A Strasbourg, les macronistes tentent d’imprimer leur marque

Stéphane Séjourné, chef de la délégation française de Renew Europe

Discipline interne, cordon sanitaire envers certains partis, agressivité envers les Verts. Les Français de Renaissance inaugurent une conception de la politique européenne qui tranche avec les pratiques habituelles.

De la discipline avant tout. A Strasbourg, comme à Paris, les eurodéputés français membres de Renaissance ont, pour leurs premiers pas, montré leur soutien unanime à la ligne de leur parti.

Leur premier fait d’armes : avoir œuvré en faveur de l’élection de la présidente de la Commission européenne, qui était loin d’être acquise il y a une semaine.

Malgré de nombreuses interrogations sur le climat, les questions sociales ou l’état de droit, les élus avaient pour consigne de soutenir l’élection de la candidate à la présidence de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, soutenue par Emmanuel Macron depuis le départ.

Elle a de fait été élue, de justesse, mardi soir, avec 383 voix, une très courte majorité : il lui fallait un minimum de 374. Plusieurs partis dont les Verts et certains socialistes mais aussi l’extrême-droite et la gauche radicale refusaient de voter pour elle.

Sur le thème « soyons pro-européens », le chef de la délégation, Stéphane Séjourné, avait appelé les Verts qui refusaient de voter pour Ursula von der Leyen à prendre en compte le fait que la candidate mettait désormais l’environnement dans ses priorités.

Depuis 2017, le président français ne bénéficiait que d’un soutien lointain des quelques eurodéputés centristes et de quelques transfuges des autres groupes. Avec 21 disciples désormais, les macronistes ont enfin mis un pied dans la porte.

Blanc-seing pour von der Leyen malgré l’absence d’accord de coalition

Alors qu’une partie des socialistes, la totalité des Verts et de la gauche radicale se prononçaient contre elle en raison de la légèreté de ses engagements sur l’environnement et le climat, les centristes ont au contraire salué l’idée d’une banque européenne du climat reprise par la candidate, et appelé à plus d’efforts sur les accords commerciaux, mais ont globalement donné un blanc-seing. Ils n’ont pas eu grand mal à convaincre leur propre groupe.

Au rang des autres trophées remportés au champ d’honneur, on notera aussi les présidences de commission parlementaire : la France en a obtenu quatre, un tour de force étant donné l’éclatement des partis, avec notamment les 22 eurodéputés RN qui relèguent le pays en seconde zone.

Deux eurodéputés Renaissance on hérité d’un présidence de commission: Pascal Canfin à la commission Environnement et Nathalie Loiseau à la sous-commission sécurité et défense, mais aussi Younous Omarjee pour la GUE et Karima Delli des Verts à la commission transport.

Des postes cruciaux qui ne sont pas de premier plan, mais dont le nombre montre que le groupe Renew a bien tiré sa carte du jeu.

Vote de confiance et cordon sanitaire

Alors que la secrétaire d’Etat aux affaires européennes, Amélie de Montchalin, évoque régulièrement la « team France » du Parlement européen, les Français de Renaissance n’ont pas de mot assez durs envers leurs co-équipiers –  qu’ils soient Verts ou RN.

« Le problème, c’est que Macron a eu a coeur d’isoler les Verts, pour prouver que l’on peut faire de l’écologie sans les Verts au niveau national. Renew a fait barrage aux postes importants pour les Verts, s’est accaparé la commission ENVI et tente maintenant de dire qu’on peut faire une politique climatique sans les Verts. Mais nous c’est l’inverse, nous avons besoin des Verts pour pousser le sujet plus loin ! » assure Raphaël Glucksmann.

De fait Stéphane Séjourné, qui voit le vote pour von der Leyen comme un vote de confiance en France, qualifie le vote des Verts contre la candidate à la présidence de la Commission d’ « irresponsable ».

Lui aussi renvoie à des motifs de politique nationale. « Les Verts allemands parient sur des élections rapides en Allemagne et tiennent à se démarquer, et les Verts français ont des visées politiques en France » estime-t-il.

Mais pour les Verts, comme pour les Socialistes s’opposant à Ursula von der Leyen, le problème de fond réside dans l’absence d’accord sur les grands sujets.

Les discussions pour un accord de coalition sont en effet bloquées, le dernier blocage ayant été le fait du PPE. Les négociations devraient certes reprendre prochainement, l’élection de la présidente de la Commission ouvrant la voie à la suite.

Autre particularité, les Français de Renaissance sont arrivés avec des idées arrêtées sur la nécessité d’un cordon sanitaire autour de certains partis européens : le parti polonais PiS,  qui est chez ECR, le Fidesz, au PPE ainsi que tous les membres du groupe Identité et Démocratie dont fait partie le Rassemblement national. Il a donc refusé de voter pour tous ces membres lors de la répartition des postes de commission, à l’instar du reste de la délégation Renew. Un choix qui sort des habitudes du Parlement de répartir les postes en fonction de la complexe règle d’Hondt, et qui pourrait coûter des futurs postes à Renew : puisqu’ils ont cassé la règle tacite, les autres partis ne leur appliqueront plus.

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