Andriukaitis, le croisé de la vaccination

Vytenis Andriukaitis [KOBUS/EC]

Candidat à la présidentielle lituanienne, le commissaire européen à la santé, Vytenis Andriukaitis vient de passer quatre ans à lutter contre les infox sur les vaccins en Europe.

Le 1er avril, le commissaire européen à la santé, Vytenis Andriukaitis, a pris un congé temporaire de son poste à la Commission pour se présenter aux élections présidentielles lituaniennes, qui se déroulent du 12 et 26 mai. Son mandat de commissaire a été marqué par les nombreuses attaques de militants anti-vaccins, qui s’est retrouvé en lutte ouverte contre des compagnes d’infox sur le sujet. Ce qui n’est pas pour lui déplaire. « C’est le signe que je fais bien mon travail !», assure-t-il.

Le médecin est d’ailleurs optimiste sur le sujet de la vaccination. Fin 2018, les ministres européens ont adopté à l’unanimité ses recommandations pour une coopération accrue contre les maladies pouvant être prévenues par la vaccination. « Les États membres doivent désormais mettre ces recommandations en œuvre, repenser leurs programmes et couvertures de vaccinations, a-t-il déclaré.

Présenté par la Commission européenne en novembre 2018, le rapport Panorama de la santé signalait une recrudescence des maladies évitables par vaccination dans certaines régions du continent, et soulignait l’importance de la promotion d’une couverture vaccinale. Le commissaire à la santé juge l’Europe est mieux préparée face à cette menace grâce à une coopération accrue entre les différentes agences de l’UE telles que l’Autorité européenne de sécurité des aliments (AESA), l’Agence européenne des médicaments (AEM) et le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (CEPCM).

Bruxelles botte en touche sur la vaccination volontaire

Pour Vytenis Andriukaitis, il appartient aux experts médicaux et pas aux politiques de décider de la vaccination de la population. Le but étant de couvrir la population toute entière.

« Ces agences peuvent présenter leur vision commune de la vaccination, expliquer qu’il s’agit d’une pratique sûre et diffuser des informations sur le statut épidémiologique », souligne-t-il . Soucieuse de maintenir le rôle central de l’UE dans ce domaine, la Commission organise un Sommet mondial sur la vaccination au mois de septembre.

Amélioration en Italie

Pendant son mandat, Vytenis Andriukaitis s’était également battu contre les tentatives du gouvernement italien de supprimer la vaccination obligatoire dans certains cas. Le commissaire avait rappelé en février que les décisions politiques de Rome devaient reposer sur la science et non sur des infox. Cette déclaration avait suscité l’embarras du Mouvement 5 étoiles, qui avait déclaré partager la position et les objectifs de l’UE en matière de couverture de vaccination.

Le commissaire considère aujourd’hui ce problème réglé. « Je suis content de l’Italie. Vous ne pouvez pas imaginer le nombre de discussions que nous avons eues avec le gouvernement italien ! Aujourd’hui la loi Lorenzin est passée, et la vaccination est obligatoire », se réjoui Vytenis Andriukaitis.

Depuis le 11 mars, la loi Lorenzin (du nom de la ministre de la Santé du précédent gouvernement) est entrée en vigueur :  après six ans, les enfants non vaccinés ne peuvent plus accéder à l’école.

La Commission défend les vaccins pour tous

Selon la DG Santé de la Commission européenne, la non vaccination menace la vie d’autrui. Une position qui exclut tout droit à la non vaccination, en vogue dans certains pays dont l’Italie.

 

De nombreuses associations de parents se sont opposées à la loi, estimant qu’elle constituait une atteinte à leur droit à l’éducation. La ministre de la Santé du Mouvement 5 étoiles, Giulia Grillo, a toutefois rejeté les demandes de Matteo Salvini qui avait insisté pour reporter la mesure afin de ne « pas traumatiser les enfants ». Le gouvernement italien avait d’abord essayé de contourner la loi au mois de septembre en imposer des vaccinations volontaires à l’école pour finalement faire machine arrière et garder la vaccination obligatoire.

Le ministre de la santé slovaque a récemment soumis une proposition similaire à la loi Lorenzin italienne, visant également à interdire aux enfants non vaccinés l’accès aux écoles maternelles.

La situation en Italie est encore fragile. Un amendement proposé dans le cadre d’un nouveau décret-loi a été soumis par des députés du Mouvement 5 étoiles et de la Ligue du nord, dans le but d’autoriser les parents à inscrire leurs enfants sans certificat de vaccination, contournant ainsi la loi actuelle.

Résistance aux antimicrobiens

Durant son mandat, le commissaire lituanien a aussi fait face au problème de la résistance aux antimicrobiens (RAM). L’utilisation abusive d’antibiotiques depuis des décennies a permis à des microorganismes de développer une résistance aux antibiotiques, ce qui représente un vrai danger sanitaire. Selon le commissaire, la prochaine Commission devra mettre en place des mesures pour lutter contre cette menace croissante.

Autre enjeu clé pour le futur : la recherche et au développement pour de nouveaux traitements. L’octroi de fonds importants à l’initiative pour les médicaments innovants (IMI) en est un exemple : l’exécutif souhaite allouer, dans le programme Horizon 2020 plus de fonds aux antibiotiques, à l’équipement médical et aux tests de diagnostic rapides.

Responsable de 33 000 décès par an dans l’UE, l’antibiorésistance coute près de 1,5 milliard d’euros par an, et pourrait s’avérer plus menaçante que le cancer d’ici 2050.

Le Parlement européen s'inquiète des fakes news sur les vaccins

Favorisée par le mouvement anti vaccins, une épidémie de rougeole a déjà fait  plusieurs morts. Des eurodéputés insistent sur l’importance des vaccins pour les enfants, mais aussi les adultes.

 

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