Angela Merkel appelle à une « union politique » pour sauver l’euro

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Lors d’un entretien télévisé, la chancelière allemande, Angela Merkel, a déclaré que la zone euro se dirigeait inexorablement vers une « union politique » qui obligerait les pays à céder du terrain en matière de souveraineté. Cela mènerait à une Europe à plusieurs vitesses où les pays qui ne possèdent pas la monnaie unique seraient en retrait, selon la chancelière.

 

« Nous avons besoin de plus d'Europe, mais pas seulement d'une union monétaire. Nous avons également besoin d'une union budgétaire, en d'autres termes d'une politique budgétaire commune renforcée », a déclaré Mme Merkel sur la chaîne ARD ce jeudi (7 juin).

 

« Nous avons surtout besoin d'une union politique, ce qui signifie que nous devrons progressivement accorder plus de compétences à l'Europe et lui donner un plus grand contrôle », a-t-elle ajouté.

 

Le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, qui préside les sommets, a affirmé qu'il ne ferait que donner des pistes quant à la construction d'une union budgétaire et bancaire renforcée pour la zone euro lors de la réunion des chefs d'Etat européen le 28 juin.

 

La chancelière allemande ne pense toutefois pas que le sommet de juin résultera en de réelles avancées, dans la mesure où il faudra du temps pour progresser vers une réelle union bancaire et budgétaire.

 

« Je ne pense pas qu'un seul sommet donnera lieu à un big bang », a-t-elle expliqué. « Ce que nous avons fait ces derniers temps et qui résultera sans doute en un plan de travail en juin, c'est nous prononcer en faveur de plus d'Europe », a-t-elle précisé. « Ceux qui appartiennent à l'union monétaire devront se rapprocher davantage. »

 

La chancelière a par ailleurs reconnu que différents rythmes d'intégration devraient s'appliquer, dans la mesure où certains pays de l'UE, comme la Grande-Bretagne, refuseront de participer à ce projet.

 

« Nous devons rester ouverts pour que ceux qui le veulent puissent participer. Mais nous ne devons pas rester au point mort parce que certains ne veulent pas s'impliquer », a déclaré Mme Merkel.

 

Propositions détaillées en octobre

 

La plupart des fonctionnaires européens pensent qu'il faudra 10 ans au moins pour que le processus d'intégration aboutisse, une période bien longue pour les marchés. Certains économistes pensent toutefois que si l'Europe prend des mesures en faveur d'une union renforcée, les marchés y seront favorables.

 

S'adressant à plusieurs groupes de réflexion à Bruxelles, M. Van Rompuy a expliqué que la zone euro se battait pour sa survie. « Le reste du monde nous regarde. Ils ne demandent pas plus de débats, ils veulent des décisions », a-t-il affirmé.

 

Selon M. Van Rompuy, l'objectif est de disposer de propositions détaillées d'ici octobre prochain.

 

Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a déclaré qu'il proposerait une feuille de route et un calendrier pour une intégration européenne renforcée lors du sommet de juin, sans écarter la possibilité d'une modification du traité visant à rendre l'Union plus fédéraliste.

 

Le moteur franco-allemand grippé

 

En tant que première économie européenne et plus grand contributeur au budget, l'Allemagne détient les clés d'une plus grande intégration au sein de l'Union. La France a elle aussi son mot à dire.

 

Paris semble toutefois hésiter à sauter le pas du fédéralisme que l'Allemagne réclame, préférant prendre des mesures immédiates pour stimuler la croissance économique à l'échelle européenne et mutualiser la dette de la zone euro en émettant des euro-obligations.

 

Lors de son premier voyage officiel à Bruxelles le 29 mai dernier,  le nouveau ministre français des affaires européennes, Bernard Cazeneuve, a  refusé de donner plus de précisions quant aux conditions sous lesquelles la France pourrait consentir à transférer davantage de souveraineté à Bruxelles.

 

« Si dans cette perspective, la discussion porte sur des modes d'intégration plus importants, le moment viendra où ces sujets devront être abordés », a-t-il répondu à une question posée par EURACTIV.

 

« On ne va pas aujourd'hui indiquer quelles sont les étapes alors que les étapes font partie de la négociation. Tout ça doit se construire, se faire en se faisant. »

 

Rupture avec la Grande-Bretagne

 

Le souhait de Mme Merkel de se diriger vers une intégration renforcée souligne une rupture grandissante avec la Grande-Bretagne qui ne fait pas partie de la zone euro. Les Britanniques ont d'ailleurs déclaré jeudi qu'ils n'avaient nullement l'intention de prendre part à l'union bancaire envisagée par la Banque centrale européenne et la Commission européenne pour la zone euro.

 

Le ministre britannique des finances, George Osborne, a expliqué sur les ondes de la BBC : « Il n'est pas question que la Grande-Bretagne fasse partie d'une quelconque union bancaire de la zone euro.

 

« Je pense que la Grande-Bretagne aura besoin de certaines garanties en cas d'union bancaire complète. »

 

Ses commentaires, relayés avec plus de retenue par M. Cameron à Berlin, mettent en exergue la complexité potentielle des négociations de l'UE sur le sujet, dans la mesure où Londres est le principal centre financier européen et pourrait opposer son veto à une intégration bancaire renforcée.

 

La chancelière allemande, Angela Merkel, a révélé sa vision à long terme pour l'Europe lors d'un entretien accordé à six grands journaux européens en janvier dernier.

 

Dans cette interview, elle a expliqué que la crise de la dette poussait les pays de la zone euro vers un modèle fédéraliste. La vision européenne de la chancelière a été rendue publique en amont du sommet de janvier dernier lors duquel les dirigeants de l'UE ont apporté la dernière touche à un nouveau traité. Ce dernier avait pour objectif de renforcer la discipline budgétaire et d'approfondir l'intégration économique dans la zone euro.

 

Sans toutefois parler de fédéralisme, Mme Merkel a décrit la nouvelle architecture d'une Europe où les institutions de l'UE auraient le dernier mot sur les Etats membres. Ces propos ne font que l'éloigner du premier ministre britannique, David Cameron, qui a opposé son veto aux tentatives de transferts de compétences à Bruxelles.

 

  • 28-29 juin 2012 : le programme pour la croissance devrait être finalisé lors d'un sommet de l'UE à Bruxelles. 

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