Présidence polonaise de l’UE : budget et solidarité

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Cet article fait partie de l'édition spéciale Budget UE 2014-2020.

Ouvrir la voie à un accord « ambitieux » sur le budget 2014-2020, la sécurité énergétique et le voisinage oriental de l'UE sont des priorités clés de la présidence polonaise de l'Union qui débutera le 1er juillet 2011. Les Polonais, quant à eux, remuent ciel et terre pour s'assurer que l'UE restera engagée dans les politiques de redistribution, alors que l'austérité frappe le continent.

La Pologne assurera la présidence tournante du Conseil de l’Union européenne au cours du deuxième semestre 2011. Il s’agit de la première présidence européenne pour la Pologne, qui a été, en 2004, le plus grand pays de la vague d’élargissement à rejoindre l’UE. La Pologne est maintenant l’un des « six grands » membres de l’UE.

L’Europe d’aujourd’hui est synonyme de grands défis et d’opportunités, comme l’avenir de l’énergie dans le cadre du changement climatique et de l’accident nucléaire de Fukushima, la prévision du budget de l’UE à long terme, la défense de la libre circulation des personnes à l’intérieur du bloc, et l’évolution de la politique de voisinage de l’Europe à l’encontre dans le cadre des révolutions arabes et des développements en Europe de l’Est (voir « Enjeux »).

Il existe des divisions manifestes au sein de l’UE sur ces questions, entre autres. Le fait que la Pologne préside l'UE ne signifie pas qu'elle sera capable de les surmonter facilement. La présidence tournante a avant tout un rôle cérémonial et ses devoirs consistent essentiellement en l’ébauche du programme de l’UE et en la présidence des différentes réunions du Conseil des ministres européens.

La Pologne occupe toutefois une position unique pour tirer avantage de son rôle de présidence tournante. Elle présidera les réunions ministérielles, mais en plus, l’ancien premier ministre polonais, Jerzy Buzek, est l’actuel président du Parlement européen, et le Polonais Janusz Lewandowski est l’actuel commissaire à la programmation financière et au budget, un élément qui pourrait avoir son importance dans la mesure où la Pologne est en faveur d’un budget européen ambitieux.

Ambition, europhilie et optimisme

Les défis à relever sont importants, mais les Polonais ont fait beaucoup d’efforts pour assurer une présidence réussie et n’ont pas caché leur ambition.

La Pologne a récemment ouvert ses nouveaux quartiers impressionnants, à quelques minutes à pied du Berlaymont, le bâtiment phare de la Commission européenne, et embauché 100 personnes supplémentaires pour y travailler. Il y a peu, elle a également signé un contrat d’un million d’euros avec la grande agence de communication Burson-Marsteller, pour l’aider dans ses efforts en termes de relations publiques pendant la présidence.

Cette kyrielle d’activités a conduit Ewa Sinowiec, la responsable des bureaux de la Commission européenne en Pologne, à dire que « l’approche de travail [des Polonais] ressemblait à celle d'Alexeï Stakhanov, dans le sens positif du terme. » M. Stakhanov était un mineur soviétique que les autorités avaient désigné comme un modèle pour sa productivité réputée hors du commun.

L’Union européenne est entrée dans une phase de pessimisme depuis le rejet en 2005 du projet de constitution par la France et les Pays-Bas, et encore davantage depuis la crise économique et financière de 2008. Certains craignent même que le populisme et le nationalisme grandissants dans certains États membres ne renversent le processus d’intégration européenne, en particulier en ce qui concerne l’espace Schengen et la zone euro.

Le gouvernement polonais et sa population sont quant à eux europhiles, envers et contre tout. Les représentants polonais ont affirmé que leur présidence « injecterait de l’optimisme » dans les affaires européennes. Ils sont fortement en faveur d’une augmentation du budget de l’UE et défendent la méthode communautaire alors que certains craignent que les gouvernements nationaux divisés prennent le pas sur le processus de prise de décisions.

L’Eurobaromètre de l’automne 2010 a montré que les Polonais étaient les plus nombreux, après les Suédois, à être convaincus que leur pays allait « dans la bonne direction », avec 46 % de la population. La même étude a également démontré que les Polonais étaient, avec les Slovaques, les plus favorables à l’Union européenne, avec 78 % des répondants affirmant que leur pays, « tout bien considéré », bénéficiait de son appartenance à l’Union européenne. (la moyenne dans toute l’Europe étant alors de 50 %).

Cet enthousiasme pour l’Europe est en partie fondé sur les bénéfices très concrets que tire la Pologne de son appartenance à l’UE. En 2009, le pays est devenu le plus grand bénéficiaire net des financements européens, et des millions de Polonais ont profité de l'opportunité de trouver un travail mieux rémunéré ailleurs en Europe. Malgré les craintes concernant l'arrivée massive de « plombiers polonais », même après la levée récente de toutes les restrictions pour les nouveaux arrivants de 2004 sur le marché du travail, les résultats semblent largement positifs pour toutes les parties prenantes.

L’optimisme polonais provient également de sa réussite économique des dernières années. L’intégration européenne a eu tendance à stagner en ces temps économiques difficiles, mais la situation s’apparente aujourd’hui à l’« eurosclérose » ou à la « stagflation » des années 1970.

La Pologne est le seul pays européen à ne pas avoir souffert de la récession suite à la crise économique mondiale. Au contraire, l’économie du pays enregistre actuellement un taux de croissance de 4,4 %. Il ne fait toutefois pas encore partie des nouveaux pays de l’UE étant parvenus à rejoindre la zone euro, tels que Chypre, l’Estonie, la Slovénie et la Slovaquie.

Symbolisme

Les Polonais aiment utiliser les symboles de leurs victoires passées pour décrire leur présidence. Les représentants polonais utilisent souvent le mot « solidarité » en référence au mouvement syndical Solidarno?? qui a contribué à mettre un terme au communisme dans les années 1980.

Les Polonais ont en effet usé de « solidarité » pour défendre le maintien des fonds de cohésion pour les régions européennes, ils ont soutenu que l’expérience des révolutions de 1989 devait inspirer la politique européenne s'agissant des révolutions arabes et ils se sont même inspirés du drapeau du Solidarno?? pour le logo coloré de leur présidence.

De la même manière, bien que ce soit de façon plus discrète, les Polonais aiment également évoquer l'héritage de Jean-Paul II. Alors que de nombreux dirigeants nationaux et européens se rendaient à la béatification du pape décédé, le premier ministre polonais, Donald Tusk, a quant à lui fait référence aux « valeurs fondées sur les enseignements de Jean Paul  II » en présentant les priorités de sa présidence.

Il faudra évidemment plus que de beaux bâtiments, des experts d’élite en communication et des symboles pour s'assurer que l’UE puisse relever les défis qui l'attendent. Cela dépendra beaucoup des capacités de négociation des Polonais, de la bonne volonté des pays membres à trouver des compromis et, enfin, de la chance.

Personnalités et représentants politiques :

  • Bronis?aw Komorowski, président de la République de Pologne
  • Donald Tusk, premier ministre de la République de Pologne.
  • Jerzy Buzek, président du Parlement européen.
  • Janusz Lewandowski, commissaire européen à la programmation financière et au budget.
  • Miko?aj Dowgielewicz, secrétaire d’État aux affaires européennes.
  • Jan Tombi?ski, ambassadeur polonais et représentant permanent à l’Union européenne.

Immigration, espace Schengen et libre circulation des personnes

Des millions de Polonais ont tiré parti de la possibilité de vivre et de travailler dans d’autres pays, en particulier au Royaume-Uni et en France, depuis que la Pologne a rejoint l’UE en 2004. Par conséquent, Varsovie est l’un des plus fervents partisans de la libre circulation des personnes au sein de l’Union européenne.

La nature et l’étendue de la liberté de circulation au sein de l’UE ont considérablement évolué au cours de ces derniers mois. L’Allemagne et l'Autriche ont récemment ouvert leurs portes aux citoyens en provenance de pays ayant rejoint l’Union en 2004. Entre 300 000 et 400 000 Polonais devraient trouver du travail en Allemagne dans les prochaines années.

Il y a toutefois eu de nombreuses révisions et menaces à la libre circulation à l’intérieur de l’UE, et dans l’espace Schengen sans frontières en particulier. L’expulsion de citoyens européens roms en France l’été dernier en est un exemple, la tentative des Pays-Bas de réduire le nombre de travailleurs bulgares et roumains, la révision de l’espace Schengen forcée par la France et l’Italie, ou encore les projets de réintroduction des contrôles aux frontières par le Danemark en sont d’autres.

La Pologne souhaite défendre les principes de Schengen et la libre circulation des personnes. En mai dernier, les Polonais ont dénoncé les projets néerlandais d’expulsion de citoyens européens. Plus généralement, Miko?aj Dowgielewicz – secrétaire d’État polonais aux affaires européennes qui a beaucoup travaillé à la préparation de la présidence – est allé jusqu’à déclarer : « sauver l’espace Schengen devrait être notre premier objectif, il s'agit de l’un des plus beaux accomplissements de l’Europe ».

Tout comme la précédente présidence hongroise et contrairement à la présidence de la France et d’autres pays ayant rejoint l’UE il y a plus longtemps, Varsovie est en faveur d’un accès rapide à l’espace Schengen de la Bulgarie et de la Roumanie.

Si elle défend l’espace Schengen, la Pologne prend toutefois en compte les inquiétudes des pays d’Europe de l’Ouest en termes d’immigration. Les priorités officielles de la présidence polonaise mentionnent explicitement un renforcement de la sécurité aux frontières comme un élément essentiel d’une « Europe sûre ».

Il est en particulier mentionné que « Frontex [devra] soutenir de manière plus effective les États membres en situation de crise, par exemple celle à laquelle nous faisons face maintenant en raison des développements politiques en Afrique du Nord et au Proche-Orient ». L'agence Frontex est située à Varsovie.

Énergie : Quel avenir pour le nucléaire, le charbon et le gaz de schiste ?

Depuis la « guerre du gaz » de 2006 entre la Russie et l’Ukraine, l’énergie est devenue l’une des questions les plus importantes du programme de l’UE.

Les questions actuelles comprennent la sortie du nucléaire dans le sillage de l'accident nucléaire de Fukushima au Japon, l’avenir du marché des énergies renouvelables, les émissions de carbone et le changement climatique, ainsi que l’indépendance énergétique de l'Europe. Des questions plus urgentes, telles que l’avenir du nucléaire, du charbon et du gaz de schiste, continueront d’être discutées dans les prochains mois.

La Pologne s’est expressément engagée sur ces points, dans la mesure où elle gagnerait à être énergétiquement indépendante, en particulier vis-à-vis de la Russie (bien que leurs relations se soient améliorées depuis le crash aérien en Russie qui a coûté la vie à l’ancien président polonais, Lech Kaczy?ski, en avril 2010).

Plus tôt dans l’année, la Pologne et la Slovaquie ont accepté d’explorer la possibilité de construire un nouveau gazoduc entre leurs deux pays pour court-circuiter la dépendance au gaz russe. Jerzy Buzek, ancien premier ministre polonais et actuel président du Parlement européen, a affirmé que le marché n’offrirait pas suffisamment de sécurité énergétique à lui seul, et que des financements publics seraient nécessaires.

Les priorités de la présidence polonaise évoquaient explicitement l’indépendance énergétique comme un pas en avant vers une « Europe sûre », avant de souligner qu’elle « [devait] d’abord renforcer sa sécurité macro-économique ». Les priorités de la Pologne concernant la sécurité énergétique, notamment au sujet de l’utilisation de carburants fossiles, prennent le pas sur les questions environnementales.

La Pologne est maintenant le premier promoteur de gaz de schiste en Europe. Ses partisans affirment que cette énergie controversée pourrait représenter un énorme avantage s'agissant de faire baisser le prix de l’énergie et de l’indépendance énergétique de l’Europe. La consommation de gaz de schiste a beaucoup progressé aux Etats-Unis ces dernières années, jusqu’à atteindre plus de 10 % de la production de gaz naturel.

Il n'est toutefois pas certain que la Pologne puisse faire du développement du gaz de schiste une priorité européenne. Les environnementalistes critiquent cette énergie fossile en raison de ses émissions de gaz à effet de serre et de ses risques sanitaires, tels que la pollution des nappes phréatiques. Des inquiétudes du même ordre ont poussé la France à vouloir interdire la production de gaz de schiste dans le pays. L’ouverture du premier puits de gaz de schiste plus tôt dans l’année au Royaume-Uni a suscité de vives protestations. Des divisions sont apparues au sein de l’UE à ce sujet.

La Pologne est également en faveur du charbon. Le pays produit plus de 90 % de son électricité grâce au charbon, et il est le plus gros consommateur de charbon en Europe après l’Allemagne. La Pologne a d'ailleurs tenté d’empêcher la prise en compte du charbon dans le programme de permis d’émissions des gaz à effet de serre proposé par l’UE.

En Europe, l'attitude face au nucléaire a été fortement influencée par l’accident de Fukushima. Les centrales nucléaires seront progressivement fermées en Allemagne et en Suisse, les projets d’expansion de l’énergie nucléaire sont remis en question au Royaume-Uni et en Italie, et l’Autriche a l’intention d’utiliser une initiative citoyenne pour éliminer purement et simplement cette source d’énergie en Europe.

La Pologne ne possède pas de centrale nucléaire et sa position est quelque peu ambiguë à ce sujet. Le gouvernement est resté ferme dans son engagement à construire deux nouvelles centrales nucléaires, malgré des réactions de rejet de cette énergie controversée dans d’autres pays. Interrogé quant à la décision allemande de sortir du nucléaire, le premier ministre Donald Tusk a affirmé : « Cela n’aura aucun impact sur nos décisions ».

Toutefois, de nombreux Polonais ne font pas pleinement confiance au nucléaire, y compris le Parti paysan (PSL), partenaire de la coalition du gouvernement, qui a demandé un référendum sur le sujet. Les autorités polonaises avaient d'abord exprimé des doutes sur le nucléaire, et avaient envisagé de se tourner davantage vers le gaz. De manière plus générale, l’Europe pourrait bel et bien être à un tournant sur la question du nucléaire, en particulier à l’Est, où de nombreux investisseurs s’avéraient déjà réticents à cette source d’énergie, même avant Fukushima.

Un budget « ambitieux » : la « solidarité » pour les régions et les agriculteurs

La présidence polonaise sera une étape importante dans l'établissement du prochain budget à long terme de l’UE, qui couvrira la période 2014-2020.

La Pologne est bien placée pour influencer ce débat dans la mesure où, en plus de tenir la présidence, son ancien premier ministre, Jerzy Buzek, est le président actuel du Parlement européen. Le commissaire actuel à la programmation financière et au budget, Janusz Lewandowski, est également polonais.

Contrairement à certains autres nouveaux membres, la Pologne reçoit beaucoup de fonds de l’UE. Elle est la plus grande bénéficiaire nette des financements européens, et l’une des plus grandes bénéficiaires par habitant. La Pologne a également le plus bénéficié des prêts de crise de la Banque européenne d’investissement, juste après la Turquie.

La Pologne a jusqu’ici joué un rôle phare dans les efforts visant à légitimer et à développer le budget européen. Les dirigeants politiques polonais sont d’avis que le budget européen devrait être un des moteurs de la compétitivité de l’économie européenne et du renforcement de la solidarité au sein de l’Union.

Les priorités de la présidence polonaise ont souligné l’importance d’un budget solide, affirmant que « Si l’Europe veut être compétitive à l’échelle mondiale, elle ne peut pas se contenter de réformer les finances publiques et de limiter le déficit budgétaire ».

Au contraire, celles-ci mettent l’accent sur le fait que « le nouveau budget de l’Union doit être un instrument d’investissement contribuant à la réalisation de la stratégie « Europe 2020 » et qu'« une plus grande coopération au sein de l’UE est la bonne réponse à apporter à la crise économique et que la politique de cohésion demeure une politique fondamentale de l’Union ».

Ces déclarations sont en accord avec celles formulées précédemment par les représentants polonais. Lors d’un entretien accordé à EURACTIV, Miko?aj Dowgielewicz, le secrétaire d'Etat aux affaires européennes, a souligné l’importance du budget européen pour la présidence polonaise : «  Je crois que nous devons réaliser que ce budget va grandement déterminer ce que nous pourrons faire dans l’UE au cours des dix prochaines années. Ce sera à la hauteur de nos ambitions ». Il a ajouté : « si je parle de croissance économique, je ne peux pas oublier que le budget de l’UE est un outil formidable pour créer des conditions plus favorables à la croissance à travers toute l’Union ».

De la même manière, Janusz Lewandowski, commissaire au budget, a défendu une augmentation de 5 % du budget pour 2012, et le président Jerzy Buzek a affirmé qu’il serait « très dangereux » de geler le budget de l’UE, comme le demandaient certains pays.

Tout cela se passe dans le cadre de propositions d’eurodéputés  de mettre en place différents mécanismes pour augmenter les « ressources propres » de l’UE, telles qu’une taxe sur la valeur ajoutée et une « taxe carbone ». On ignore toutefois si ces idées seront reprises.

De manière plus spécifique, la Pologne soutient le maintien et l'augmentation des fonds de cohésion pour les régions européennes. Au cours de son audition devant le Parlement avant de devenir commissaire au budget, Janusz Lewandowski avait mis l’accent sur son soutien à une politique de cohésion. Lors de sa première visite à Bruxelles en septembre dernier, le président polonais, Bronis?aw Komorowski, avait lui aussi souligné l’importance des fonds structurels : « Nous sommes ouverts à l’idée de participer à toute décision qui soit une marque une solidarité, tout en souhaitant que les fonds de cohésion soient maintenus ».

Cette position contraste fortement avec celle de la France, qui a suggéré que les fonds structurels soient peu à peu diminués. La Pologne avait annoncé une « guerre » au sujet du budget à long terme de l’UE. En effet, le compromis du budget 2011 consenti en novembre 2011 n’a pas résolu toutes les divisions liées au budget à long terme.

Les priorités de la présidence polonaise évoquent également la Politique agricole commune (PAC) comme une politique devant faire l'objet de réformes, mais elles demeurent quelque peu vagues à ce propos. L’agriculture représente encore, de loin, la plus grande part du budget de l’UE, soit près de la moitié. La Pologne a auparavant soutenu une subvention forfaitaire applicable à l’ensemble de l’UE en fonction de la superficie de chaque pays. Le pays a en outre été très impliqué dans les négociations, notamment avec la France et l’Allemagne, pour obtenir une « distribution plus équitable » des paiements.

Politique de voisinage : accent sur l’Europe de l’Est

La Pologne souhaite d’autre part imprimer sa marque sur la politique de voisinage et la politique étrangère de l'UE durant sa présidence.  Le pays a été particulièrement actif au sujet de la politique de défense et de la politique étrangère de l’Europe, en encourageant la démocratie en Europe de l’Est et les relations avec la Russie.

Les priorités de la présidence polonaise, tenant compte des récents développements des révolutions arabes en Afrique du Nord, comprennent l'objectif de s'assurer que « l’Europe n’oublie pas ses voisins orientaux ». De manière plus générale, la Pologne souhaite prendre « des mesures visant à élargir la portée des valeurs et des réglementations européennes, entre autres, en continuant d’élargir l’UE et en développant la coopération avec les pays voisins ».

Concrètement, cela signifie que la Pologne soutient le processus d’adhésion déjà bien avancé de la Croatie, la levée des exigences en termes de visas pour les voisins de l’Europe de l’Est, et la conclusion d'accords de libre-échange avec certains d’entre eux.

La Pologne souhaite en outre promouvoir son leadership dans sa région. Cela s’est traduit par la création d’un « groupement tactique de Visegrád », avec la Hongrie, la République tchèque et la Slovaquie. Ces quatre pays ont tenu un sommet des pays d’Europe centrale et d’Europe de l’Est en mai dernier, et ont prévu un sommet pour le « partenariat oriental » en septembre.

La Pologne est également prête à tenir le haut de l’affiche dans la politique étrangère et de sécurité. Jan Tombi?ski, ambassadeur et représentant permanent de la Pologne auprès de l’Union européenne, a récemment mentionné la participation de son pays au groupement tactique européen du « triangle de Weimar » – composé de l’Allemagne, de la France et de la Pologne – comme exemple du travail accompli en vue du renforcement des capacités de défense de l’UE.

La Pologne considère ses relations avec la Russie comme une priorité importante. D’un point de vue historique, les deux pays ont eu des relations difficiles, et des tensions continuent d’apparaître dans les inquiétudes de la Pologne concernant sa dépendance au gaz russe (voir « Énergie »), des attitudes bellicistes durant le conflit Russie-Géorgie en 2008, et les soupçons persistants dans certains cercles polonais au sujet du crash aérien tragique de l’année dernière ayant coûté la vie à près de 100 hauts représentants polonais près de Katyn, où 22 000 officiers militaires avaient déjà été assassinés sur ordre de Joseph Staline en 1940.

Dans le même temps toutefois, des efforts conjoints ont été consentis pour améliorer les relations entre les deux pays. La Pologne a invité la Russie à participer au sommet du « triangle de Weimar » organisé avec la France et l’Allemagne en février dernier. Le pays n’abritera plus le bouclier anti-missile américain, officiellement dirigé vers l’Iran mais fortement critiqué par la Russie. D’une manière générale, la Pologne n’a pas entravé l’amélioration des relations entre l’Europe et la Russie, y compris lorsque les représentants russes ont suggéré une union douanière avec l’UE.

Au contraire, la Pologne a pris les rênes de la mise en place d’une approche plus incisive envers la dictature d’ Alexander Lukashenko au Belarus. Les Polonais ont demandé l’utilisation de  « tactiques de la guerre froide » à l’encontre du régime bélarussien, agissant en faveur d’un ensemble de mesures comprenant notamment la levée de fonds pour les dissidents pro-démocratie, la facilitation de l’obtention de visas pour les citoyens bélarussiens et des sanctions. Le pays n’a pas hésité à imposer ses propres sanctions de manière unilatérale. La Pologne est également le refuge d’importants dissidents bélarussiens.

Lors d’une récente visite en Pologne, le président turc, Abdullah Gül, a salué la Pologne comme étant « en tête de la liste des pays à ne pas avoir perdu la vision stratégique des affaires européennes et à penser à l’avenir de l’Europe ».

Il a affirmé espérer particulièrement que « durant la présidence polonaise du Conseil de l’UE, les aspects techniques de l’adhésion potentielle de la Turquie seraient abordés ». « Nous espérons que toute la période de présidence polonaise accélèrera les négociations ».

Ngozi Okonjo-Iweala, directrice de la Banque mondiale et ancienne ministre des affaires étrangères du Nigeria, a appelé la Pologne à assumer un rôle plus important dans la politique de développement mondial, à la lumière de la transition réussie d’une économie planifiée à une économie « à revenu élevé ».

Ngozi Okonjo-Iweala a affirmé que la « Pologne était déjà active dans son soutien aux efforts de développement en Afrique et en Asie. Il est temps de réévaluer à la hausse son rôle dans le financement du développement des pays pauvres et fragiles. Mais les Polonais ne devraient pas seulement partager leurs richesses. C’est leur savoir qui est le plus précieux ».

« En assurant la présidence du Conseil de l’Union européenne cette année, la Pologne aura tous les regards braqués sur elle. Elle aura la responsabilité de l’intendance de la plus puissante association de nations. Et elle aura la possibilité d’esquisser l’avenir de millions de personnes à travers le monde », a-t-elle ajouté.

Lors d’un entretien accordé à EURACTIV Pologne, Ewa Sinowiec, à la tête de la représentation de la Commission européenne dans le pays, a affirmé que l’approche du travail des Polonais « ressemblait à celle d'« Alexeï Stakhanov », dans le sens positif du terme. C'est comme lors des négociations d'adhésion : les gens sont tous mobilisés et j'ai remarqué que le travail était mieux fait lorsqu'il y a un objectif clair ».

« C'est la première présidence polonaise, c'est une sorte de test de maturité pour nous », a-t-elle ajouté.

En décembre dernier, le journal polonais Gazeta Wyborcza a publié une lettre écrite par les responsables de plusieurs éminents groupes de réflexion polonais – Krzysztof Bobinski, Jacek Kucharczyk, Bartek Nowak et Jan Pieklo – critiquant ce qu'ils voyaient comme « un manque clair de compréhension de la part des responsables politiques [polonais] et du secteur commercial de la nature de la présidence tournante de l’UE ».

De la même manière, ils ont mis l’accent sur le fait que « le traité de Lisbonne avait modifié en profondeur la nature de la présidence tournante ». Ils ont souligné que la Belgique, l’Espagne et la Hongrie n’avaient pas été capables de définir un nouveau rôle pour la présidence tournante et que ce rôle de remodelage post-Lisbonne de la présidence incombait donc à la Pologne ».

  • 1er juil. : lancement officiel de la présidence polonaise du Conseil de l'Union européenne.  
  • Septembre : Conférence des ministres de l'économie sur le Partenariat oriental à Krynica-Zdrój (Sud de la Pologne).  
  • Septembre : European Culture Congress à Varsovie.
  • Septembre : conférence annuelle de l'Enterprise Europe Network à Varsovie.
  • Octobre : Single Market Forum (SIMFO) à Cracovie.
  • Octobre : Forum européen du tourisme à Cracovie. 
  • Octobre : Forum européen du patrimoine à Varsovie.
  • Novembre : Sommet de l'égalité à Poznan.  
  • Novembre : Forum de la société civile sur le Partenariat oriental à Poznan.
  • Decembre : Conférence sur les droits fondamentaux 2011 à Varsovie.
  • Decembre : Journées européennes pour le développement à Varsovie.
  • 31 déc. : fin de la présidence polonaise.

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