L’Italie espère de la souplesse de la part de l’Europe pour son budget

Giuseppe Conte a formé un nouveau gouvernement en Italie EPA-EFE/MAURIZIO BRAMBATTI

Le nouveau gouvernement italien, qui doit relancer un pays à l’arrêt, espère plus de souplesse de l’Europe sur son déficit public, une nécessité qui pourrait trouver davantage d’écoute que par le passé et sera évoquée au forum économique de Cernobbio.

De premiers contacts devraient avoir lieu dès ce week-end entre des membres de l’exécutif, des représentants de Bruxelles et des ministres étrangers, dont le ministre français de l’Economie Bruno Le Maire, déjà annoncé au forum The European House – Ambrosetti, à Cernobbio, sur le lac de Côme.

Ce forum est un mini-Davos à l’italienne, où se rencontrent chaque année début septembre des dizaines de dirigeants politiques et de grandes entreprises.

S’appuyant sur une coalition entre l’inclassable Mouvement Cinq Etoiles (M5S) et le Parti démocrate (PD, centre-gauche), le nouvel exécutif a prêté serment jeudi, mettant fin à un gouvernement populiste dominé par le souverainiste Matteo Salvini.

Ce gouvernement Conte 2, du nom du Premier ministre reconduit Giuseppe Conte, entend «mener une politique économique expansive», mais «sans mettre en péril l’équilibre des finances publiques».

Il plaide pour une remise en cause des règles budgétaires européennes jugées «excessivement rigides», estimant qu’elles doivent être davantage orientées vers la croissance et «une Europe plus inclusive».

Italie : les militants 5 Etoiles plébiscitent la coalition avec la gauche

Les militants du Mouvement 5 Étoiles (M5S, antisystème) ont « dit oui à une très grande majorité », lors d’un vote en ligne, à la coalition gouvernementale entre le M5S et le Parti démocrate (gauche), a annoncé mardi le chef du mouvement Luigi Di Maio.

«Plus de déficit»

«Sur la base des 26 points, très vagues, du programme de gouvernement, on comprend déjà qu’il y aura plus de dépenses publiques et un peu moins d’impôts, et donc plus de déficit public», analyse pour l’AFP Francesco Daveri, professeur d’économie à l’université Bocconi de Milan.

Le nouvel exécutif a promis d’annuler la hausse automatique de la TVA prévue en 2020, qui devait rapporter 23 milliards d’euros. Très impopulaire, elle risquait de toucher avant tout les familles modestes et de plomber la demande et donc la croissance, qui s’annonce proche de zéro cette année.

Certaines recettes supplémentaires ou dépenses moindres lui permettront en partie de récupérer ce montant: une demande plus faible que prévu pour le revenu de citoyenneté destiné aux plus pauvres; des intérêts moindres à verser en raison de la baisse du coût de la dette italienne (moins de 1% pour le taux à 10 ans) du fait de la confiance retrouvée des investisseurs; et l’impact de la lutte contre l’évasion fiscale, plus efficace grâce à la numérisation des procédures administratives et comptables, note M. Daveri.

Mais ce sera loin d’être suffisant. Nicola Nobile, économiste du cabinet Oxford Economics, estime ainsi que le déficit pourrait atteindre 2,7% du PIB l’an prochain, soit en dessous du seuil maximal de 3% fixé par l’Union européenne (UE), mais en nette hausse par rapport aux 2% attendus cette année et 2,1% prévus pour 2020 par le précédent gouvernement.

 «Approche plus conciliante»

Mais la différence sera la manière d’aborder cette question avec Bruxelles: le nouvel exécutif est «largement pro-européen» et aura «une approche beaucoup plus conciliante», note M. Nobile.

Réputé pour son calme, le nouveau ministre des Finances, Roberto Gualtieri, qui était président de la commission des Affaires économiques du Parlement européen depuis 2014, sera un atout.

«M. Gualtieri connaît très bien le fonctionnement des institutions européennes, et on peut imaginer que chaque action du gouvernement italien sera préparée et définie (avec Bruxelles). Cela ne passera pas comme avec le précédent gouvernement: une loi de finances défiant l’Europe et les marchés, mal accueillie à Bruxelles et devant être corrigée en quelques jours fin décembre», anticipe M. Daveri.

Cet expert comme M. Nobile estiment que Rome demandera de «la flexibilité» à Bruxelles, en plaidant pour une vraie relance de la troisième puissance de la zone euro.

Quelques décimales de flexibilité ne couvriront pas les 23 milliards nécessaires, mais la future présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, semble prête à étudier une révision des règles européennes pour favoriser les investissements publics. En outre, la future présidente de la Banque centrale européenne (BCE), Christine Lagarde, prône un «instrument» de financement pour la zone euro.

«Alors que l’Italie a besoin d’énormément d’investissements, elle profiterait d’un plan européen de ce type, ce qui représenterait indirectement une aide pour son budget», note M. Daveri.

Olaf Scholz se veut rassurant sur l'économie italienne

Il n’existe pas de signe laissant planer une menace sur la zone euro provoquée par la crise politique en Italie, a estimé mercredi le ministre allemand des Finances, Olaf Scholz.

Subscribe to our newsletters

Subscribe

Envie de savoir ce qu'il se passe ailleurs en Europe? Souscrivez maintenant à The Capitals.