré.

 

Le président du Conseil a fait l'éloge de Chypre pour son aide dans la création d'un brevet de l'UE, après le vote parlementaire en faveur du projet mardi. Selon les dires de M. Van Rompuy, ce vote a mis fin à « une odyssée de 40 ans ».

 

José Manuel Barroso, le président de la Commission européenne, a mentionné d'autres réussites de la présidence chypriote « particulièrement importantes » : le mécanisme de surveillance unique, la gouvernance de Schengen et le système d'asile commun.

 

Le président de Chypre a souligné qu'il était particulièrement fier des progrès réalisés dans la politique en matière d'affaires maritimes.

 

« Grâce à la déclaration de Limassol, nous avons donné une nouvelle impulsion aux énormes possibilités et occasions opportunes qui proviennent des activités marines et maritimes en créant de nouveaux emplois », a-t-il ajouté.

 

Il a aussi qualifié de « succès » l'accord conclu en temps opportun pour le budget 2013 de l'UE ainsi que l'accord atteint pendant la nuit précédant le sommet sur le mécanisme de surveillance unique (MSU) pour l'union bancaire à venir.

Un peu d'histoire

L'île de Chypre a changé de mains à plusieurs reprises au cours de l'Histoire, en raison de sa situation stratégique dans la Méditerranée. Elle a été occupée par les Egyptiens, l'Empire romain et les Grecs antiques sous Alexandre le Grand.

Les relations entre Chypre et la Turquie sont fortes également, l'île étant tombée sous la coupe de l'Empire ottoman en 1570. Plusieurs soulèvements ont eu lieu au XIXe siècle, mais aucun d'entre eux n'a été couronné de succès.

Dans le sillage de la guerre entre les Turcs et les Russes (1877-1878), que la Turquie a perdue, Chypre a été cédée à l'Empire britannique, bien qu'elle soit restée de jure sur le territoire de l'Empire ottoman. L'île a gagné son indépendance en 1960, mais le Royaume-Uni y a conservé deux bases militaires.

Le 15 juillet 1974, la junte militaire grecque à Chypre a mené un coup d'Etat pour réunir l'île et la Grèce. L'armée turque a riposté le 20 juillet et a envahi l'île.

Malgré des efforts répétés sous les auspices de l'ONU pour ramener les dirigeants des communautés grecque et turque chypriotes à la table des négociations, l'île demeure séparée en deux, la partie nord étant sous le contrôle des Turcs.

L'espoir d'une réunification a fait surface en 2002 lorsque le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, a présenté un plan de réunification, proposant une fédération à deux entités régie par une présidence tournante.

Lors d'un référendum en avril 2004, les Chypriotes grecs ont rejeté un plan d'unité parrainé par l'ONU, le Plan Annan. Les Chypriotes turcs s'étaient quant à eux exprimés en faveur de ce plan. L'échec de ce plan a déçu les fonctionnaires européens, qui avaient accepté de voir Chypre rejoindre l'UE cette année-là dans l'espoir d'encourager une résolution du conflit.

Le 1er mai 2004, la République de Chypre est devenue membre de l'UE.

Lors d'un sommet en décembre 2004, les dirigeants de l'UE ont accepté d'entamer les négociations d'adhésion avec la Turquie le 3 octobre 2005. L'une des conditions spécifiées était qu'Ankara élargisse un accord d'association de 1963 conclu avec le prédécesseur de l'UE, la Communauté économique européenne, aux dix nouveaux Etats membres de l'Union (UE-10). Ce groupe de nouveaux Etats membres comprend l'Etat chypriote grec qui n'est pas reconnu par la Turquie.

En juillet 2005, la Turquie a signé un protocole élargissant son union douanière à ces dix membres de l'UE, mais Ankara a dans le même temps publié une déclaration affirmant que cette signature ne signifiait pas qu'elle reconnaissait la République de Chypre. La Turquie a également refusé d'ouvrir ses ports et aéroports à Chypre, dans la mesure où elle affirme que l'UE ne commerce pas directement avec la partie nord non reconnue de l'île.

Les négociations de réunification se poursuivent dans la discrétion entre le président de la République de Chypre, Demetris Christofias, et le leader de la communauté chypriote turque, Dervi? Ero?lu, sous la supervision d'Alexander Downer, le conseiller spécial de l'ONU sur Chypre et ancien ministre australien des affaires étrangères.

Toutefois, depuis que le nationaliste M. Ero?lu a succédé à Mehmet Ali Talat en 2010, les discussions n'ont plus vraiment progressé. En avril 2012, le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a déclaré que les négociations progressaient trop lentement pour convoquer une conférence internationale. Cette déclaration a anéanti l'espoir que la future présidence chypriote du Conseil de l'UE joue un rôle de catalyseur pour la résolution des problèmes de l'île.

Les négociations d'adhésion de la Turquie sont paralysées en grande partie à cause de la question chypriote. Jusqu'à présent, seul un chapitre des négociations (sciences et recherche) a été provisoirement clôturé. Onze autres chapitres ont été ouverts, mais huit chapitres restent bloqués en raison de la non-application par la Turquie du protocole d'Ankara de 2005.

Mauvaise situation économique, bonnes perspectives ?

Récemment, Chypre a souffert de la crise de la zone euro et de son exposition à la Grèce, ainsi que des retombées d'une explosion qui a détruit la plus grande centrale électrique de l'île le 11 juillet 2011. La notation de crédit du pays a été dégradée à plusieurs reprises : Moody's a abaissé la note de sa dette souveraine le 13 juin 2012 de Ba1 à Ba3, poussant l'île vers la catégorie spéculative.

Les récentes analyses des économies des Etats membres réalisées par la Commission ont désigné Chypre comme l'un des pays ayant le plus de problèmes à résoudre. Parmi les recommandations faites à Nicosie, l'exécutif européen lui a conseillé de prendre des mesures pour contrôler ses dépenses et lutter contre la fraude fiscale.

Chypre devrait demander et obtenir un renflouement de 6 milliards d'euros de la Russie. Ce ne serait pas la première fois que le pays s'est tourné vers Moscou : l'année dernière, la Russie a accordé à Nicosie un prêt de 2,5 milliards d'euros. A l'époque, les autorités avaient affirmé qu'aucune condition politique ne serait attachée à ce prêt. En réponse à une question sur cet éventuel prêt de la Russie, la Commission européenne a déclaré que les pays de l'UE avaient le droit de chercher des financements sur le marché mondial.

L'île chypriote endettée pourrait cependant être assise sur une montagne d'or. De grands gisements de gaz ont été repérés dans ses eaux territoriales et, en septembre 2011, le président Christofias a annoncé qu'une entreprise américaine, Noble Energy, commencerait des forages d'exploration pour confirmer leur présence sous les fonds marins de la côte méridionale.

La presse chypriote a rapporté que l'appareillage de forage avait été installé dans la zone économique exclusive de la République de Chypre, sous le regard attentif des forces navales et aériennes turques.  Le ministre turc des affaires européennes, Egemen Ba???, a déclaré que l'UE se trompait si elle pensait pouvoir atteindre ces ressources dans ces eaux litigieuses en passant outre l'autorisation de la Turquie.

Les médias turcs ont affirmé qu'il existait une réserve de gaz naturel de 3000 milliards de mètres cubes dans la région. Cette nouvelle pourrait placer Chypre en haut de liste des pays disposant d'importantes réserves gazières. Les réserves gazières totales avérées de l'Union européenne sont de 2000 milliards de mètres cubes.

Noble Energy a prévu de commencer le forage au second semestre de cette année. Ce gaz ne devrait pas générer de recettes économiques avant 2018, étant donné que l'île devra encore se munir d'installations de stockage et de condensation.

Un programme modeste, mais pertinent

S'agissant du « style » diplomatique de la présidence chypriote, les fonctionnaires ont expliqué qu'ils apporteraient un certain leadership à l'Union, mais « pas de manière traditionnelle ».

Nicosie a déjà envoyé quelque 200 diplomates et fonctionnaires à Bruxelles pour préparer sa présidence, déplaçant ainsi une grande partie de ses ressources administratives en Belgique. Ce type de « présidence bruxelloise » est une nouveauté pour les diplomates.

La distance qui sépare Bruxelles de Nicosie aurait pesé lourd dans la balance, dans la mesure où Nicosie est la capitale européenne la plus éloignée de la capitale belge.

En tant que petit pays d'à peine 1 million d'habitants, Chypre compte jouer un rôle de « médiateur honnête » au sein de l'Union. En raison de sa petite taille et de sa situation diplomatique difficile, Nicosie souhaite présenter un programme modeste, mais pertinent pour sa présidence.

Selon les diplomates chypriotes, Nicosie préfère le terme « pertinent » à « fort » ou « plus fort » qu'ils estiment trop controversés. C'est la raison pour laquelle le slogan de la présidence chypriote est le suivant : « Une Europe meilleure», plus pertinente pour ses citoyens et le reste du monde. Sur la scène internationale, Chypre compte promouvoir l'Europe comme un « filoxenos topos », un endroit accueillant.

Chypre souhaite se concentrer sur une série limitée de priorités. La première sera de progresser sur le cadre financier pluriannuel (CFP), le budget à long terme de l'UE pour la période 2014-2020.

Bien que le CFP soit en haut de la liste des priorités, Nicosie a bien conscience que cette question sera surtout traitée par le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy. Sur le plan national, Chypre attache une importance particulière à la politique agricole commune et à la politique de la pêche, ainsi qu'à la politique de cohésion, de recherche et d'innovation.

Chypre reconnaît qu'il ne serait pas réaliste d'espérer un accord final sur le CFP au cours de son semestre à la barre du Conseil de l'UE, mais elle souhaiterait aboutir à un accord politique, laissant à la présidence irlandaise le soin de conclure en janvier 2013. Un cadre de négociation sur le futur CFP a été préparé par la présidence danoise et il a été décidé lors du sommet des 28 et 29 juin derniers qu'un accord devrait être conclu à ce propos d'ici la fin de l'année 2012.

Une autre grande priorité de l'île est la proposition de la Commission pour une politique maritime intégrée, que l'exécutif européen espère remettre au programme lors de la présidence chypriote du Conseil de l'UE. Selon Nicosie, une approche cohérente permettrait aux parcs éoliens en mer de coexister avec le transport maritime, ce qui aurait également une influence sur la gestion des ports. Une conférence de haut niveau sur la politique maritime est prévue à Chypre en octobre. Le président de la Commission, José Manuel Barroso, grand partisan de ce projet, sera présent.

Chypre compte également travailler sur la politique d'asile commune pour l'UE que la Commission souhaiterait finaliser avant 2013. Chypre, un pays touché par l'immigration en provenance du continent africain, s'inquiète de l'impasse dans laquelle le Parlement européen et le Conseil se sont engouffrés concernant les règles relatives à la gouvernance de l'espace Schengen de libre circulation que les Etats membres souhaiteraient réécrire de manière unilatérale.

Quant aux relations avec les pays tiers, Chypre accordera une attention particulière à la dimension sud de la politique européenne de voisinage en promouvant ses relations avec les pays méditerranéens. Selon les diplomates chypriotes, l'UE a été surprise par le printemps arabe, car Bruxelles n'entretenait aucun contact avec les organisations de la société civile dans la région. Nicosie a expliqué qu'elle soutiendrait des programmes impliquant la société civile pour promouvoir le respect des droits de l'Homme et protéger les minorités ethniques.

Sur l'élargissement, Chypre a déclaré qu'elle souhaitait progresser dans les discussions d'adhésion avec les Balkans occidentaux, l'Islande et la Turquie. Une Turquie plus européenne serait dans l'intérêt de Chypre, mais aussi de l'Union européenne, ont expliqué des diplomates chypriotes, ajoutant que la Turquie y aurait tout intérêt également. Ils ont toutefois ajouté que pour cela, la Turquie devrait « jouer selon les règles ».

Plan B ?

Les relations avec la Turquie semblent être le plus grand défi à relever pour Chypre.

Bien que la Turquie jouisse du statut de pays candidat à l'UE, elle ne reconnaît toujours pas le gouvernement de Nicosie.

Des fonctionnaires turcs ont intensifié les pressions sur Nicosie en amont de sa présidence, affirmant qu'Ankara boycotterait la présidence chypriote, voire gèlerait ses relations avec l'UE. Elle a même annoncé qu'elle pourrait envisager d'annexer la partie nord de Chypre si aucun accord n'était conclu sur la réunification de l'île.

Le plan d'Ankara est de changer le nom de la République turque de Chypre du Nord en « République turque de Chypre », a rapporté la presse turque. Cela impliquerait le même degré de légitimité d'Etat pour les deux parties de l'île. Les passeports de la partie nord de l'île seraient remplacés avec une nouvelle mention pour la nationalité : « Turc chypriote ».

Un fonctionnaire turc cité par le quotidien Milliyet aurait annoncé que ce « Plan B » prendrait effet après le 1er juillet.

Lors d'une visite dans les deux parties de l'île le 19 juin dernier, le commissaire à l'élargissement, Štefan Füle, s'est dit inquiet de la situation à l'approche de la présidence chypriote du Conseil de l'Union européenne.

Montrant qu'il ne souhaite pas que les négociations de réunifications s'interrompent durant le semestre de présidence de Chypre, M. Füle a déclaré que « la pire chose serait d'arrêter de communiquer l'un avec l'autre ».

La Commission européenne aurait par ailleurs signalé qu'elle serait prête à enfin donner son feu vert pour la libéralisation du régime des visas avec la Turquie. Conformément à cette procédure de libéralisation, les journalistes, les hommes et femmes d'affaires, les artistes et les athlètes pourraient recevoir des visas multiples valides de 2 à 5 ans.

Le ministre turc des affaires étrangères, Ahmet Davuto?lu, a déclaré qu'Ankara mettrait sa menace à exécution et cesserait tout contact avec la présidence du Conseil de l'UE lorsque Chypre assurerait ce rôle à partir du 1er juillet. La Turquie conservera toutefois ses liens avec la Commission européenne, a précisé M. Davuto?lu à l'issue d'une réunion avec les fonctionnaires européens le 7 juin 2012.

« Notre position sur la présidence des Chypriotes grecs est claire », a-t-il déclaré, selon un article de Reuters. « Les relations et les contacts avec l'UE seront maintenus, mais aucun ministère ou institution de la République turque ne sera en contact avec la présidence du Conseil de l'UE dans le cadre de n'importe quelle activité liée à cette présidence. »

Dans le même temps, l'ambassadeur chypriote auprès de l'UE, Kornelios Korneliou, semble confiant quant à la possibilité que son pays fasse progresser les négociations avec la Turquie.

« Si la Turquie respecte ses engagements, nous ferons de même », a-t-il déclaré lors d'un événement public à Bruxelles le 6 juin 2012. « Le problème bilatéral que nous avons avec la Turquie ne ternira pas notre présidence. La Turquie ne veut rien avoir à faire avec la présidence chypriote. La Turquie a fait son choix. C'est très malheureux. »

Il a ajouté : « N'oublions pas que la géographie ne change pas. Une Turquie plus européenne serait non seulement dans l'intérêt de Chypre, mais aussi de l'Union européenne et de la Turquie elle-même. Mais il faut respecter les règles du jeu. Les grands membres comme l'Allemagne respectent les règles du jeu. La Turquie devrait faire de même. »

Andreas Mavroyiannis, le ministre chypriote délégué aux Affaires européennes, a insisté sur le fait que son pays ne ferait pas l'amalgame entre la « question chypriote » et son rôle de présidente du Conseil de l'UE.

« Dans le même temps, nous ne pouvons accepter que la Turquie nous impose la date du 1er juillet comme limite pour la résolution de la question chypriote, car dans ce cas-là, nous aurons un plan B », a-t-il déclaré lors d'un événement organisé le 20 juin dernier par le Centre for European Studies, le groupe de réflexion du Parti populaire européen.

« Nous n'établissons pas un lien [entre la présidence et les discussions de réunification], c'est la Turquie qui le fait. »

Lors du même événement, Ioannis Kasoulides, vice-président du groupe PPE et membre du parti de l'opposition chypriote Rassemblement démocrate, a fustigé la Turquie pour avoir provoqué son pays en invitant le médiateur de l'ONU pour les discussions de réunification moins de deux semaines avant le début de la présidence le 1er juillet.

« Avec tout le respect que je leur dois, lors des six mois de cette présidence, nous ne pourrons pas faire les deux », a-t-il déclaré. « De toute façon, nous connaissons la position de la Turquie. La Turquie ne reconnaît pas Chypre, elle ne reconnaît pas la présidence, comment allons-nous nous y prendre ? »

Il a affirmé que lors de la présidence chypriote, la Turquie serait traitée comme tous les autres pays, malgré leurs différends. Il a ajouté que certains chapitres des négociations d'adhésion de la Turquie pourraient être ouverts, comme celui sur la concurrence, mais qu'Ankara s'y refusait.

L'eurodéputé Markus Feber (PPE, Allemagne), a expliqué lors du même événement qu'il n'était pas partisan d'une adhésion totale de la Turquie à l'UE, bien qu'il connaisse le pays et s'y soit rendu à plus de 30 reprises. M. Ferber a qualifié de provocations les déclarations d'Ankara, selon lesquelles elle boycotterait la présidence chypriote. Il a affirmé qu'en signant le protocole d'Ankara en 2005 élargissant son union douanière aux 10 nouveaux pays de l'UE, la Turquie avait indirectement reconnu Chypre.

La Turquie doit respecter le fait que le président Demetris Christofias ne représentera pas seulement Chypre à partir du 1er juillet, mais également l'Union européenne dans son ensemble, a déclaré le président du groupe des Socialistes et Démocrates (S&D), Hannes Swoboda, en visite à Chypre le 19 juin.

A l'issue de sa réunion avec M. Christofias, le président du second groupe au Parlement européen s'est dit déçu du peu de respect que témoignait la Turquie à Chypre et à sa future présidence du Conseil de l'UE, a rapporté le Cyprus Mail

« C'est une présidence européenne. La Turquie ne peut pas s'attendre à des compromis de la part de l'UE si elle ne respecte pas les décisions de l'Union. Le président Christofias ne représentera pas seulement Chypre, il représentera l'Union au cours des six prochains mois et la Turquie doit le respecter », a martelé M. Swoboda. Il a exhorté la Turquie à se montrer plus responsable dans les négociations de réunification de l'île, afin que les Turcs puissent progresser dans leurs discussions d'adhésion à l'UE.

A l'issue d'une réunion le 21 juin dernier avec les membres du parti libéral de Démocrates unis et des dirigeants politiques chypriotes turcs, l'eurodéputé Graham Watson, le président du Parti européen des libéraux démocrates et réformateurs, a déclaré : « Les communautés entourées de fils barbelés n'ont pas leur place dans l'Union européenne. Tous les décideurs politiques de l'île savent aujourd'hui ce qu'il faudrait faire pour unir ces deux populations. Il ne manque que la volonté politique. Le président Christofias devrait utiliser cette présidence du Conseil de l'Union européenne pour trouver une solution soutenue par l'UE. »

La dirigeante des Démocrates unis, Praxoula Antoniadou Kyriakou, souhaiterait elle aussi que la présidence soit utilisée pour trouver une solution, plutôt que de faire campagne pour des élections présidentielles dans une moitié d'île. « Si une solution est trouvée à l'issue de ces six mois, un président pourrait être élu pour une île unifiée », a-t-elle déclaré.

Amanda Paul, analyste politique au Centre for European Policy (EPC), un groupe de réflexion bruxellois, a envoyé le commentaire suivant à EURACTIV :

« Chypre prend les rênes de la présidence du Conseil de l'UE à un moment très fragile de l'histoire de l'Union.  Chypre devra non seulement reprendre la gestion de la crise de la zone euro après les Danois, mais également faire face à une situation économique grave, alors qu'elle devrait elle-même requérir un renflouement.

« La provenance de cet argent sera vivement débattue (Moscou ou l'UE), Nicosie étant une fois de plus sous le feu des critiques pour ses liens avec la Russie. Chypre entretien depuis longtemps des relations étroites avec la Russie, des milliers de Russes résidant sur l'île. Plus de 40 000 Russes vivent à Limassol. »

« Comme tous les pays, Chypre veut que sa présidence reste dans les annales et affirme vouloir garder ses problèmes bilatéraux avec la Turquie et la « question chypriote » en dehors de son programme.  Cela pourrait toutefois se révéler plus difficile dans la pratique. »

« Alors que la Turquie a déclaré qu'elle n'entretiendrait aucune relation avec la présidence chypriote, une décision critiquée par l'UE, les Chypriotes turcs sont frustrés de rester isolés et exclus de la présidence.  Ce sentiment a été renforcé par le fait que le dernier tour des négociations de réunification de l'île ait été gelé. »

« Les Chypriotes turcs prévoient d'ailleurs de manifester à Bruxelles cette semaine. Je souhaite néanmoins bonne chance à la présidence chypriote et j'espère qu'ils seront couronnés de succès dans certaines de leurs priorités, y compris l'amélioration du marché du travail et leur projet pour une « Europe meilleure ». Ils vont en effet tenter de rendre l'Europe plus pertinente et intéressante pour les citoyens, de lutter contre le sentiment anti-UE qui a crû en raison de la crise de la zone euro. »  « Dans l'histoire de l'UE, ce sont souvent les petits Etats qui aboutissent aux résultats les plus surprenants et les plus positifs », a conclu Amanda Paul.

A venir.

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